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Analyse

Le mépris de Donald Trump renforce Karin Keller-Sutter

Donald Trump tend la main à Karin Keller-Sutter pour la saluer lors du Forum économique mondial.
Donald Trump tend la main à Karin Keller-Sutter pour la saluer lors du Forum économique mondial.Image: Keystone
Analyse

Comment Donald Trump a involontairement renforcé Karin Keller-Sutter

Depuis Davos, la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter n’est plus perçue comme celle qui a saboté les accords douaniers, mais comme celle qui ne s’est pas couchée devant Trump. Cela pourrait changer son avenir politique.
26.01.2026, 21:0626.01.2026, 21:06
Francesco Benini / ch media

En politique, le vent peut tourner très vite. Jusqu'à peu, on parlait encore d’une annus horribilis à propos de l’année présidentielle de Karin Keller-Sutter. L’appel téléphonique funeste de fin juillet dernier, qui avait valu à la Suisse des droits de douane de 39% aux Etats-Unis, avait éclipsé tout le reste.

Depuis le Forum de Davos, ce ne sont pourtant plus seulement des élus du PLR qui témoignent leur respect à la conseillère fédérale issue de leur parti. Eric Nussbaumer, conseiller national socialiste et spécialiste reconnu de politique étrangère au sein de son parti, le dit sans détour:

«Karin Keller-Sutter a toujours négocié avec dignité et respect. C’est la bonne méthode»

Un gain de crédibilité

Cette bienveillance étonnante à l’égard de la conseillère fédérale est étroitement liée à Donald Trump. Beaucoup estiment qu’il est allé beaucoup trop loin. D’une part par ses tentatives de pression visant à pousser l’Europe à accepter une annexion américaine du Groenland. D’autre part, par son interminable discours au WEF, au cours duquel il a lâché:

«Sans les Etats-Unis, la Suisse ne ferait absolument rien»

Politiciens et journalistes européens en sont désormais convaincus, cajoler Trump ne suffit plus. Il font affronter le président américain avec fermeté. Et, relèvent plusieurs parlementaires suisses, c’est précisément ce qu’a fait Keller-Sutter l’été dernier.

Certes, l’opération a échoué. Mais plusieurs observateurs rappellent qu’un accord prévoyant des droits de douane de 10% était déjà sur la table. La présidente de la Confédération ne pouvait pas imaginer que Trump allait ignorer le travail de sa propre administration.

Quand quelqu’un se comporte de manière inacceptable et heurte tout le monde, son adversaire apparaît soudain sous un jour plus favorable. Keller-Sutter n’est plus la politicienne qui a raté le dossier des droits de douane. Elle est désormais la présidente de la Confédération qui a tenu tête à Trump, au lieu de s’incliner devant lui.

Le rôle de Guy Parmelin passé à la loupe

Dans son discours, le président américain s’est moqué de l'ex-présidente de la Confédération. Le mauvais goût fait bien entendu partie du répertoire quotidien de Donald Trump. Mais cela reste du mauvais goût. La conseillère nationale du Centre Elisabeth Schneider-Schneiter était présente dans la salle à Davos. Elle confie:

«Je n’ai pas compris le fait que Trump utilise la tribune du WEF pour régler ses comptes avec l’ancienne présidente de la Confédération. C’était indigne.»

Certains estiment aujourd’hui que le nouveau président de la Confédération, Guy Parmelin, s’est montré trop effacé lors de la rencontre entre la délégation suisse et Trump, ainsi que les membres de son gouvernement. Une mise au point face à l’affirmation selon laquelle la Suisse ne serait rien sans les Etats-Unis aurait été bienvenue.

D’autres parlementaires soulignent toutefois que Parmelin est chargé de conclure, d’ici à fin mars, un accord avec l’administration américaine afin de sécuriser des droits de douane à 15%. Dans ce contexte, il serait compréhensible qu’il s’abstienne de critiquer Trump.

Spéculations sur l'avenir de Keller-Sutter

L’attention se porte donc moins sur Karin Keller-Sutter que sur Guy Parmelin. A la fin de son année présidentielle, on murmurait sous la Coupole qu’elle était épuisée et pourrait bientôt jeter l’éponge. Le Tages-Anzeiger avait relevé un indice. Son collaborateur personnel, René Lenzin, avait atteint l’âge de la retraite en 2025, mais continuait d’exercer sa fonction quelques mois de plus.

Une brève prolongation qui pouvait laisser penser qu'il savait que sa cheffe allait prochainement partir et qu'il restait avec elle jusqu'au bout.

Mais, aujourd’hui, le chef de la communication de KKS, Pascal Hollenstein, affirme:

«Nous sommes en phase de recrutement»

Autrement dit, la conseillère fédérale aura bientôt un nouveau collaborateur personnel. Un signe que la question d’un retrait n’est, pour l’instant, pas à l’ordre du jour.

Au PLR, ce sont surtout des hommes qui se préparent à une éventuelle candidature au Conseil fédéral. Ils ne sont pas mécontents que Keller-Sutter reste en fonction. Si elle quittait son poste maintenant, il serait évident qu’elle ne serait pas remplacée par un homme. Il ne resterait alors plus qu’une seule femme au gouvernement, un scénario difficilement imaginable. Les prétendants masculins espèrent donc que Karin Keller-Sutter poursuivra encore son mandat quelque temps.

Traduit de l'allemand par Joel Espi

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source: corbis news / view press
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