Le Valais va-t-il abattre des lynx? Darbellay répond
Disparu du territoire valaisan avant sa réintroduction dans les années 1970, le lynx refait surface dans le débat public. Le 22 mai, le conseiller national Benjamin Roduit (Le Centre) confirmait à watson que des réflexions autour d'un tir de régulation étaient bel et bien enclenchées. Le débat a rapidement gagné le Grand Conseil: le 9 juin, Pro Natura Valais publiait un communiqué alertant sur les discussions cantonales autour d'un projet pilote.
Dans la foulée, Jérémy Savioz, député valaisan au Grand Conseil et chargé d'affaires pour Pro Natura Valais, déposait une interpellation urgente lors de la session en cours.
Vendredi matin, Christophe Darbellay devait répondre à plusieurs questions: l'existence d'un projet pilote de régulation et son stade d'avancement, la corrélation scientifiquement établie entre la progression du lynx et la baisse des populations d'ongulés, et l'éventuelle adaptation des contingents de tir. Il s'agit du quota autorisé d'animaux qu'un chasseur peut abattre durant une saison.
Ce chiffre est fixé en fonction du cheptel, qui peut varier notamment en raison de la présence de prédateurs. Nous comptons environ 1000 chevreuils abattus annuellement en Valais.
Devant le Grand conseil valaisan, Christophe Darbellay confirme que des discussions ont bel et bien eu lieu au sujet de la régulation du lynx. En raison de la «sévère baisse» du cheptel de chevreuils sur la rive droite du Rhône, une demande pourrait être déposée auprès de la Confédération — il use du conditionnel, tout en renvoyant à l'article 4 de l'ordonnance sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages, pour définir le cadre légal de la régulation d'une espèce protégée telle que le lynx.
Il motive cette réflexion avec les chiffres du dernier rapport du KORA, la fondation pour l’écologie des carnivores et la gestion de la faune sauvage. L'élu explique qu'il y a 5,2 lynx sur 100 km2 sur la rive droite du Rhône, une concentration qu'il estime particulièrement élevée. Christophe Darbellay dit aussi que «pour la période de chasse 2026/2027, des demandes de restriction ont été émises pour le tir de chevreuil», en raison justement de la forte prédation exercée par le lynx.
Des réponses qui n'ont pas convaincu Jérémy Savioz, comme il nous l'affirme par téléphone:
Plusieurs questions, dit-il, sont restées sans réponse — notamment sur les éventuelles preuves que le lynx causerait des problèmes avérés sur les populations de chevreuils.
Baisse réelle, mais relative
Le député le rappelle: pendant longtemps, l'objectif était de réduire les populations de chevreuils par des tirs. «Les autorités estimaient que les effectifs étaient trop élevés et ouvraient des chasses spéciales en fin de saison», précise le Valaisan. Cela fait deux à trois ans que ces chasses n'ont plus lieu, les effectifs étant considérés comme stabilisés.
La baisse est réelle, mais relative. Les populations restent supérieures à ce qu'elles étaient dans les années 70 à 90 chevreuils. Une hausse a été enregistrée dans les années 2000-2010, sans explication claire, indique Jérémy Savioz. Depuis, un recul des effectifs s'est amorcé. Localement, l'impact du grand prédateur n'est pas à exclure, mais il s'agit avant tout d'un rééquilibrage naturel. Et à Jérémy Savioz de trancher:
C'est à la chasse de s'adapter, pas l'inverse. «Aucune étude ne prouve d'effet significatif du lynx sur les populations valaisannes de chevreuils», souligne le politicien valaisan.
En revanche, un autre facteur dont on parle trop peu à ses yeux pèse sur la faune sauvage: le trafic routier. Chaque année, selon les statistiques valaisannes, entre 400 et 500 chevreuils sont tués sur les routes, soit environ 10% de la population, comme le souligne Jérémy Savioz, qui est également chargé d'affaires pour Pro Natura Valais.
Et le Plan Lynx?
Mais le lynx est dans le viseur et la pression politique ne s'arrête pas là. En mars 2026, une motion demandant à revoir le Plan Lynx — le cadre fédéral qui régit la gestion de l'espèce — a été déposée au niveau fédéral. Une démarche que le professeur Raphaël Arlettaz, biologiste spécialiste de la conservation à l'Université de Berne, jugeait prématurée dans nos colonnes.
Pour rappel, les critères établis par l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) disent qu'un lynx peut être éliminé lorsqu'il tue au moins 15 animaux de rente sur une période de 4 mois, ou plus de 25 animaux en l'espace d'un mois. On envisage aussi une régulation si la population de lynx augmente au détriment des ongulés sauvages.
Durant l'hiver 2024-2025, on comptait 30 lynx indépendants et 8 portées en Valais.
Selon Jérémy Savioz, les critères ne sont pas remplis. Le Service de la chasse, de la pêche et de la faune (SCPF) recense entre 70 et 80 chevreuils tués par des lynx sur l'ensemble du canton chaque année — un chiffre bien loin de justifier un projet de régulation à l'échelle d'une population entière et d'une région. «En tout cas au niveau des bases juridiques et scientifiques», précise Jérémy Savioz.
