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«iel», mot romand de l'année 2021: les critères du choix et son objectif

Une personne portant le drapeau des non-binaires
Une personne portant le drapeau des non-binairesImage: Shutterstock / Montage watson
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«iel», mot romand de l'année 2021: les raisons d'un sacre

«Variants», «précarité»: les mots romands de l'année 2021 sont tombés. Avec un vainqueur: «iel». Deux collaboratrices de l'Université des sciences appliquées de Zurich (ZHAW), du département à l'origine de cette sélection, nous en expliquent les coulisses.
07.12.2021, 19:2108.12.2021, 06:30
Jonas Follonier
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Eh non, ce n'est pas «Delta», «climat» ou «watson». Le mot romand de l'année, annoncé par l'Université des sciences appliquées de Zurich (ZHAW) ce mardi 7 décembre, est... (🥁) «iel», suivi, toujours pour le volet francophone, par «précarité» et «variants». Ciel! Du miel pour les non-binaires, du fiel pour les défenseurs de l'usage majoritaire, ce pronom neutre est en pleine ascension dans le langage, mais encore peu utilisé, voire pas du tout par le grand public.

Mais qu'est-ce qui motive le choix d'un mot pour le faire trôner au sommet d'un classement annuel en Suisse? (Zurich s'occupant aussi, évidemment, de la Suisse alémanique, mais aussi de nos amis tessinois et romanches)? C'est ce que nous avons demandé aux personnes concernées, en nous concentrant principalement sur ces trois lettres «iel», définies par le Dico en ligne Le Robert comme un «pronom personnel sujet de la troisième personne du singulier et du pluriel».

Quatre critères
autosuffisants

Tout d'abord, il faut savoir sur quelle matière travaille l'équipe de linguistes pour sortir ses happy fews. «Nous rassemblons des textes écrits en Suisse durant l'année, à la fois pour nos recherches et pour le choix des mots de l'année», détaille la secrétaire générale du Département de linguistique appliquée de la ZHAW, Marlies Whitehouse.

«Afin d'établir un premier tri de 20 mots, nous avons plusieurs critères», poursuit-elle:

  1. Le mot est utilisé de nombreuses fois.
  2. Il s'agit d'un nouveau mot.
  3. Le mot a acquis un nouveau sens.
  4. Le mot a un rapport avec les discours du moment en Suisse.

Ces critères ne doivent pas tous être remplis pour chaque mot: un ou deux suffisent. «Au total, presque 4 millions de textes (3 820 000) ont été rassemblés cette année», précise Marlies Whitehouse, «dont 700 000 pour la Suisse romande». Ceux-ci proviennent majoritairement de médias et de publications pêchées sur les réseaux sociaux.

«Un véritable phénomène linguistique»

S'opère alors un choix final de trois mots par langue nationale par un jury «composé de professionnels des métiers des langues» qui «se réunit pour délibérer sur la base de cette liste de vingt mots, complétée par les suggestions du grand public et par l’expérience des jurés, et déterminer les trois mots ayant le plus marqué l’année.» Le grand public a pu faire ses recommandations via un bouton sur le site de la ZHAW et en partenariat avec la RTS.

Qu'en est-il de la première place de «iel», qui succède à «Coronagraben» en 2020? C'est un néologisme (critère 2), et voilà? Oui, c'est un nouveau mot, mais pas n'importe lequel: il s'agit d'un pronom. Contrairement aux noms, qui peuvent exprimer des concepts très spécialisés, un mot grammatical comme «iel» est censé être compris et utilisable par tout le monde. D'où la communication du département de la ZHAW:

«Il s'agit d'un remarquable phénomène linguistique, indépendamment de la question de sa légitimité»

Sur le devant
de la scène médiatique

«Le critère de la fréquence d'utilisation a aussi pesé dans la balance», ajoute Alice Delorme, enseignante, chercheuse et membre du jury francophone, contactée par watson. «Le pronom "iel" a réussi à s'imposer sur la scène médiatique en 2021, au même titre que des mots comme "circonflexe" ou "inclusif"», détaille la spécialiste.

En un mot:

«Nous avons estimé que "iel" était représentatif de ces termes qui se trouvent au cœur des débats actuels»

Avant de compléter: «Les mots de l'année que nous publions sont à comprendre comme des mots qui se retrouvent dans le discours public. L'idée n'est pas d'imposer leur utilisation.» Il n'empêche, il y a quand même une dimension marketing là-derrière, non? Si elle reconnaît qu'il n'y a rien sans communication, Alice Delorme est formelle: «Nous sommes dans l'observation, pas dans la prescription.»

On ne saurait trouver des choses à redire aux critères de sélection de la ZHAW quand elle permet par exemple de mettre en lumière des réalités comme la «précarité». Le cas de «iel», lui, est différent: c'est un mot sans doute encore très peu utilisé, et par des catégories de personnes volontiers militantes, et un pronom qui invite à une refonte totale de la grammaire (adjectifs, participes passés, autres pronoms...). Mais on ne parle pas ici d'une entrée dans le dictionnaire. Celle-ci, ironiquement, a précédé la médaille du «iel».

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