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Le retour du lynx en Valais révèle des zones d’ombre

Alors que la population du lynx augmente en Valais, des zones d'ombre apparaissent.
Le lynx est de retour sur le territoire valaisan, timidement. Image: Montage watson

Le retour du lynx en Valais révèle des zones d’ombre

Il y a dix ans, ils n'étaient plus que cinq. Aujourd'hui, 30 lynx indépendants ont été recensés en Valais. Quelles sont les raisons de ce retour dans un canton stratégique pour l'espèce?
23.05.2026, 07:0323.05.2026, 07:03

Alors qu'un projet pilote de tir de régulation du lynx est en discussions en Valais, le braconnage continuerait-il à sévir dans le canton? Selon des informations inédites que nous avons pu recueillir, une dépouille de lynx a été mise au jour récemment dans la région du coude du Rhône, en Valais, dans des circonstances que Raphaël Arlettaz, professeur de biologie de la conservation à l'Université de Berne, qualifie d'«étranges».

Les résultats de l'autopsie sont en attente depuis plusieurs mois — sans explication officielle à ce jour, d'après nos sources.

Cette découverte fait écho aux actes de braconnage de ces dernières années en Valais. Comme en janvier 2023, quand la tête d'un lynx braconné a été découverte à Crans-Montana. Cette dernière avait été placée en évidence au bord d’un sentier couru, rappelle Raphaël Arlettaz. L'Etat du Valais, via un communiqué de presse, dénonçait alors un nouveau cas de braconnage, sans donner plus de détails.

Avant cela, en novembre et décembre 2021, deux lynx avaient été retrouvés écrasés sur le bord de la route — l'un à Vernayaz, l'autre près de Sembrancher — ils portaient des traces de tirs par armes de chasse, révélées par les autopsies de la clinique vétérinaire de l'Université de Berne. Dans la foulée, le Service valaisan de la chasse, de la pêche et de la faune (SCPF) a porté plainte contre X pour le braconnage de lynx concernant ces deux cas.

Le lynx est en pleine expansion en Valais

Le Valais est une zone charnière pour l'évolution du lynx en Suisse. 58% du territoire est considéré comme propice à l'espèce. Et selon les dernières données disponibles, le félin est en pleine progression dans le canton; une tendance inédite depuis plus d'une décennie.

Fridolin Zimmermann, biologiste au sein du KORA, fondation dédiée à l'étude des grands carnivores et à la gestion de la faune sauvage en Suisse souligne:

«Nous assistons actuellement à une phase d’expansion de l’espèce dans le canton du Valais»

Durant l'hiver 2024-2025, on comptait ainsi 30 lynx indépendants et 8 portées — un record depuis le début des années 2010 — qui ont produit au moins 11 jeunes. Toutefois, Raphaël Arlettaz, précise:

«A l'équilibre, le Valais devrait compter au moins 60 lynx indépendants»
Raphaël Arlettaz, professeur de biologie de la conservation à l'Université de Berne
Professeurs à l'Université de Berne, Raphaël Arlettaz est un spécialiste des lynx.
Raphaël Arlettaz, professeur de biologie de la conservation à l'Université de Berne.Image: dr

D'après lui, la population n'a pas encore atteint sa capacité de charge dans le canton, soit le nombre maximal d'individus d'une espèce donnée qu'un écosystème peut soutenir durablement; il y a toujours très peu de lynx au sud du Rhône alors que le félin y était encore fréquent dans les années 1980, comme en attestent les recherches, au moyen d’émetteurs radio, menées à l'époque par Heinrich Haller, ancien directeur du Parc National Suisse.

Le braconnage, seul responsable?

Décimé entre le XIXe et du XXe siècle, le lynx avait été réintroduit dans les années 1970 et 1980. Pourtant, sa population était à nouveau au bord de l’extinction dans le canton entre 2011 et 2019. Comment expliquer une telle baisse de l'espèce dans le canton?

Par «un braconnage systématique soutenu par les instances étatiques et même les forces de police d’alors avec des pièges à collet, additionné à de nombreux tirs illégaux», affirmaient Raphaël Arlettaz et ses équipes, en 2021, dans une vaste publication scientifique relayée dans Frontiers in Conservation Science.

Dans les années 2010, au moment même où les lynx ont failli disparaître du canton, le braconnage avait même connu sa figure public, un Valaisan qui assurait alors «avoir piégé peut-être une dizaine» de lynx. Il s'était épanché dans les médias. Désormais décédé, il avait été condamné par le Ministère public valaisan en 2015.

Pour le biologiste du KORA, Fridolin Zimmermann, il est préférable de tempérer:

«Le braconnage est cryptique et ne peut donc pas être chiffré de manière précise»

Il reconnaissait toutefois, dans un article du Temps paru en novembre 2022, que «le braconnage a certainement joué un rôle par le passé». Le lynx est en effet perçu comme une concurrence directe par certains chasseurs.

Un tournant en 2021

L'augmentation actuelle du nombre de lynx trouverait sa réponse dans un changement de cap, qui s'est amorcé avec l'arrivée de deux nouveaux responsables en 2021: Frédéric Favre (PLR) à la tête du département concerné et Nicolas Bourquin à la direction du Service de la chasse, de la pêche et de la faune (SCPF). En mars 2025, Frédéric Favre a quitté le gouvernement et le service a été attribué à Christophe Darbellay (Le Centre).

Frédéric Favre et Nicolas Bourquin ont affiché une tolérance zéro envers le braconnage de prédateurs. Comme l'assure le professeur Arlettaz:

«La population a augmenté depuis qu'on a scientifiquement démontré le braconnage rampant»

Interrogé à ce sujet précis, le Service de la chasse, de la pêche et de la faune n'a pas répondu à nos sollicitations.

De son côté, Jérémy Savioz, député au Grand Conseil valaisan et chargé d'affaires pour Pro Natura Valais, convient que «le service de la chasse actuel fait plus attention à la problématique du braconnage».

Et la progression géographique de l'animal a suivi. «La densité a enfin atteint un taux normal au nord du Rhône, vers 2022-2023. Dès 2024, la saturation démographique de cette zone induit une vague de colonisation vers le sud du Rhône, où le lynx ne se reproduisait plus depuis probablement au moins vingt ans», explique Raphaël Arlettaz.

Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes

Selon Raphaël Arlettaz, le dispositif de pièges-photo mis en place par KORA ne couvre, toutefois, pas l'ensemble du territoire valaisan, chaque année, contrairement aux relevés de l’Université de Berne qui sont continus sur l’ensemble du territoire cantonal depuis 2011. Une explication confirmée par Fridolin Zimmermann:

«Nous ne donnons pas de chiffre pour les effectifs de lynx pour l’ensemble du canton du Valais. Le KORA ne réalise aucune évaluation par canton étant donné que les lynx ont besoin de beaucoup d’espace et que les limites administratives ne les arrêtent pas.»

Mais les chiffres démontrent une progression encore insuffisante: 30 lynx indépendants recensés en Valais, là où il en faudrait au moins 60 pour atteindre l'équilibre. . Le lynx valaisan serait en train de retrouver sa place sur un territoire qui ne lui a pas toujours fait de cadeaux, alors qu'un projet de tir de régulation serait dans les cartons.

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source: universal images group editorial / bsip
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