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Les plantes néophytes menacent notre santé et la nature suisse

Aidez-nous à lutter contre ces néophytes qui menacent notre nature.
Derrière la beauté des plantes se cache parfois une réelle nuisance.Image: USPF / Imago, montage watson
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Ces plantes exotiques sont une menace en Suisse: comment les combattre

Derrière des plantes parfois séduisantes se cache une menace bien réelle: les néophytes envahissantes progressent en Suisse et appellent à une vigilance et une action collective.
19.04.2026, 07:0419.04.2026, 07:04
Anne challandes / Franc-Parler

Néophytes envahissantes? De quoi s’agit-il? Ma chronique n’a pas pour but de vous entretenir sur des personnes novices dans un domaine spécifique ou débutant dans une nouvelle discipline.

Il ne s’agit pas non plus d’un thème politique actuel. Non, ma chronique est consacrée à un sujet très concret qui nous concerne toutes et tous, au quotidien comme à plus long terme. Sous l’appellation de néophytes envahissantes, je vous parle de plantes exotiques envahissantes, introduites volontairement ou accidentellement et se propageant dans un pays ou une région dont elles ne sont pas originaires.

La problématique des néophytes envahissantes touche toutes les régions du monde, y compris la Suisse. Elle constitue une préoccupation à la fois globale et locale.

Un problème à ne surtout pas négliger

Sur le plan mondial, ces plantes sont classées et répertoriées selon 5 facteurs de changement global les plus impactants sur la nature. Elles sont en progression constante avec près de 200 nouvelles espèces exotiques chaque année, apprend-on sur le site très informatif infoflora.ch.

En Suisse, ces plantes s’installent également dans la nature qui nous entoure, s’y propagent rapidement et, faute d’ennemis naturels, prennent la place de la végétation indigène, devenant ainsi un véritable problème. Il peut s’agir de plantes amenées d’une manière ou d’une autre dans un pays ou une région, parce que jolies ou tendances, cultivées ou plantées, sans que le risque futur ne soit mesuré ou même identifié.

La «contamination» peut aussi se produire à la suite de l’importation involontaire et non consciente de graines ou de parties de plantes, sous la semelle d'une chaussure, dans les recoins d’une valise ou au fond d’une poche. De nos jardins, elle s’étend dans la nature, par la dissémination de graines et de parties de plantes, par exemple sous l’effet du vent, par les oiseaux ou d’autres animaux.

Franc-Parler

Chaque dimanche matin, watson invite des personnalités romandes à commenter l'actu ou, au contraire, à mettre en lumière un thème qui n'y est pas assez représenté. Au casting: Nicolas Feuz (écrivain), Anne Challandes (Union Suisse des Paysans), Roger Nordmann (conseiller stratégique, ex-PS), Damien Cottier (PLR), Céline Weber (Vert'Libéraux), Karin Perraudin (Groupe Mutuel, ex-PDC), Samuel Bendahan (PS), Ivan Slatkine (président de la FER) et la loutre de QoQa.

Les autorités et organisations ont pris conscience du phénomène et mis en place une stratégie nationale. Mais il ne suffit pas d’activités menées par les autorités ou les services publics seuls. L’action, pour qu’elle soit efficace, nécessite une participation bien plus large, une réaction citoyenne et une attention quotidienne.

Repérer les plantes problématiques et agir doit devenir un réflexe, comme celui de mettre ses propres déchets dans une poubelle ou de ramasser et éliminer comme il se doit ceux qu’on trouve sur notre chemin. Les activités destinées à promouvoir la lutte contre les néophytes envahissantes se multiplient. Elles portent sur de l’information et de la sensibilisation et comprennent des mesures pour endiguer la propagation et lutter contre l’envahissement.

Il s’agit non seulement de protéger les espèces indigènes, mais également et plus largement la santé des humains et des animaux, la biodiversité et notre alimentation.

Une menace pour la biodiversité et la santé

En effet, par leur progression sans résistance, ces végétaux non désirés peuvent évincer les espèces indigènes, sauvages ou cultivées, priver les espèces animales de leur habitat et ressources vitales, endommager les infrastructures et les constructions et même mettre en danger la santé des êtres humains et des animaux.

Elles appauvrissent la biodiversité locale et créent une concurrence avec les cultures pourtant essentielles à une alimentation équilibrée. Ces différents risques, ainsi que la combinaison de leur forte expansion associée aux dommages qu’elles causent, servent d’ailleurs à évaluer leur caractère envahissant.

Donc, même si elles peuvent être jolies, toutes les plantes ne sont pas inoffensives et toutes ne contribuent pas à une alimentation saine et durable. Certaines peuvent même avoir l’effet inverse et doivent être combattues. Voici quelques exemples.

Les Solidages américains, du Canada ou géants

Tout comme les vergerettes annuelles, elles présentent de belles fleurs et sont agréables à regarder. Cependant, derrière leur apparence décorative, elles progressent rapidement et envahissent les jardins et les espaces naturels, menaçant les plantes locales dont dépendent nos fruits, légumes et herbes aromatiques.

Les solidages américains (Solidago canadensis ou gigantea, en latin) aiment à couvrir les prairies ensoleillées.
Les solidages américains (Solidago canadensis ou gigantea, en latin) aiment à couvrir les prairies ensoleillées.Image: Imago

La vergerette annuelle peut produire jusqu’à 50 000 graines par plante, elle doit donc être arrachée avec sa racine le plus tôt possible, avant floraison.

La vergerette annuelle, Erigeron annuus en latin, a beau être jolie, elle n'en reste pas moins une essence envahissante.
La vergerette annuelle (Erigeron annuus, en latin) a beau être jolie, elle n'en reste pas moins une essence envahissante problématique.Image: Imago

La berce du Caucase

Cette plante est toxique pour les humains et les animaux. En cas d’exposition au soleil, sa sève peut occasionner des brûlures sévères et très douloureuses dont les cicatrices sont visibles à long terme.

