Suisse
Berne

Sécurité du Palais fédéral: les élus sont-ils bien protégés?

Berne: un jeune est monté sur le toit du Palais fédéral.

Il escalade le Palais fédéral en plein jour: nos élus sont-ils bien protégés?

Un jeune homme a réussi à monter sur la coupole du Palais fédéral à Berne, en plein jour, sans être inquiété. Une situation qui pose de nombreuses questions concernant la sécurité de l'édifice.
17.05.2023, 11:5918.05.2023, 19:19

Berne, sous un ciel nuageux, en pleine journée: pour peu qu'on ait décidé de lever les yeux au sommet du Palais fédéral ce jour-là, on aurait aperçu une curieuse forme sombre se déplacer le long de la coupole. Est-ce un cambrioleur? Un ouvrier qui s'est égaré?

Rien de tout cela: c'est un jeune homme curieux et apparemment taquin qui a réussi à monter au sommet du bâtiment le plus important du pays. Pour cela, rien de plus simple: il a utilisé les échafaudages disposés autour de l'édifice, en restauration.

La vidéo 👇

Vidéo: instagram

La vidéo alterne les prises de vue effectuées par le jeune curieux depuis le sommet de l'édifice et celles prises par ses amis, au sol. Comment a-t-il pu réussir à monter jusque-là?

Un jeune monte sur le toit du Palais fédéral, à Berne.
Vue depuis la coupole sur le sommet du fronton. En dessous se trouve le Conseil des Etats.dr

En fin de vidéo, notre acrobate redescend et enjambe un paravent en bois, de deux mètres de haut environ certes, mais par-dessus lequel il passe facilement. Est-ce par ici qu'il est entré?

Un jeune monte sur le toit du Palais fédéral, à Berne.
A droite (en sombre), on voit le jeune homme sauter du paravent en bois qu'il vient d'enjamber.dr

Pourquoi c'est un problème

Cet évènement, qui survient trois mois après l'évacuation chaotique du Palais fédéral, fait ressurgir une question qu'on aurait pu oublier à nouveau: la sécurité des parlementaires à Berne est-elle assurée? Comment se fait-il que le jeune curieux n'ait pas été inquiété par qui que ce soit, alors même qu'il se trouvait au sommet du Palais fédéral aux yeux de tous, en plein jour?

Le conseiller aux Etats Andrea Caroni (PLR/AG), qui s'était montré particulièrement agacé par l'évacuation du Parlement en février, a réagi à cette vidéo:

«Je ne sais pas encore exactement ce qui s'est passé, mais c'est sûr que cela ne devrait pas arriver»
Andrea Caroni, conseiller aux Etats (PLR/AR)

Le sénateur complète: «Il va falloir déterminer comment cette personne a réussi à monter sur le toit et s'il y a des choses à améliorer au niveau sécuritaire.»

«Un fâcheux incident»

Si un simple curieux a réussi à entrer sur zone, une personne mal intentionnée aurait-elle pu entrer dans le bâtiment via une fenêtre ou une porte? Ou, plus grave: le scénario terroriste. Imaginons un homme armé sur le toit ou avec des explosifs: pourrait-il s'en prendre aux personnes présentes dans le bâtiment? Le fronton où l'acrobate se trouve à un moment, par exemple, est situé juste au-dessus du Conseil des Etats.

Du côté de l'office fédéral de la police, Fedpol, on admet n'avoir «eu connaissance de l'escalade du bâtiment du Parlement qu'après sa survenue». Le Service fédéral de sécurité (SFS), responsable de la sécurité du bâtiment et qui dépend de Fedpol, dit «rassembler tous les faits disponibles sur cet événement».

«Il s’agit d’un fâcheux incident»
Fedpol

Le service de sécurité du Palais fédéral dit envisager de porter plainte pénalement. Toutefois, on explique qu'il «n'y avait pas de danger pour des tiers ou des parlementaires».

«De telles actions ne doivent plus être possibles à l'avenir»
Fedpol

Fedpol indique ainsi sa volonté d'assumer un «rôle de conseiller» auprès du SFS «sur la nécessité et les moyens d'assurer une protection supplémentaire» et «pour d'éventuelles mesures techniques liées à l'infrastructure ou à la surveillance». Et rappelle que:

«Toutes les mesures de sécurité ne sont pas visibles»
Fedpol

Mettre un coup de pression supplémentaire

Patrick Carruzzo est fondateur de l'Académie suisse de sécurité. Pour cet expert du domaine, «c'est sûr que quand la routine s'installe et qu'il ne se passe rien, on baisse sa garde. Ce genre d'évènements permet de rehausser le niveau sécuritaire pour un mettre un petit coup de pression sur les services concernés».

