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L'initiative sur l’alimentation est un risque pour la Suisse

Une Suisse sans vaches où notre menu est dicté par l’Etat?
Image: Imago / uspf, montage watson
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La Suisse se tirerait une balle dans le pied en acceptant cette initiative

L’initiative sur l’alimentation entend renforcer notre autonomie, mais ses objectifs irréalistes risquent d’affaiblir l’agriculture, les sols et la sécurité alimentaire qu’elle prétend défendre, affirme notre chroniqueuse, Anne Challandes.
30.08.2026, 07:0130.08.2026, 07:01
Anne challandes / Franc-Parler

Le 27 septembre 2026, la Suisse vote. C’est une chance, nous vivons en démocratie et pouvons donner notre avis. Nous disposons aussi de libertés que nous chérissons et d’un libre arbitre que d’aucuns nous envient.

Avec un nom prometteur, mais néanmoins trompeur, l’initiative sur l’alimentation nous fait miroiter une vie meilleure: une plus grande sécurité alimentaire, de l’eau propre et une alimentation principalement végétale.

Eau propre? Si ce nom vous dit quelque chose, c’est que le peuple suisse a déjà voté sur cette question en juin 2021, question posée d’ailleurs par la même personne. Or, la réponse a été des plus claires: non, à plus de 60%. Pourquoi ne pas prendre acte de la volonté populaire?

Une initiative aux objectifs inatteignables

Cette nouvelle initiative est un coup de force de l’initiante, doublé d’un dédain marqué pour l’avis exprimé par la population suisse il y a cinq ans à peine. Disposer d’une eau propre nous tient également à cœur dans l’agriculture. Différentes mesures et actions ont été mises en place, notamment ces dernières années, avec des résultats positifs.

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Chaque dimanche matin, watson invite des personnalités romandes à commenter l'actu ou, au contraire, à mettre en lumière un thème qui n'y est pas assez représenté. Au casting: Nicolas Feuz (écrivain), Anne Challandes (Union Suisse des Paysans), Damien Cottier (PLR), Céline Weber (Vert'Libéraux), Karin Perraudin (Groupe Mutuel, ex-PDC), Samuel Bendahan (PS), Ivan Slatkine (président de la FER) et la loutre de QoQa.

Liberté et libre-arbitre? En fixant pour objectif un taux d’auto-approvisionnement alimentaire de 70% dans les dix ans à venir, l’initiative réussit le double pari de limiter la liberté et le choix de nos menus et de remettre en question l’affectation des surfaces du pays, y compris celles dédiées aux loisirs verts et à la biodiversité. Mis à part le fait qu’un délai de dix est à lui seul irréaliste, c’est le taux fixé, bien qu’alléchant, qui l’est aussi.

Pour l’atteindre, il faudrait une mise sous tutelle directe de la population avec des directives étatiques sur ce qu’elle aurait encore le droit de manger. L’Etat devrait limiter de manière draconienne la consommation d’aliments d’origine animale et contraindre les mangeurs à modifier leur régime alimentaire en profondeur. Or, ils peuvent déjà le faire de manière volontaire et je constate que la consommation de viande ne diminue pas. La nette préférence pour les aloyaux de bœuf, la volaille et les œufs, par exemple, nécessite d’ailleurs aujourd’hui déjà d’importer.

Augmenter le taux d’auto-approvisionnement à 70%? Bien que le but soit louable, un tel niveau est irréaliste. C’est pendant la Seconde Guerre mondiale que la Suisse a atteint pour la dernière fois un taux d’auto-approvisionnement semblable. Avec le plan Wahlen mis en place à l’époque, chaque mètre carré de terre disponible a été utilisé pour cultiver des aliments, y compris les parcs, les pelouses et les terrains de sport.

Dans les dix ans en cas d’acceptation de l’initiative, il faudrait remettre en culture les surfaces consacrées à la biodiversité, les parcs et terrains de loisirs, de foot, de golf … Un système de rationnement avait également été instauré. Il faut dire aussi que la Suisse d’alors comptait deux fois moins d’habitants qu’aujourd’hui.

La santé des sols, un aspect oublié

Un des buts de l’initiative est de réduire le nombre d’animaux de rente. Sans eux, l’agriculture dans les régions de montagne et d’alpage serait vouée à disparaître. Ces régions seraient alors peu à peu envahies par les buissons et la forêt. Des paysages culturaux précieux et diversifiés seraient perdus et il en résulterait ici aussi une perte de biodiversité.

Le lait et la viande sont des piliers de notre sécurité d’approvisionnement. Les deux tiers du territoire national ne peuvent comporter que de l’herbe. Et seuls les ruminants, comme les vaches, les moutons ou les chèvres, permettent de la valoriser et d’en tirer des aliments - lait et viande - précieux dans un régime alimentaire équilibré. A noter encore que ces animaux produisent quotidiennement un engrais naturel et renouvelable permettant de nourrir et de soigner les sols.

Si nous n’avions plus ces apports d’éléments nutritifs pour la santé et la fertilité de nos sols agricoles et pour favoriser la production végétale, nous devrions y suppléer avec des engrais minéraux.

Un risque largement sous-estimé

Axer la grande majorité de la production alimentaire d’un pays comme le nôtre sur la seule production végétale comporte en outre un énorme risque: celui de mettre tous ses œufs dans le même panier et de tout perdre en cas de problème.

Cette année extrême est une preuve de plus que la capacité de résilience est plus grande quand elle peut s’appuyer sur plusieurs piliers, en l’occurrence une production végétale et une production animale diversifiées. On l’a bien vu cet été, de même que les années trop humides; les cultures sont très sensibles à la météo et souffrent énormément quand il pleut trop ou qu’il fait trop sec et trop chaud.

Dans ces deux cas, le volume de production qui n’est pas garanti nécessite des importations. Ce serait se tirer une balle dans le pied que de se priver d’une part d’alimentation qui appartient aussi bien à notre topographie qu’à nos paysages.

L’initiative exige en outre de ramener la Suisse 100 ans en arrière en matière de sélection végétale, alors que les défis sont actuellement très grands. Limiter les chances d’obtenir des variétés plus résistantes et mieux adaptées va complètement à l’encontre du souhait de réduire l’utilisation d’intrants. Les rendements en légumes, fruits, céréales, colza ou pommes de terre se réduiraient comme peau de chagrin.

Voici ce qui m’amène à conclure qu’il ne faut pas s’arrêter au titre trompeur de cette initiative et prendre connaissance de ses conséquences défavorables et illogiques pour notre alimentation et la production agricole. Tous les partis politiques et le Parlement, comme le Conseil fédéral, ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, puisqu’ils rejettent unanimement cette initiative.

Anne Challandes est...
... paysanne et avocate de formation. Présidente de l’Union suisse des paysannes et des femmes rurales, et vice-présidente de l’Union suisse des paysans, elle gère également une exploitation familiale en agriculture bio dans le Jura neuchâtelois avec des vaches allaitantes et différentes cultures.
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Anne Challandes, présidente de l’Union suisse des paysannes et des femmes rurales (USPF).Image: uspf
Des vaches shampouinées, peignées et brushinguées
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Des vaches shampouinées, peignées et brushinguées
source: sad and useless
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