Suisse
Politique

Sécurité: le revers politique de Blocher lance de nouvelles alliances

Alt- Bundesrat Christoph Blocher spricht zur Abstimmungskampagne Ja zur Neutralitaetsinitiative, am Dienstag, 4. August 2026, in Bern. (KEYSTONE/Peter Schneider)
L'échec de l'initiative sur la neutralité de Christoph Blocher a conduit les responsables politiques de gauche à considérer que le moment est venu de repenser la politique de sécurité de la Suisse.Image: keystone

Après la défaite de Blocher, une nouvelle alliance politique se dessine

La Suisse a largement rejeté l’initiative de Christoph Blocher. Cédric Wermuth veut désormais profiter du résultat pour bâtir de nouvelles alliances sécuritaires.
28.09.2026, 09:5028.09.2026, 09:50
Othmar von Matt / ch media

Un long et sonore «Ouiiii» retentit dans un restaurant de Berne, lorsque la télévision suisse publie, à 12h30 pile, la première projection sur l'initiative sur la neutralité: 71% de non. Le résultat définitif sera finalement de 70,2%. Ce cri de joie provient notamment du coprésident du PS, Cédric Wermuth.

S'ensuit une cascade d'accolades entre opposants à l'initiative. Cédric Wermuth prend d'abord dans ses bras la cheffe du groupe vert'libéral Corina Gredig, puis la coprésidente du PLR, Susanne Vincenz-Stauffacher.

Un résultat symbolique

Le soulagement est grand. «Je suis vraiment ému», dit Cédric Wermuth. Susanne Vincenz-Stauffacher avoue même: «Il restait une part d'incertitude.» Le «non» serait donc un signe «extrêmement important», estime-t-elle avant de poursuivre:

«Les électeurs n'ont pas succombé aux chants de sirène, bien que toute la Suisse ait été tapissée d'affiches»

Cédric Wermuth et Susanne Vincenz-Stauffacher interprètent le résultat différemment. Susanne Vincenz-Stauffacher affirme que la Suisse ne veut «pas de neutralité pétrifiée». Cédric Wermuth, lui, parle d'une grande victoire de la démocratie directe:

«Ce non crée beaucoup de confiance dans la démocratie directe»

Le résultat est symbolique, souligne Cédric Wermuth, car, après l'initiative visant à réduire de moitié la redevance SSR et celle contre la Suisse à 10 millions, un troisième «projet nationaliste et sensible sur le plan de la politique démocratique» a subi une défaite nette. En outre, la population suisse renforce le droit international à une époque «où l'extrême droite progresse dans le monde entier».

epa13266777 (L-R) National Council Co-President Cedric Wermuth (SP-AG); National Council members Corina Gredig (GLP-ZH) and Sibel Arslan (GP-BS); National Council members Fabian Molina (SP-ZH), Heinz  ...
Cédric Wermuth (tout à gauche) n'a pas caché son soulagement après le rejet de l'initiative sur la neutralité, de même que Susanne Vincenz-Stauffacher (en bleu clair, au milieu de l'image).Image: keystone

Une défaite difficile

L'ambiance est nettement plus morose dans la salle du Conseil de la bourgeoisie du Casino de Berne. Les membres du comité d'initiative y sont réunis. On leur demande de se tenir prêts devant les caméras dès 11h58, au moment où la SRF donne une toute première estimation. Ils s'exécutent, le visage impassible.

C'est une défaite cinglante. Et coûteuse de surcroît. Le doyen de l'UDC, Christoph Blocher, et Pro Suisse disposaient de 5,7 millions de francs, le camp du «non» de 1,82 million. L'initiateur Blocher a investi à lui seul 3,88 millions de francs, davantage que n'importe quelle personne seule depuis l'obligation de transparence. Et il referait la même chose, affirme-t-il sur sa chaîne Teleblocher:

«Ce n'est pas la fin de la discussion, mais le début. Si les autorités contournent la neutralité, nous devrons revenir.»

Comment, il ne le dit pas. Mais il admet:

«J'ai compris: la neutralité n'entrera pas dans la Constitution»

Werner Gartenmann, directeur de Pro Suisse, raconte les difficultés rencontrées par le comité lors de la récolte des signatures, même parmi les sympathisants de l'UDC. Il souligne:

«L'effet Russie a été fort»

Dans la génération plus âgée surtout, l'ennemi de la guerre froide resterait fortement ancré. Werner Gartenmann voit lui-même plusieurs champs d'action:

«La Suisse va glisser vers l'international par le biais de l'armée. Il serait maintenant plus honnête de discuter d'une adhésion à l'Otan.»
Werner Gartenmann, Geschaeftsfuehrer AUNS, spricht waehrend einer AUNS Medienkonferenz zu Begrenzungsinitiative, am Donnerstag, 30. Juli 2020, im Hotel Kreuz, in Bern. (KEYSTONE/Anthony Anex).
Werner Gartenmann, directeur général de Pro Suisse, a fait campagne en faveur de l'initiative sur la neutralité.Image: keystone

La nouvelle loi sur l'armée et sa nouvelle organisation lui déplaisent fortement. Il ne comprend pas que les services d'instruction doivent devenir obligatoires pour les soldats suisses. Il regrette: «C'est la mort de l'armée de milice.»