Le SFS a-t-il failli à sa mission en laissant un individu monter sur le toit? «Je ne connais pas l'entièreté du dispositif. J'imagine que pour ce bâtiment important, il y a de la vidéosurveillance et des gens qui regardent», indique l'expert. Toutefois, des mesures existent pour limiter ce genre d'incidents:

«Il est possible d'installer un système de détection de mouvement sur les échafaudages pour repérer les gens qui y grimpent»
Patrick Carruzzo, Académie suisse de sécurité

L'intrus aurait-il pu profiter de ses acrobaties pour entrer dans le bâtiment sans se faire voir? Rappelons qu'au rez-de-chaussée, l'accès au hall principal est surveillé par des gardes armés et l'entrée des visiteurs fait passer ceux-ci à travers des caissons de détection de métaux, comme à l'aéroport.

«Cela ne sert à rien d'avoir tout ce dispositif au niveau du sol si quelqu'un peut monter aux étages supérieurs et rentrer en brisant une fenêtre»
Patrick Carruzzo, Académie suisse de sécurité

Cet évènement fera-t-il office d'électrochoc pour les SFS quant à la sécurité des parlementaires au Palais fédéral? Si un autre incident doit arriver, on ne pourra pas dire que le service de sécurité n'était pas au courant des lacunes de son système.

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«Aujourd’hui, la Suisse est unie dans le cœur»: Parmelin prend la plume
Guy Parmelin s’exprime au nom du Conseil fédéral pour adresser ses condoléances aux proches des victimes de Crans-Montana. Il remercie les secouristes ainsi que les Etats venus en aide.
Permettez-moi, en cette période de profonde tristesse et de grande souffrance, de vous adresser, en toute humilité, quelques mots.

Au nom du Conseil fédéral, le gouvernement suisse, je tiens à exprimer mes plus sincères condoléances aux familles et aux proches des personnes décédées. A toutes celles et tous ceux qui ont eu la chance de survivre à la catastrophe, mais qui ne sont désormais qu’au début d’un long et difficile chemin de guérison, nous adressons notre profonde compassion.

Je souhaite m’adresser tout particulièrement aux jeunes. Beaucoup des victimes étaient elles-mêmes jeunes, pleines de projets, d’espoirs et de rêves. Leur vie ne doit pas être réduite à la catastrophe, ni aux circonstances dans lesquelles elle s’est achevée. Elle doit être honorée pour ce qu’elle a été: une promesse, une énergie, une part de notre avenir commun.

Nous devons aux personnes touchées, aux familles et aux proches le respect, la mémoire – et l’engagement de tout mettre en œuvre pour qu’une telle catastrophe ne se reproduise pas. La justice examine actuellement dans quelle mesure des prescriptions de sécurité ont été enfreintes et en tirera les conséquences. C’est ce que nous devons aux victimes et à leurs proches.

Je tiens également à rendre hommage à toutes celles et tous ceux qui ont apporté leur aide, sous des formes diverses. A la police, aux nombreux services de secours et aux sapeurs-pompiers de milice qui ont risqué leur vie lors d’opérations de sauvetage dangereuses et éprouvantes. Et à l’ensemble du personnel médical, dans les hôpitaux en Suisse comme à l’étranger, qui s’occupe depuis des jours, sans relâche, des nombreux blessés graves.

Dans le grand malheur qui nous a frappés et qui — j’ose l’affirmer avec force — a fait de toute la Suisse une communauté unie dans le deuil, nous avons, pour un temps, la possibilité d’être ensemble afin de partager le poids de cette épreuve. Cette solidarité ne rendra pas la charge plus légère, mais si elle peut ne serait-ce qu’un peu contribuer à apaiser la douleur, alors elle trouve pleinement sa raison d’être.

Il est évident qu’aucun pays ne peut affronter seul de telles situations exceptionnelles. La Suisse a donc, conformément aux mécanismes internationaux prévus, sollicité un soutien, après que plusieurs Etats ont proposé leur aide. Des patientes et des patients souffrant de brûlures extrêmement graves ont ainsi pu être transférés des hôpitaux suisses vers des cliniques spécialisées dans le traitement des grands brûlés, dans différents pays européens. Ils y reçoivent les meilleurs soins possibles. Ces traitements dureront des mois, ce qui représente une charge supplémentaire pour les proches. Au nom de la Suisse, je remercie l’ensemble des pays concernés pour leur solidarité.

Aujourd’hui, la Suisse est triste. Mais aujourd’hui, la Suisse est aussi unie dans le cœur. Unie dans le deuil, unie dans le soutien, unie dans la détermination à comprendre et à protéger.

(Ce texte a été publié dans la Schweizer Illustrierte, puis partagé au groupe CH-Media. Il a été adapté de l'allemand par watson)
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