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Les dons à la Protection suisse des animaux sont déconseillés

Il est déconseillé de donner de l'argent à la Protection suisse des animaux

La Protection suisse des animaux n'arrive pas à sortir des gros titres négatifs.
La Protection suisse des animaux n'arrive pas sortir d'une spirale négative.Image: getty
La crise au sein de la Protection suisse des animaux (PSA) s'aggrave: l'organisme de certification Zewo déconseille les dons. Mais ce n'est pas le seul organisme en crise: la Croix rouge suisse, Pro infirmis et d'autres sont concernés. Est-ce qu'il y a un problème? Oui, répond un expert.
28.12.2023, 05:5828.12.2023, 07:45
Catherine Duttweiler / ch media
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Depuis peu, Zewo, l'organisme de certification des œuvres de bienfaisance, déconseille officiellement les dons à la Protection suisse des animaux (PSA). Martina Ziegerer, la directrice de Zewo explique:

«Cela fait longtemps déjà que le manque de transparence de l'organisation de protection des animaux a attiré notre attention»
Directrice générale de ZEWO: Martina Ziegerer.
Martina Ziegerer.Image: dr

La Zewo a exigé de voir les rapports annuels et les comptes de la PSA – et n'a pas été satisfaite du résultat: l'organisation n'a fourni que des documents obsolètes jusqu'en 2020, et la Zewo a dû s'appuyer sur des rapports comme celui de la fiduciaire BDO, révélés grâce à des enquêtes journalistiques.

Une organisation en crise

La Zewo a désormais publié son évaluation de la PSA sur son site Internet. Elle déplore l'absence d'un système de contrôle interne, d'un contrôle des comptes et de processus de validation dans le domaine immobilier. Elle critique les frais excessifs documentés dans les médias ainsi que le cumul de pouvoir de la présidente. Si les critiques sont fondés, «la séparation fonctionnelle et personnelle des pouvoirs n'est pas respectée», peut-on y lire. En conclusion, l'organisation de protection des animaux ne respecte pas les normes courantes et les dons sont déconseillés.

En effet, au cours des deux dernières années, toute une série de dysfonctionnements au sein de la PSA ont été rendus publics:

  • Des frais mensuels de 5000 à 14500 francs versés à des membres du comité central.
  • Des rénovations de luxe d'immeubles sans offres concurrentes ainsi que des ventes sans estimation.
  • Des démissions de protestation.
  • Des accusations de népotisme.

Le début des problèmes

Le comité directeur a commencé à se disputer au printemps 2022. Des voix critiques ont démissionné ou ont été démises de leurs fonctions, le juriste de l'association a été licencié – ils avaient tous posé des questions qui ne plaisaient pas à la direction. Après des efforts de réforme internes infructueux, les dysfonctionnements ont été rendus publics cet été et ont débouché sur une plainte pénale – avec des conséquences désastreuses pour la réputation et le flux de dons de l'organisation.

Le comité central vient de donner le coup d'envoi d'une série d'économies pour 2024. Il confirme vouloir réduire les dépenses de 10% à 15%.

Lutte de pouvoir féroce à la Croix-Rouge suisse

Les problèmes de la PSA sont certes exceptionnellement étendus et persistants. Mais cette année, plusieurs autres institutions d'utilité publique ont aussi connu une crise: à la Croix-Rouge suisse (CRS), le directeur et la présidente ont démissionné après une lutte de pouvoir féroce et une enquête externe.

Pro Infirmis a dû justifier un déficit de 18 millions de francs lors de ses comptes annuels, et quatre membres du comité directeur ont quitté leur poste. Au Club alpin suisse (CAS), le directeur, déjà contesté, a tiré sa révérence après avoir dû assumer le déficit de plusieurs millions des Championnats du monde d'escalade. Et au Forum des consommateurs, la présidente surchargée a également été critiquée publiquement, et l'assemblée générale a dû être reportée pour vice de forme.

Que se passe-t-il avec ces organisations?

Qu'est-ce qui se passe avec les institutions bénévoles? Il est clair qu'on ne peut pas directement comparer les cas, mais on trouve néanmoins des causes communes. «Le coeur du problème est la base juridique qui est trop minimale», explique Peter V. Kunz, professeur de droit économique.

Peter V. Kunz, directeur général de l'Institut de droit économique, décanat de la faculté de droit de l'université de Berne.
Peter V. Kunz, directeur général de l'Institut de droit économique à l'université de Berne.Image: dr

En Suisse, les associations peuvent en grande partie s'organiser elles-mêmes, contrairement aux sociétés anonymes. Il n'y a guère de cas où les dirigeants d'une association ont été poursuivis en justice parce qu'ils n'avaient pas respecté les statuts – ce serait une affaire trop coûteuse.

Kunz souhaite donc un «droit d'association plus strict», en particulier pour les grandes institutions:

«Une intervention politique serait appropriée»

Les chances de voir aboutir cette requête sont néanmoins minces, car elle n'est pas très appréciée en politique. En effet, outre les grandes institutions comme la Fifa ou le WWF, les partis politiques sont également organisés de manière informelle en tant qu'associations.