Si sa grande taille à l’âge adulte la rend facilement reconnaissable, il convient de faire preuve d’une grande prudence et de garder ses distances avec toute plante laissant le moindre doute.

Bien que la floraison soit semblable à d'autres entrées de cette liste, les feuilles de la Berce du Caucase sont très distinctes. Elle fleurit de juillet à septembre.
La Berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum, en latin) fleurit de juin à septembre.Image: Imago

L'arbre à papillon

Qui n’a pas contemplé dans un jardin ou en bordure de rue les jolies grappes fleuries de l’arbre à papillon, le buddleia, ou opté pour le feuillage persistant et brise-vue du laurier-cerise afin d’isoler sa terrasse du regard des passants?

Si les papillons se nourrissent volontiers du nectar sucré du buddleia, leurs chenilles sont plus difficiles à contenter et ne trouvent pas de nourriture suffisante après leur éclosion, ni dans sur cette espèce, ni auprès de celles qui ont été évincées par sa présence.

L'arbre à papillon (Buddleja davidii, en latin) est une espèce très courante des jardins suisses.
L'arbre à papillon (Buddleja davidii, en latin) est une espèce très courante des jardins suisses.Image: Imago

Le laurier-cerise, quant à lui, n’offre aucune nourriture aux insectes. Ses graines sont en revanche transportées par les oiseaux et disséminées de manière incontrôlée dans la nature.

Le laurier cerise (Prunus laurocerasus, en latin) est, avec les photinies, l'essence végétale la plus couramment utilisée pour la confection de haies.
Le laurier-cerise (Prunus laurocerasus, en latin) est, avec les photinies, l'une des essences végétales les plus couramment utilisées pour la confection de haies.Image: Imago

Le séneçon du Cap et jacobée

Certaines plantes peuvent même présenter des risques pour la santé humaine et animale. Le séneçon du Cap et le séneçon jacobée sont particulièrement toxiques pour le bétail et les chevaux. Les produits alimentaires contaminés représentent un risque pour la santé des consommatrices et consommateurs.

Le premier est «exotique», alors que le second est indigène, mais les risques sont similaires et réels pour tous les deux. Leur expansion entraînerait des conséquences majeures pour la santé des animaux et notre alimentation.

Le séneçon du Cap (Senecio inaequidens, en latin) représente un danger pour le bétail et les équidés, notamment.
Le séneçon du Cap (Senecio inaequidens, en latin) représente un danger pour le bétail et les équidés, notamment.Image: Imago

L'ambroisie

Le contact de la peau avec l’ambroisie peut entraîner des réactions allergiques et son pollen peut provoquer un fort rhume des foins et de l’asthme. Il est donc indiqué de l’éliminer avant le début de l’envol de son pollen, en juillet. Après, le port de gants et d'un masque anti-poussière est recommandé.

L'Ambrosie à feuilles d'Armoise (Ambrosia artemisiifolia, en latin) est très allergisante.
L'Ambroisie à feuilles d'Armoise (Ambrosia artemisiifolia, en latin) est très allergisante.Image: Imago

Un combat à mener ensemble

En raison de leur fort potentiel de nuisance, les néophytes envahissantes doivent être combattues activement et de manière ciblée. Il faut prévenir ou agir le plus tôt possible et appliquer les bonnes mesures au moment opportun. Même si une élimination complète n’est pas toujours envisageable, il est primordial d’éviter toute propagation pour limiter les dégâts.

Aidez-nous à les combattre! Chacune et chacun peut contribuer, à sa mesure, dans son entourage, de manière informée et coordonnée.

La première mesure est de renoncer à les acheter. N’hésitez pas à demander des informations en magasin. Certaines espèces sont interdites en Suisse, d’autres ne sont pas recommandées et peuvent parfaitement être volontairement remplacées par une alternative attrayante, de préférence une plante indigène idéale pour la faune locale. Les possibilités ne manquent pas, tant pour une caisse sur son balcon que pour un jardin, un rond-point de village ou un parc communal.

La reconnaissance précoce est un moyen de lutte efficace, plus facile à mettre en œuvre, moins coûteux pour de meilleures chances de succès. Au reste, une lutte active et étendue et est de mise. Un signalement est recommandé. Pour certaines espèces, signalement et lutte sont même obligatoires. Il est également nécessaire de prendre les précautions nécessaires pour la mise en place et l’exécution des mesures, de même que pour l’élimination des déchets.

Une campagne pour informer et sensibiliser

Afin de contribuer à cet effort communautaire, l’Union suisse des paysannes et des femmes rurales USPF a mis sur pied une campagne de sensibilisation en 2025, reconduite cette année avec un accent sur la détection et la reconnaissance précoce. Des publications régulières sur nos réseaux sociaux et sur notre site internet permettent d’obtenir des informations et d’approfondir le sujet avec les liens à disposition.

Chacune et chacun, même néophyte, peut participer à cet effort en s’informant et en adoptant les bons gestes. Pour préserver la diversité végétale et animale, la nature, de notre environnement à notre assiette!

Suivez nos publications régulières sur ce thème sur Facebook et Instagram et prenez le temps de consulter notre site internet qui vous fournira toutes les informations utiles sur ces néophytes et les moyens de lutte: Neophytes - Paysannes USPF.

Anne Challandes est...
... paysanne et avocate de formation. Présidente de l’Union suisse des paysannes et des femmes rurales, et vice-présidente de l’Union suisse des paysans, elle gère également une exploitation familiale en agriculture bio dans le Jura neuchâtelois avec des vaches allaitantes et différentes cultures.
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