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Interdire l'extrême droite de parole? Ces Romands réagissent

Le maire de Trappes Ali Rabeh au premier plan. Derrière lui, Eric Zemmour, candidat à l'élection présidentielle française.
Le maire de Trappes Ali Rabeh au premier plan. Derrière lui, Eric Zemmour, candidat à l'élection présidentielle française.image: watson

Interdire l’extrême droite de parole? Ces Romands réagissent

Suite à l'attentat raciste de Trappes, des voix de gauche en France demandent de limiter, voire d'interdire de parole médiatique le Rassemblement national. Et en Suisse, faut-il être plus restrictif avec la droite extrême? Des personnalités romandes répondent; l'une, à l'UDC, préfère ne pas commenter.
28.10.2026, 19:1028.10.2026, 22:16

Les télévisions ont-elles une part de responsabilité dans l’attentat raciste de Trappes, qui a fait un mort et quatre blessés, dont une enfant de 12 ans, atteinte grièvement? Le maire France insoumise (LFI) de Saint-Denis, Bally Bagayoko, le pense. Pour la raison, selon lui, qu’elles invitent sur leurs plateaux des responsables politiques qui «tiennent à longueur de journée des propos racistes».

Il veut interdire d'antenne le Rassemblement national

Aussi souhaite-t-il que ces personnes-là soient interdites d’antenne. Et lorsque, dimanche sur LCI, deux jours après l’attaque terroriste des Yvelines, on lui demande s’il serait «favorable à ce qu’on interdise de parole le Rassemblement national pendant la campagne présidentielle», sa réponse est «oui». Les journalistes présents sur le plateau lui signifient qu’il n’est pas possible d’interdire d’antenne des représentants de partis démocratiquement élus. Il maintient son point de vue.

Le maire de Trappes, Ali Rabeh, élu du petit parti de gauche Génération.s, dénonce, lui aussi, la responsabilité des médias, où «se fabrique le discours idéologique qui permet à des personnes de planifier leur attentat». Les reproches du maire tiennent notamment au fait que le tueur présumé, Kevin T., aurait dit, selon des informations du Monde, s’en être pris «aux Noirs et aux Arabes» pour «venger les commerçants» victimes des pillards lors de la manifestation du 17 octobre contre le vie chère et en solidarité avec le mouvement lycéen.

Ces «éditorialistes qui déblatèrent»

Invité le soir du drame sur BFMTV, Ali Rabeh mettait en cause la chaîne ses «éditorialistes qui déblatèrent», ses journalistes qui tendent le micro à Jordan Bardella, le président du Rassemblement national, lorsqu’il compare Trappes à Kaboul ou à une «république islamique en miniature». Dans son intervention, au qualificatif de «raciste», il ajoutait celui d’«islamophobe» pour caractériser l’attentat, la jeune fille de 12 ans blessée de plusieurs balles portant un «turban» au moment des faits.

Plus tôt dans cette journée du 23 octobre, sur BFMTV, Marion Maréchal, nièce de Marine Le Pen, avait pointé dans les pillages le rôle des «banlieues à forte population immigrée». Prévue le lendemain sur la même chaîne, la venue d’Eric Zemmour était déprogrammée sous pression de syndicats internes. Plusieurs fois condamné pour racisme, le candidat à la présidentielle avait déclaré, le 18 octobre, sur la chaîne concurrente LCI face à Darius Rochebin: «Je crois que ce que nous avons vu hier (réd: les pillages), c’est le véritable visage du grand remplacement.»

«Il (réd: le "grand remplacement") a une apparence: une horde de barbares maghrébins et africains qui rentrent dans les villes. (…)»
Eric Zemmour sur LCI le 18 octobre 

Le gendarme de l’audiovisuel public français, l’Arcom, était saisi à la suite de ces déclarations, rapporte Ouest France.

