Avec les bons instruments, la Suisse peut atteindre ses objectifs climatiques
Lors de son assemblée des délégués le 17 janvier dernier, le PVL (Vert'libéraux) a dit non à 65% à l’initiative pour un fonds climat. Pourquoi un refus si net, pour une initiative dont le but est de parvenir à la neutralité carbone d’ici 2050?
La réponse est moins à chercher dans les buts visés par l’initiative, que dans le moyen d’y parvenir.
Une réalité climatique qui n'a pas disparu
Depuis sa création, le PVL a toujours eu pour objectif, parmi d’autres, d’accélérer la transition énergétique, de limiter le réchauffement climatique, et de protéger la biodiversité. En effet, le vrai capitaliste n’est pas celui qui prend soin que de son capital financier, mais également du capital humain et environnemental.
Et si d’aucuns prétendent que l’écologie n’est plus à la mode actuellement, n’oublions pas que celui qui néglige l’écologie, menacera à terme également son économie.
Ainsi, ce n’est pas parce que les pays, Suisse incluse, pensent plus à investir dans le réarmement que dans la protection de l’environnement, et que les négociations internationales tournent plus autour des conflits géopolitiques que de la meilleure façon d’éviter de futures catastrophes naturelles, que l’importance d’atteindre les objectifs climatiques a disparu.
Franc-Parler
Chaque dimanche matin, watson invite des personnalités romandes à commenter l'actu ou, au contraire, à mettre en lumière un thème qui n'y est pas assez représenté. Au casting: Nicolas Feuz (écrivain), Anne Challandes (Union Suisse des Paysans), Roger Nordmann (conseiller stratégique, ex-PS), Damien Cottier (PLR), Céline Weber (Vert'Libéraux), Karin Perraudin (Groupe Mutuel, ex-PDC), Samuel Bendahan (PS), Claude Ansermoz (ex-rédacteur en chef de 24 Heures), Ivan Slatkine (président de la FER) et la loutre de QoQa.
Un frein administratif d'envergure en Suisse
Mais pour atteindre ces objectifs, il est indispensable d’avoir une boîte à outils aussi complète que possible, allant de la mise en place de conditions-cadres légales optimales, en passant par des subventions et des incitatifs, sans oublier le principe inscrit dans la Constitution du pollueur-payeur.
Or, ces outils sont justement ce qui fait la force de la loi pour le climat et l’innovation, ainsi que de la loi sur l’approvisionnement en électricité. Des lois qui ont été plébiscitées ces trois dernières années par le peuple, et avec lesquelles plus de deux milliards de francs par an, non touchés par le programme d’allègement 2027, sont garantis. De plus, ces lois comprennent des obligations d’analyser régulièrement les progrès atteints, et d’aviser le cas échéant.
Alors peut-on en déduire qu’à partir de maintenant, avec ces nouvelles lois, tout va aller très vite? Sans doute pas. Ceci dit, l’initiative pour un fonds climat, si elle part d’une intention louable, elle ne peut apporter aucune garantie quant à sa capacité d’accélérer la transition.
Typiquement, le secteur privé serait prêt à investir plus. D’ailleurs, nos plus grands producteurs d’électricité ont investi des milliards à l’étranger(!) dans les énergies renouvelables. Alors pourquoi pas en Suisse? Notamment à cause de nos procédures longues, compliquées et coûteuses.
Un problème fondamental non résolu
Nous manquons également cruellement de main-d’œuvre. Et là non plus, l’initiative n’apporte aucune solution. Certes, elle prévoit d’investir dans la formation. Mais le problème, ce n’est pas le manque de filières. J’ai moi-même pu participer à la mise en place d’une nouvelle filière de formation dans les métiers de la transition énergétique.
Une filière réfléchie en collaboration étroite avec une haute école ainsi que des bureaux d’ingénieurs qui peinaient à recruter. Mais, malgré tous les efforts accomplis, le nombre d’étudiants reste très (trop) faible.
En clair, simplement augmenter les budgets n’est pas la solution à tous les problèmes. Même si, pour certains, les progrès dans la transition énergétique sont trop lents, et on peut le comprendre, force est de constater qu’il vaut toujours mieux avancer à plus petits pas avec une majorité de la population, que de vouloir tenter des grands pas peu efficaces tout seul.
La question du frein à l'endettement
De plus, et contrairement aux lois mentionnées, ce fond aura l’inconvénient d’être figé, car ancré dans la Constitution. Quand on sait qu’il devra en plus être alimenté à hauteur de 0,5% à 1% du PIB par année, soit un montant considérable, on peut se demander dans quelle mesure il est pertinent d’augmenter les impôts, voire même de toucher au frein à l’endettement.
Un instrument qui a fait ses preuves et qui, lui aussi, avait en son temps été plébiscité par le peuple. Et ça, pour un fonds à l’efficacité très incertaine. Certes, la question de savoir si, et dans quelle mesure, on veut revoir le frein à l’endettement, est une question sur laquelle on peut débattre. Mais c’est une question bien trop importante pour être menée à la marge d’une initiative appelée «Fonds climat».
