Interdire l’extrême droite de parole? Ces Romands réagissent
Les télévisions ont-elles une part de responsabilité dans l’attentat raciste de Trappes, qui a fait un mort et quatre blessés, dont une enfant de 12 ans, atteinte grièvement? Le maire France insoumise (LFI) de Saint-Denis, Bally Bagayoko, le pense. Pour la raison, selon lui, qu’elles invitent sur leurs plateaux des responsables politiques qui «tiennent à longueur de journée des propos racistes».
Il veut interdire d'antenne le Rassemblement national
Aussi souhaite-t-il que ces personnes-là soient interdites d’antenne. Et lorsque, dimanche sur LCI, deux jours après l’attaque terroriste des Yvelines, on lui demande s’il serait «favorable à ce qu’on interdise de parole le Rassemblement national pendant la campagne présidentielle», sa réponse est «oui». Les journalistes présents sur le plateau lui signifient qu’il n’est pas possible d’interdire d’antenne des représentants de partis démocratiquement élus. Il maintient son point de vue.
Le maire de Trappes, Ali Rabeh, élu du petit parti de gauche Génération.s, dénonce, lui aussi, la responsabilité des médias, où «se fabrique le discours idéologique qui permet à des personnes de planifier leur attentat». Les reproches du maire tiennent notamment au fait que le tueur présumé, Kevin T., aurait dit, selon des informations du Monde, s’en être pris «aux Noirs et aux Arabes» pour «venger les commerçants» victimes des pillards lors de la manifestation du 17 octobre contre le vie chère et en solidarité avec le mouvement lycéen.
Ces «éditorialistes qui déblatèrent»
Invité le soir du drame sur BFMTV, Ali Rabeh mettait en cause la chaîne ses «éditorialistes qui déblatèrent», ses journalistes qui tendent le micro à Jordan Bardella, le président du Rassemblement national, lorsqu’il compare Trappes à Kaboul ou à une «république islamique en miniature». Dans son intervention, au qualificatif de «raciste», il ajoutait celui d’«islamophobe» pour caractériser l’attentat, la jeune fille de 12 ans blessée de plusieurs balles portant un «turban» au moment des faits.
Plus tôt dans cette journée du 23 octobre, sur BFMTV, Marion Maréchal, nièce de Marine Le Pen, avait pointé dans les pillages le rôle des «banlieues à forte population immigrée». Prévue le lendemain sur la même chaîne, la venue d’Eric Zemmour était déprogrammée sous pression de syndicats internes. Plusieurs fois condamné pour racisme, le candidat à la présidentielle avait déclaré, le 18 octobre, sur la chaîne concurrente LCI face à Darius Rochebin: «Je crois que ce que nous avons vu hier (réd: les pillages), c’est le véritable visage du grand remplacement.»
Le gendarme de l’audiovisuel public français, l’Arcom, était saisi à la suite de ces déclarations, rapporte Ouest France.
Les «mots tuent», le «racisme tue», entend-on aujourd’hui, plutôt à gauche. Dans cette période incandescente, auxquels les débats houleux mardi à l’Assemblée nationale n’ont fait qu’ajouter, alors même que les élus du peuple venaient d’observer une minute de silence en hommage aux victimes de l’attentat, quelle place reste-t-il à l’observation des phénomènes, si leur verbalisation peut être dénoncée comme du racisme? Ne devrait-on plus jamais nommer la provenance, ni, le cas échéant, l’idéologie de fauteurs de troubles? Voici ce qu’en disent, ou pas, deux personnalités politiques romandes.
Député au Grand Conseil genevois, le Vert Julien Nicolet-dit-Felix a écouté le maire de Trappes à la télévision.
«Pour autant, il ne faut rien cacher des phénomènes»
Face au risque d’autocensure de ces mêmes médias sur des sujets sensibles, Julien Nicolet-dit-Félix affirme qu’«il ne faut rien cacher des phénomènes qui agitent la société».
Dans les années 2010, Trappes fut l’une des villes françaises les plus touchées par les départs au djihad.
Joint également, le Vaudois Kevin Grangier, qui passe pour le relais idéologique de l'UDC en Suisse romande, n’a pas souhaité donner suite aux questions de watson.
Nous lui demandions, entre autres, si, à son avis, l’UDC devrait faire plus attention à sa communication politique, lorsque, par exemple, elle pointe du doigt des catégories d’étrangers, en y associant parfois la couleur de peau, comme ce fut le cas avant les élections fédérales de 2023. A l’époque, la Commission fédérale contre le racisme avant renoncé à déposer une dénonciation pénale pour ne pas être accusée d’entraver le processus démocratique, avait-elle dit.
Joint par watson, l'historien des idées Oliviers Meuwly, membre du PLR, se montre circonspect face aux tentatives de faire taire la parole au motif qu'elle armerait des tueurs. «A ce moment-là. Marx est responsable du goulag», dit-il.
Pour Olivier Meuwly:
Le cocktail formé par les émeutes de rue, d'une part, la violence terroriste, de l'autre, accroît l'instabilité de la France. Interrogé par Le Figaro, l'ancien patron du renseignement extérieur Pierre Brochand, n'exclut pas que «des éruptions de violence se reproduisent, avec une fréquence et une intensité accrues» dans les mois qui viennent.