Les «mots tuent», le «racisme tue», entend-on aujourd’hui, plutôt à gauche. Dans cette période incandescente, auxquels les débats houleux mardi à l’Assemblée nationale n’ont fait qu’ajouter, alors même que les élus du peuple venaient d’observer une minute de silence en hommage aux victimes de l’attentat, quelle place reste-t-il à l’observation des phénomènes, si leur verbalisation peut être dénoncée comme du racisme? Ne devrait-on plus jamais nommer la provenance, ni, le cas échéant, l’idéologie de fauteurs de troubles? Voici ce qu’en disent, ou pas, deux personnalités politiques romandes.

Député au Grand Conseil genevois, le Vert Julien Nicolet-dit-Felix a écouté le maire de Trappes à la télévision.

«Je partage complètement son analyse. Il ne se limite pas à la dénonciation de l’extrême droite, il alerte aussi les médias, principalement audiovisuels, sur leurs responsabilités dans la diffusion de propos qui peuvent être très stigmatisant. Ainsi, lorsqu’ils reçoivent des personnalités politiques dont les propos sont objectivement racistes, ils ne doivent absolument rien laisser passer.»
Julien Nicolet-dit-Felix, député Vert au Grand Conseil genevois 

«Pour autant, il ne faut rien cacher des phénomènes»

Face au risque d’autocensure de ces mêmes médias sur des sujets sensibles, Julien Nicolet-dit-Félix affirme qu’«il ne faut rien cacher des phénomènes qui agitent la société».

«Il est tout à fait légitime que les médias traitent du fondamentalisme religieux, islamiste ou autre. Y compris lorsqu’il est à l’œuvre en banlieue, souvent auprès de populations précarisées. Mais il y a une différence entre décrire un phénomène dans toute sa complexité et stigmatiser des populations entières, comme Jordan Bardella l’a fait pour Trappes, parlant de "république islamique".»
Julien Nicolet-dit-Felix, député Vert au Grand Conseil genevois 

Dans les années 2010, Trappes fut l’une des villes françaises les plus touchées par les départs au djihad.

Joint également, le Vaudois Kevin Grangier, qui passe pour le relais idéologique de l'UDC en Suisse romande, n’a pas souhaité donner suite aux questions de watson.

«Par principe, l'UDC ne commente jamais l'actualité politique étrangère»
Kevin Grangier, UDC Vaud

Nous lui demandions, entre autres, si, à son avis, l’UDC devrait faire plus attention à sa communication politique, lorsque, par exemple, elle pointe du doigt des catégories d’étrangers, en y associant parfois la couleur de peau, comme ce fut le cas avant les élections fédérales de 2023. A l’époque, la Commission fédérale contre le racisme avant renoncé à déposer une dénonciation pénale pour ne pas être accusée d’entraver le processus démocratique, avait-elle dit.

Joint par watson, l'historien des idées Oliviers Meuwly, membre du PLR, se montre circonspect face aux tentatives de faire taire la parole au motif qu'elle armerait des tueurs. «A ce moment-là. Marx est responsable du goulag», dit-il.

«Il me paraît très compliqué d'imputer à quelqu'un la responsabilité d'un crime. Si la parole décrit des faits réels, on ne voit pas pourquoi il faudrait l'interdire, la limite à cette parole étant celle de la loi. Si l'on tient responsable l'extrême droite du crime de Trappes, il faut aussi tenir les discours de l'islam politique responsables des attentats. Et, sans parler de morts, les discours de la gauche radicale des violences et dégradations de rue.»

Pour Olivier Meuwly:

«La censure ou l'autocensure, en particulier dans les médias, ne peut pas servir de boussole démocratique»
Olivier Meuwly

Le cocktail formé par les émeutes de rue, d'une part, la violence terroriste, de l'autre, accroît l'instabilité de la France. Interrogé par Le Figaro, l'ancien patron du renseignement extérieur Pierre Brochand, n'exclut pas que «des éruptions de violence se reproduisent, avec une fréquence et une intensité accrues» dans les mois qui viennent.

Manifestations en France: les affrontements en images
Video: watson
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