«Cette fourmi invasive détruira tout»: une ville suisse en alerte
La Tapinoma est une petite fourmi noire: une espèce invasive qui constitue un sérieux problème pour l’homme et la faune. Cette fourmi à glandes a été introduite en Suisse en 2012 et se propage désormais massivement dans le canton de Thurgovie.
Lors de la conférence de presse de mardi, Tamara Gloor, de la cellule spécialisée Neobiota de l’Office de l’environnement, a prévenu:
Pour l’être humain, cette fourmi n’est pas dangereuse. Mais «la Tapinoma passe immédiatement à l’attaque», explique Tamara Gloor. Quiconque la dérange ou pénètre sur son territoire est combattu et mordu. «C’est très désagréable.»
La Tapinoma, une fourmi qui forme des supercolonies
A Kreuzlingen, la deuxième ville de Thurgovie, douze parcelles sont touchées, dont une ancienne jardinerie, la route cantonale adjacente, un terrain de sport, plusieurs maisons individuelles et des immeubles d’habitation. La Tapinoma forme ce que l’on appelle des supercolonies, constituées de plusieurs nids coopérants, avec plusieurs reines par nid. Cela rend la lutte d’autant plus difficile.
La ville a mandaté un spécialiste de la lutte antiparasitaire, qui combat les fourmis à l’aide d’insecticides. Elle prévoit également d’acquérir un dispositif à eau chaude, permettant aussi de les éliminer. Les employés du service des travaux sont désormais formés à son utilisation. Deux journées de lutte par semaine sont prévues de juillet à fin octobre.
«La lutte avec des insecticides exige de la créativité», explique Robert Kistler, le spécialiste de la lutte antiparasitaire. Les fourmis sont en effet intelligentes et s’avertissent mutuellement des appâts empoisonnés. Les habitantes et habitants doivent déposer tous les déchets verts dans un conteneur spécialement prévu à cet effet. Les fourmis se propagent par la terre infestée; c'est ainsi qu'elles sont arrivées dans la bourgade de 22 000 habitants.
Il s’agit probablement d’un projet pilote à l’échelle de la Suisse. Ni en Thurgovie ni dans les régions voisines, on ne dispose d’expérience face à une infestation de la grande fourmi à glandes d’une telle ampleur.
«Si nous agissons maintenant, la nature pourra se rétablir»
Robert Kistler, le spécialiste mandaté, reste réaliste. Tout sera mis en œuvre pour éradiquer la fourmi avec succès, mais l’issue demeure incertaine. Tamara Gloor souligne:
Les fourmis sont nécessaires à l’équilibre naturel, précise-t-elle, mais il doit s’agir d’espèces indigènes et non introduites.
Dans son habitat d’origine, la région méditerranéenne africaine, la Tapinoma est contenue par d’autres espèces de fourmis. «Mais nos fourmis locales sont totalement dépassées par le comportement agressif de la Tapinoma», explique la spécialiste. Par ailleurs, grâce à ses glandes, elle diffuse un mélange chimique à l’odeur de beurre rance, un signe distinctif lorsqu’on l’écrase. C’est aussi la raison pour laquelle elle n’a pas de prédateurs. (trad. hun)
