Suisse
Politique

Un expert revient sur «l'invincibilité» politique de Christoph Blocher

Blocher a-t-il vécu son dernier combat?
Christoph Blocher n'a pas brillé lors de sa campagne pour les votations de dimanche. Image: montage watson / agences

«L’ère Blocher est terminée depuis un certain temps déjà»

Le non à l’initiative sur la neutralité a touché personnellement le vieux routier de l’UDC. Est-ce la fin de son influence? Un politologue répond.
28.09.2026, 05:3028.09.2026, 07:08
Kilian Marti
Kilian Marti

Après ce dimanche de votations, les regards se tournent vers Christoph Blocher. L'animal politique helvétique est-il arrivé au bout de son parcours? Est-ce l'hallali pour le vieux lion zurichois?

Michael Hermann est expert politique et dirige Sotomo, qui réalise des sondages pour la SSR. Il commente ce résultats malgré tout attendus.

Le politologue Michael Hermann reste silencieux au sujet de son sondage d'opinion sur l'initiative visant à réduire de moitié le nombre de détenus.
Image: Michael Buholzer / Keystone

Monsieur Hermann, le peuple a dit non à une neutralité à la sauce UDC. Qu’est-ce que cela dit de la manière dont la Suisse entend être neutre à l’avenir?
Michael Hermann:
On voit qu'il y a une majorité favorable à la neutralité, mais que celle-ci la considère plutôt comme un moyen pour parvenir à quelque chose une que comme un élément central de l’identité suisse. Cette perception s’est même renforcée ces dernières années.

Pourquoi?
Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la neutralité a perdu de son éclat. Une nette majorité soutient l’Ukraine et porte un regard critique sur la Russie. Le déclencheur de l’initiative était justement l’adoption des sanctions économiques de l’Union européenne contre la Russie.

«On le voit désormais, la population est ouverte à une ce que la neutralité évolue»

Au Palais fédéral, on pensait pourtant que l’initiative avait de bonnes chances de l’emporter. A-t-on mal évalué la population?
Oui. Pendant longtemps, on a considéré que l’initiative avait de bonnes chances. Cela tenait aussi à Christoph Blocher, auquel on attribuait un flair particulièrement développé pour comprendre le peuple. Jusqu’à récemment, un contre-projet était même envisagé.

Christoph Blocher a lui-même beaucoup investi financièrement dans l’initiative. Que signifie cette défaite pour son pouvoir au sein de l’UDC?
C’est un revers clair pour Christoph Blocher. Il a déjà perdu de l’influence au sein de son parti depuis quelque temps et n’y occupe plus la même position qu’il y a quelques années. Cela devient particulièrement visible, car l’initiative était fortement liée à sa personne.

A-t-il perdu son flair pour comprendre la population?
On lui a toujours prêté ce flair. Pourtant, plusieurs initiatives sorties de son propre arsenal ont déjà échoué par le passé.

«L’aura d’invincibilité qu’on lui prêtait n'était pas vraiment méritée, et celle-ci a encore été écornée»

Il faut dire que le fait qu’il se soit autant engagé financièrement montre qu’il pensait encore pouvoir faire bouger les choses. Mais cette défaite va le poursuivre.

C'est donc la fin de l'ère Blocher?
L'ère Blocher est terminée depuis un certain temps déjà, même si l'UDC, qu'il a profondément façonnée, reste aujourd'hui une force politique. Lui-même semble souvent quelque peu désorienté et son parti ne répond plus systématiquement présent lorsqu'il l'appelle. Il est toutefois trop tôt pour dresser un bilan politique définitif. Son héritage se jouera à un autre moment.

Quand ça?
La grande bataille de Christoph Blocher viendra avec les Bilatérales III (réd: les nouveaux accords entre la Suisse et l'Union européenne). Le vote décisif aura, selon moi, lieu au plus tôt en 2028. Si son camp l’emporte alors, la défaite d’aujourd’hui sera vite oubliée. Cela va être déterminant pour son héritage politique.

SP Co-Praesident Nationalrat Cedric Wermuth, SP-AG, Nationalraetin Sibel Arslan, GP-BS, Nationalrat Heinz Theiler, FDP-SZ, und Nationalraetin Corina Gredig, GLP-ZH, von links, freuen sich ueber erste  ...
Les visages du comité pour le non était radieux dimanche.Image: keystone

L’initiative pour l’alimentation a elle aussi échoué dimanche. Davantage de produits alimentaires suisses et de l’eau potable propre, cela paraît positif. Pourquoi avait-elle malgré tout peu de chances?
Ce dimanche montre qu'il existe des sujets sur lesquels les initiatives partent d'emblée avec peu de chances de succès. A droite, ce sont les textes qui, comme l'initiative sur la neutralité, cherchent à modifier l'architecture institutionnelle. Cela avait déjà été le cas avec l'initiative de mise en œuvre ou celle contre les juges étrangers. A gauche, cela concerne particulièrement l'agriculture. Ce secteur bénéficie d'un large soutien et les milieux concernés parviennent à se mobiliser fortement.

Le Parti socialiste et les Verts se sont eux aussi montrés réservés dans leur soutien. Pourquoi?
Beaucoup considéraient l’initiative comme contre-productive et ont donc pris leurs distances. Pour les Verts, ce n’était pas simple, car il y avait de réelles sympathies à la base. Le fait que les deux partis soient restés en retrait n’a pas aidé l’initiative, mais a moins nui à la cause qu’il ne l’aurait fait autrement. Sinon, on aurait une nouvelle fois entendu que les revendications des Verts sont impopulaires.

Après le non à l’initiative contre l’élevage intensif, voici maintenant le non à l’initiative pour l’alimentation. La population ne veut-elle pas que l’on se mêle de la production de viande?
Notre agriculture est principalement axée sur le lait et la viande. La Suisse n’est pas un pays de cultures végétales. Lorsqu’on demande des changements dans l’agriculture au nom de considérations écologiques, on touche aussi à l’existence et à l’identité des personnes concernées. Elles se défendent donc avec véhémence.

Les opposants ont mis en garde contre un «véganisme imposé» et mis en scène la «journée du dernier cervelas». Etait-ce une campagne loyale?
C'est ainsi que fonctionnent les campagnes de votation. On avance aussi des scénarios négatifs peu vraisemblables. Mais les précédentes campagnes agricoles, notamment celles sur les initiatives contre les pesticides et pour une eau potable propre, avaient été beaucoup plus intenses. Lors de la campagne sur l'élevage intensif également, on voyait bien davantage d'affiches dans les régions rurales.

«De toute façon, les changements dans l'agriculture ne passent pas par les initiatives»

Comment alors?
Par la voie parlementaire, en recherchant des compromis entre tous les acteurs. Sur cette question, la population n'exerce pas de pression correspondante sur le Parlement. Concernant la consommation de viande, notamment, les sondages montrent que les gens ne veulent pas qu'on leur donne mauvaise conscience. Lorsqu'une revendication est essentiellement portée par une minorité engagée, l'initiative n'est pas le bon instrument, même si l'on parvient à récolter 100 000 signatures.

Qu’aurait pu faire différemment Franziska Herren, qui a lancé cette initiative?
Il est souvent utile d’annoncer une initiative, de faire pression, puis de la retirer à temps. Cela aurait pu être l’un des enseignements de l’initiative sur l’eau potable. Elle vient maintenant de réduire elle-même à néant son moyen de pression. Le risque est désormais que l'offensive en faveur des cultures végétales rencontre encore davantage de résistance. Son initiative ne lui a certainement pas rendu service. (trad. joe)

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