Mais le net «non» soulève aussi des questions d'orientation politique. Ainsi, l'association NeutRealität, qui a combattu l'initiative, estime qu'il est temps de «s'émanciper» des conceptions de l'UDC. Son président, Adrian Wiedmer, exige:

«La politique de sécurité doit aujourd'hui être menée de la droite bourgeoise à la gauche. Une bonne partie de l'UDC est, en raison de son isolationnisme et de sa russophilie, une menace pour la sécurité de la Suisse.»

Aborder la question sécuritaire autrement

Au PS aussi, des réflexions vont dans ce sens, comme le confirme son coprésident, Cédric Wermuth:

«Nous tendons la main. Nous sommes ouverts à mener une nouvelle discussion avec le PLR et Le Centre sur les mesures nécessaires en matière de politique de sécurité.»

L'offre ne vaut toutefois pas pour les «plans actuels de réarmement», souligne-t-il. Les discussions devraient s'orienter «sur des scénarios réalistes». Il ne saurait être admis «que l'argent des contribuables continue d'être gaspillé sans effet et qu'on mente à la population, comme pour le F-35». Cédric Wermuth évalue:

«Le PLR et Le Centre doivent se libérer de l'étreinte de l'UDC et admettre enfin qu'il n'y a de sécurité qu'avec une coopération européenne.»

Pour Le Centre, la conseillère aux Etats Marianne Binder signale une disposition à collaborer avec la gauche. «J'y suis déjà prête», dit-elle. Reste toutefois à savoir ce que veut la gauche. «Elle doit renoncer à ses revendications maximales, qui rendent toute solution impossible», estime-t-elle.

La co-présidente de PLR, Susanne Vincenz-Stauffacher, plaide pour une alliance des partis bourgeois sur la question du financement de l'armée.
Susanne Vincenz-Stauffacher.Image: Keystone

Le PLR est plus réservé. «J'aborde volontiers la sécurité de la Suisse avec tous les partenaires», dit la coprésidente Susanne Vincenz-Stauffacher avant de poursuivre:

«Elle m'est bien trop importante pour la laisser à une idéologie partisane»

Une alliance qui n'est pas gagnée d'avance

La révision de la loi sur le matériel de guerre montre déjà qu'il existe des alliances changeantes. La loi, qui vise à assouplir nettement l'exportation de biens d'armement suisses, sera soumise au vote le 29 novembre. Il y aura un combat intense, qui commence immédiatement, affirme Susanne Vincenz-Stauffacher. Ici, les lignes de front sont classiques: les partis bourgeois, UDC comprise, se battent contre la gauche.

A gauche, en revanche, le «oui» à la neutralité armée doit déclencher «une réflexion», exige Susanne Vincenz-Stauffacher:

«Pour vivre la neutralité armée de manière crédible, nous avons aussi besoin d'une industrie d'armement digne de ce nom.»

Le coprésident du PS, Cédric Wermuth, en tire précisément la conclusion inverse:

«Celui qui s'engage pour le droit international en matière de neutralité devrait aussi, pour la loi sur le matériel de guerre, s'opposer à ce que la Suisse puisse à l'avenir livrer des armes à toutes les dictatures. Mais précisément pas à l'Ukraine, qui a été attaquée en violation du droit international.»

Les propos de Susanne Vincenz-Stauffacher et de Cédric Wermuth montrent bien qu'une coalition de centre gauche en matière de sécurité est probablement tout aussi compliquée qu'une alliance bourgeoise avec une UDC qui veut le moins d'Europe possible.

Pour le président de Pro Suisse, Stephan Rietiker, ça ne fait aucun doute:

«La gauche a tout fait pour affaiblir l'armée et elle torpille toute initiative visant à l'équiper»

Il se dit donc surpris par cette nouvelle discussion sur une alliance. «Nous avons besoin d'une industrie d'armement pour équiper l'armée», martèle Stephan Rietiker avant de conclure:

«Il ne sera pas possible de définir une politique de sécurité cohérente sans l'UDC»
Stephan Rietiker, Praesident Pro Schweiz, spricht zur Abstimmungskampagne Ja zur Neutralitaetsinitiative, am Dienstag, 4. August 2026, in Bern. (KEYSTONE/Peter Schneider)
Stephan Rietiker.Keystone

(trad. ysc)

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