Ils sont «prêts à attendre une heure» pour se préparer à l'éclipse
La dame se tient devant la porte du magasin. Elle attend depuis presque une heure, nous dit-elle. Il est 08h50 et la boutique va bientôt ouvrir. La dame n'est pas seule. De nombreuses personnes se sont amassées derrière elle, formant une file qui s'étend déjà sur plus d'une centaine de mètres. Tous ces individus convergent vers la Lunetterie de Pépinet, située en plein centre de Lausanne. Leur objectif: mettre la main sur des lunettes pour l'éclipse, mises en vente ici ce mardi matin.
«Les lunettes sont en rupture de stock partout, aucune pharmacie n'en vendait», confirme la dame, qui reconnaît «s'y prendre un peu tard». Deux filles racontent avoir cherché sur internet, sans succès:
L'information selon laquelle la lunetterie allait en vendre a rapidement circulé - certains indiquent l'avoir lue sur Instagram, d'autres sur Reddit. La dame, elle, a demandé à ChatGPT.
Quelques mètres plus bas, deux jeunes hommes racontent être allés la veille chez le magasin Photovision, à Lausanne. En vain. «A 17h00, toutes les lunettes étaient parties», expliquent-ils. C'est une amie qui les a informés qu'ils allaient en trouver ici. Ils attendent désormais depuis une demi-heure, mais la longueur de la file ne les surprend pas: «On nous avait prévenus».
«Je ne m'y attendais pas du tout»
C'est pourtant la stupéfaction qui règne au sein de la file, dont les rangs ne cessent de grossir. «Je ne m'y attendais pas du tout», dit une jeune femme. Et d'ajouter:
«Je me suis dit que tout le monde bossait, mais non», constate un homme, une observation formulée à maintes reprises par les personnes qui attendent. «Faut pas venir chercher des lunettes normales aujourd'hui», dit sa voisine en souriant. Malgré l'attente, l'ambiance reste bon enfant. Les gens rigolent, papotent. Certains boivent un café, d'autres lisent un livre.
Il n'empêche. Même après l'ouverture du magasin, la file avance très lentement - et continue de s'allonger. Elle arrive désormais devant le restaurant Les Brasseurs. «Ça va faire long», siffle un homme, avant de prendre position à l'arrière.
Pas de quoi impacter la détermination des clients. «Si je sais qu'il y en a suffisamment, je suis prête à attendre même une heure, une heure et demie», assure une fille. «Maintenant que je suis là, j'avance, même si ça prend une heure», renchérit son voisin. Une troisième fille ne partage pas cet enthousiasme: «Moi, j'attends 20 minutes», déclare-t-elle.
Ce qui est sûr, c'est que la scène ne laisse pas les passants indifférents. De nombreux individus s'arrêtent pour demander des explications. Même plusieurs véhicules accostent pour interroger les personnes dans la file. Un homme demande à la ronde:
«Il nous a jugé tellement fort», glisse une fille à son voisin. En effet, les badauds ne cachent pas leur amusement. Plusieurs personnes filment les gens en attente, tout en rigolant. D'autres leur souhaitent bon courage. «Au moins, les gens se protègent», lâche un autre observateur.
«Yes!»
Si l'ambiance reste cordiale tout au long de la file, elle devient carrément euphorique devant la porte du magasin. Les personnes qui en sortent se prennent dans les bras, poussent de «yes!» et se donnent des high fives. La satisfaction est palpable.
Un jeune homme sort de la boutique avec une liasse de lunettes. Il en donne une paire à un individu qui attend dehors, et qui le twinte à l'instant, avant de partir. «Il m'a demandé poliment de lui en acheter une paire», confirme-t-il. Ce client indique avoir attendu 48 minutes. «J'étais à une cinquantaine de mètres de l'entrée», renseigne-t-il.
Une dame attend devant la porte. Elle n'a pas dû faire la file: «J'ai croisé une connaissance et je lui ai demandé de m'acheter des lunettes», explique-t-elle, visiblement satisfaite. Plusieurs personnes écrivent à leurs amis pour leur poser la question, tandis que d'autres zonent devant la boutique. Un ado sort avec un gros paquet de lunettes. «Tu penses que c'est le max?», lui demande un ami.
A 11h45, près de deux heures après l'ouverture du magasin, des dizaines de personnes attendent encore.