Deuxièmement, presque toutes les associations nationales ont des discussions sur les compétences de la centrale et l'autonomie des sections, comme l'observe Martina Ziegerer, directrice de Zewo. Les sections cantonales poursuivent souvent des intérêts différents, comme le montre l'exemple de la Ligue suisse contre le cancer:

  • Les petites sections de la Ligue sont reconnaissantes si la centrale assume des tâches importantes, telles que la collecte de fonds ou la communication.
  • Les grandes sections, en revanche, veulent collecter des fonds elles-mêmes et se positionner de manière indépendante dans le public.

Troisièmement, ce sont souvent des personnes idéalistes avec de fortes convictions qui s'engagent dans le travail bénévole. Une forte identification à la cause et le sacrifice de beaucoup de temps libre peuvent conduire à des guerres de tranchées personnelles. Peter V. Kunz va jusqu'à dire que les personnes actives dans le bénévolat sont un «autre type de personnes, plus émotionnelles que dans l'économie».

De quoi les associations ont besoin?

Des compétences de direction et des capacités d'intégration supérieures à la moyenne seraient d'autant plus nécessaires, notamment pour la présidence, explique Caroline Brüesch, professeure de management public. Les expertes interrogées sont unanimes: il faut plus de professionnalisme, même dans les fonctions bénévoles.

«Les exigences envers les œuvres de bienfaisance augmentent»
Martina Ziegerer, la directrice de Zewo

La présentation des comptes, la transparence et la protection des données, mais aussi la communication et la collecte de fonds sont plus exigeantes à l'ère numérique. Même les organisations à but non lucratif doivent faire de plus en plus de bilans pour évaluer leur efficacité.

Que faut-il donc faire dans la crise actuelle? Kunz, Ziegerer et Brüesch demandent:

  • Une séparation claire des pouvoirs entre le niveau opérationnel et le niveau stratégique.
  • Une transparence totale des finances, avec une révision illimitée et un système de contrôle interne, en particulier pour les associations basées sur les dons.
  • Des cahiers des charges et des statuts clairs interdisant le cumul des fonctions, le cumul des mandats, les conflits d'intérêts et les liens de parenté entre les membres du comité directeur sont également nécessaires.
  • Les postes vacants au sein du comité directeur ne devraient pas être pourvus en sous-main par des personnes partageant les mêmes idées, mais devraient être mis au concours suffisamment tôt.

Qu'est-ce qu'il manque à la PSA?

Pour que l'organisation obtienne une certification Zewo, il lui faudrait résoudre presque tous ces aspects. Des membres critiques du comité de la PSA exigent depuis bientôt deux ans des réformes correspondantes ainsi qu'une affiliation à Zewo. Mais la présidente Nicole Ruch a empêché cela jusqu'à aujourd'hui – selon elle, une certification Zewo serait «trop chère».

Nicole Ruch.
Nicole Ruch.Image: DR SPA

Une demande auprès de Zewo révèle que la PSA devrait payer en moyenne moins de 5000 francs par an sur dix ans, dépenses initiales comprises. «Cela ne correspond même pas à 50 centimes pour 1000 francs de dons», écrit la directrice de Zewo: les coûts prétendument élevés seraient une «excuse bien connue». Confrontée à cela, Ruch lance:

«Oui, ce ne serait vraiment pas cher. Là, j'ai manifestement été mal informée»

Ziegerer regrette que la crédibilité de nombreuses œuvres de bienfaisance souffre de la crise de la PSA qui dure depuis des mois.

Pour elle, c'est clair: «Lorsqu'il y a une crise, il faut réagir rapidement». Ainsi, l'œuvre d'entraide Heks a réagi de manière exemplaire cet été lorsqu'un centre de requérants d'asile qu'elle gérait a fait l'objet de critiques. Elle a immédiatement lancé une enquête externe dont les résultats ont été publiés un mois plus tard. Grâce à la démission de la directrice responsable et à d'autres mesures immédiates, la crise a été résolue en deux mois.

Que va faire la PSA?

De son côté, la présidente de la PSA veut prendre son temps pour mener à bien les réformes attendues depuis longtemps. Elle est membre du comité depuis novembre 2013, vice-présidente avec droit de signature depuis plus de sept ans, présidente depuis plus de deux ans – et estime qu'il faudra encore un an et demi pour que les réformes entrent en vigueur.

Les donateurs feront-ils preuve d'autant de patience? Le porte-parole de Ruch n'a pas voulu quantifier la baisse actuelle des dons. CH Media (le groupe de watson) sait cependant qu'en raison de ces querelles, plusieurs legs ont déjà été retirés et qu'un grand donateur a supprimé sa contribution annuelle à six chiffres jusqu'à ce que la présidence soit repourvue. Affaire à suivre.

Traduit et adapté de l'allemand par Léa Krejci

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