«On nous colle une étiquette de losers»: l'UDC s'inquiète
L’initiative sur la neutralité n'a même pas récolté 30% de oui dimanche. Un résultat décevant pour l’UDC. Les ténors du parti tirent trois enseignements principaux de cette défaite sans équivoque.
Thèmes trop ardus
Le conseiller national, Roland Rino Büchel rappelle que les initiatives populaires portant sur des questions institutionnelles parviennent rarement à convaincre. L’élection du Conseil fédéral par le peuple (2013), «Le droit suisse au lieu de juges étrangers» (2018), et désormais l’initiative sur la neutralité: aucune des trois n’a obtenu l’approbation d’un seul canton. Et Büchel de conclure: «A l’avenir, nous devrions faire preuve de retenue avec les questions institutionnelles. Certes, elles intéressant, mais au final, elles font qu'on nous colle une étiquette de losers».
A cela s’ajoute que l’initiative sur la neutralité ne tenait pas particulièrement à cœur à l’UDC. C’est plutôt Christoph Blocher qui l'a imposée à son camp.
Une étrange admiration pour les va-t-en-guerre
Le deuxième point que soulèvent les élus UDC s'avère délicat. On ne l'évoque que du bout des lèvres.
Pendant la campagne, les opposants ont qualifié le texte d’«initiative pro-Poutine». Des balivernes, rétorquait-on à l’UDC. Puis Christoph Blocher a soutenu le texte aux côtés de Roger Köppel. La Weltwoche de ce dernier accorde une large place aux positions proches du Kremlin.
Lors du «sommet de la neutralité» organisé début septembre à Zurich par les deux hommes, aucun conseiller national ou conseiller d’Etat UDC n’a fait le déplacement. Ernst Stocker, élu zurichois de longue date, déplorait, il y a plusieurs années déjà, que son parti soit devenu celui «des sympathisants de Poutine» et qu’il ne soit «plus en phase avec la population».
Comment expliquer ce soutien à un autocrate dont la guerre contre un Etat souverain coûte la vie à des centaines de milliers de personnes? Lorsque la commission de politique extérieure du Conseil national a récemment lancé une nouvelle tentative pour expulser les espions étrangers, les membres UDC de la commission s’y sont opposés. Or, selon le Service de renseignement de la Confédération, les espions russes sont particulièrement actifs en Suisse.
L’argument de l’«initiative pro-Poutine» était simpliste, mais il a trouvé un écho auprès des électeurs: le texte cherchait en fait à annuler les sanctions économiques du Conseil fédéral contre la Russie. Et ses opposants avaient face à eux une UDC dont certains représentants se distinguent par leur bienveillance envers le régime russe.
Le plus grand rendez-vous annuel de l’UDC est la réunion de l’Albisgüetli, à Zurich. Le 15 janvier 2027, Roger Köppel y endossera à nouveau le costume d’orateur principal. Quelques rares voix critiques au sein du parti commentent ce choix avec sarcasme: si l’UDC veut nourrir aussi en année électorale l'admiration qu'on lui prête envers Poutine, Köppel s'impose alors comme l’homme de la situation.
Des campagnes UDC poussives cette année
Le troisième sujet qui fait débat au sein de l’UDC est cette «étiquette de losers» qu'évoque le conseiller national Büchel. Car elle ne vaut pas uniquement pour des initiatives difficiles portant sur des questions institutionnelles. Mais aussi au moment de tirer le bilan de cette année de votations: les campagnes de l’UDC ont peu convaincu.
Des dissensions internes étaient déjà apparues lors de la préparation de la campagne sur l’initiative visant à réduire de moitié la redevance SSR – le texte a été rejeté dans les urnes avec une ampleur inattendue. Le résultat de l’initiative contre une Suisse à 10 millions d’habitants a lui aussi déçu l’UDC. Et voilà maintenant que l’initiative sur la neutralité se solde par une débâcle.
Performante lors des élections, mais nettement perdante dans les votations populaires: la formation de droite veut éviter que cette impression ne s’installe durablement. Son grand objectif demeure le rejet des accords avec l’UE. Pour y parvenir, elle aura besoin de meilleures campagnes que celles menées dernièrement. Et ce n'est pas son image de proche de Poutine qui va l'aider.
(Traduit de l'allemand par Valentine Zenker)
