Après la défaite de Blocher, une nouvelle alliance politique se dessine
Un long et sonore «Ouiiii» retentit dans un restaurant de Berne, lorsque la télévision suisse publie, à 12h30 pile, la première projection sur l'initiative sur la neutralité: 71% de non. Le résultat définitif sera finalement de 70,2%. Ce cri de joie provient notamment du coprésident du PS, Cédric Wermuth.
S'ensuit une cascade d'accolades entre opposants à l'initiative. Cédric Wermuth prend d'abord dans ses bras la cheffe du groupe vert'libéral Corina Gredig, puis la coprésidente du PLR, Susanne Vincenz-Stauffacher.
Un résultat symbolique
Le soulagement est grand. «Je suis vraiment ému», dit Cédric Wermuth. Susanne Vincenz-Stauffacher avoue même: «Il restait une part d'incertitude.» Le «non» serait donc un signe «extrêmement important», estime-t-elle avant de poursuivre:
Cédric Wermuth et Susanne Vincenz-Stauffacher interprètent le résultat différemment. Susanne Vincenz-Stauffacher affirme que la Suisse ne veut «pas de neutralité pétrifiée». Cédric Wermuth, lui, parle d'une grande victoire de la démocratie directe:
Le résultat est symbolique, souligne Cédric Wermuth, car, après l'initiative visant à réduire de moitié la redevance SSR et celle contre la Suisse à 10 millions, un troisième «projet nationaliste et sensible sur le plan de la politique démocratique» a subi une défaite nette. En outre, la population suisse renforce le droit international à une époque «où l'extrême droite progresse dans le monde entier».
Une défaite difficile
L'ambiance est nettement plus morose dans la salle du Conseil de la bourgeoisie du Casino de Berne. Les membres du comité d'initiative y sont réunis. On leur demande de se tenir prêts devant les caméras dès 11h58, au moment où la SRF donne une toute première estimation. Ils s'exécutent, le visage impassible.
C'est une défaite cinglante. Et coûteuse de surcroît. Le doyen de l'UDC, Christoph Blocher, et Pro Suisse disposaient de 5,7 millions de francs, le camp du «non» de 1,82 million. L'initiateur Blocher a investi à lui seul 3,88 millions de francs, davantage que n'importe quelle personne seule depuis l'obligation de transparence. Et il referait la même chose, affirme-t-il sur sa chaîne Teleblocher:
Comment, il ne le dit pas. Mais il admet:
Werner Gartenmann, directeur de Pro Suisse, raconte les difficultés rencontrées par le comité lors de la récolte des signatures, même parmi les sympathisants de l'UDC. Il souligne:
Dans la génération plus âgée surtout, l'ennemi de la guerre froide resterait fortement ancré. Werner Gartenmann voit lui-même plusieurs champs d'action:
La nouvelle loi sur l'armée et sa nouvelle organisation lui déplaisent fortement. Il ne comprend pas que les services d'instruction doivent devenir obligatoires pour les soldats suisses. Il regrette: «C'est la mort de l'armée de milice.»
Mais le net «non» soulève aussi des questions d'orientation politique. Ainsi, l'association NeutRealität, qui a combattu l'initiative, estime qu'il est temps de «s'émanciper» des conceptions de l'UDC. Son président, Adrian Wiedmer, exige:
Aborder la question sécuritaire autrement
Au PS aussi, des réflexions vont dans ce sens, comme le confirme son coprésident, Cédric Wermuth:
L'offre ne vaut toutefois pas pour les «plans actuels de réarmement», souligne-t-il. Les discussions devraient s'orienter «sur des scénarios réalistes». Il ne saurait être admis «que l'argent des contribuables continue d'être gaspillé sans effet et qu'on mente à la population, comme pour le F-35». Cédric Wermuth évalue:
Pour Le Centre, la conseillère aux Etats Marianne Binder signale une disposition à collaborer avec la gauche. «J'y suis déjà prête», dit-elle. Reste toutefois à savoir ce que veut la gauche. «Elle doit renoncer à ses revendications maximales, qui rendent toute solution impossible», estime-t-elle.
Le PLR est plus réservé. «J'aborde volontiers la sécurité de la Suisse avec tous les partenaires», dit la coprésidente Susanne Vincenz-Stauffacher avant de poursuivre:
Une alliance qui n'est pas gagnée d'avance
La révision de la loi sur le matériel de guerre montre déjà qu'il existe des alliances changeantes. La loi, qui vise à assouplir nettement l'exportation de biens d'armement suisses, sera soumise au vote le 29 novembre. Il y aura un combat intense, qui commence immédiatement, affirme Susanne Vincenz-Stauffacher. Ici, les lignes de front sont classiques: les partis bourgeois, UDC comprise, se battent contre la gauche.
A gauche, en revanche, le «oui» à la neutralité armée doit déclencher «une réflexion», exige Susanne Vincenz-Stauffacher:
Le coprésident du PS, Cédric Wermuth, en tire précisément la conclusion inverse:
Les propos de Susanne Vincenz-Stauffacher et de Cédric Wermuth montrent bien qu'une coalition de centre gauche en matière de sécurité est probablement tout aussi compliquée qu'une alliance bourgeoise avec une UDC qui veut le moins d'Europe possible.
Pour le président de Pro Suisse, Stephan Rietiker, ça ne fait aucun doute:
Il se dit donc surpris par cette nouvelle discussion sur une alliance. «Nous avons besoin d'une industrie d'armement pour équiper l'armée», martèle Stephan Rietiker avant de conclure:
(trad. ysc)
