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Image: Keystone/Watson
L'enquête à 2 balles

En politique, faut-il boire des verres pour être élu?

Les élections fribourgeoises approchent. Une occasion parfaite de se demander si nos politiciens et politiciennes gagnent plus de voix autour d'un verre que sur une affiche.
07.11.2021, 11:2712.11.2021, 18:48
Benjamin Décosterd
Benjamin Décosterd
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L'alcool, c'est mal. Sauf quand c'est bien. Parce que suivant le milieu que l'on fréquente, l'apéro est un lubrifiant social efficace, voire nécessaire. En effet, en plus du sujet de mes articles, combien de décisions importantes sont prises autour d'un verre dans ce pays?
Certainement beaucoup.

Etant moi-même indépendant, j'en ai d'ailleurs déjà eu la confirmation, puisque j'ai décroché plus de mandats (dont cette chronique) en tutoyant des gens à l'apéro que grâce à mes compétences professionnelles pures.

Si l'alcool nous a déjà toutes et tous fait rappeler notre ex, peut-il nous faire faire de plus grosses erreurs, comme trouver une UDC sympa ou (presque pire) voter pour un communiste?

C'est ce que semble me dire – de manière plus neutre – René Knüsel, professeur honoraire en sciences politiques et sociales de l'Université de Lausanne (Unil):

«Cela n'est probablement pas nécessaire, mais c’est bien vu. L’identification à un candidat est un élément important pour obtenir un vote. Boire un verre montre sa proximité, sa spontanéité et sa convivialité. Mais cela permet surtout d’être au peuple et de vivre ce qu’il vit. "Il est des nôtres, il a bu son verre comme les autres”»

Pour avoir la confirmation du «terrain», j'ai posé la question à Léonore Porchet, conseillère nationale verte.
Pourquoi elle, parce qu'elle est sympa? Oui, mais aussi parce qu'en 2019, elle avait décidé de ne pas boire pendant sa campagne:

«A l'époque (avant COVID, donc) comme élus, dès que l'on arrivait quelque part, on nous mettait un verre de vin dans la main. Et on nous resservait.
Le but c'est de bien nous accueillir, donc ça part d'une très bonne intention. Mais suivant le nombre d'invitations officielles, on se retrouve vite à boire trois ou quatre soirs par semaine. Pour moi, c'était plus simple d'arrêter l'alcool pendant cette période que de faire attention au nombre de verres bus.
A posteriori, je dirais que ça n'a pas changé grand-chose. La vraie différence, c'est d'avoir quasi systématiquement dû répondre à des questions sur mon éventuelle grossesse. C'était assez intrusif, autant l'idée qu'on puisse demander des comptes à une personne qui ne boit pas que le fait que de parfaits inconnus se sentent légitimes de demander des nouvelles de mon utérus.
En Suisse romande, le vin fait partie du processus de célébration et de la tradition. Ce qui est très bien mais qui ne facilite pas toujours de faire le meilleur choix pour sa santé»
Léonore Porchet, membre des Vert·e·s mais qui n'en buvait pas. De verres, donc. (Désolé)
<b>Léonore Porchet, le jour de son élection (se réjouissant certainement de pouvoir reboire des verres). </b>
Léonore Porchet, le jour de son élection (se réjouissant certainement de pouvoir reboire des verres). Image: Keystone

Une fois élue, Léonore Porchet a tout de même pu constater que l'apéro avait une fonction bien précise. En effet, de nombreux moments conviviaux ont dû être annulés à cause de la-maladie-dont-on-a-marre-de-prononcer-le-nom. Ce qui a créé un vide:

«Je pense que je fais un moins bon travail. Parce que ces moments de convivialité permettent de mieux connaître ses collègues et de se découvrir des opinions communes. Cela aide à trouver un consensus»

S'il n'est pas indispensable à l'élection, le verre de vin peut en revanche être contre-productif. C'est ce que rappelle René Knüsel:

«Le revers existe aussi. Il concerne la mise à l’index de personnes qui ne contrôlent pas leur consommation. Yvan Perrin, Valérie Garbani, etc. en sont des exemples. Devenir dépendant montre la limite de ses capacités, aussi en politique, puisqu’il faut consommer mais avec modération.
Il existe des politiciens sobres, que l’on peut rechercher dans nos Conseils d’Etat. Ils et elles ne refusent pas de boire, mais se contentent le plus souvent d’un verre qu'ils ne boivent pas. Je me souviens d’un municipal qui a mis passablement de temps à faire admettre qu’il ne buvait pas d’alcool, parce qu’il n’en aimait pas le goût. Il lui a fallu du temps pour vaincre les résistances à son encontre, ce qui montre la force du contrôle social que peut être le verre de vin»

Alors que le vin n'est pas la seule substance nocive que nos élus doivent manier avec prudence:

«Il y a une certaine ambivalence, à l'image du tabac produit chez nous, dont il faut dénoncer les effets nocifs, voire toxiques pour la santé. Tout en le faisant avec modération, puisqu'il est surtout commercialisé par de grandes entreprises qui ont leur siège en Suisse romande et que cela contribue à l’équilibre de nos budgets publics, ce qui reste encore à démontrer...»

Au moment de conclure cette enquête, on peut donc dire que non, il ne faut pas boire des verres pour être élu. Il faudrait. Mais on peut tout de même noter que politicien, c'est un débouché acceptable si vous cherchez un prétexte pour boire et fumer.
Ce qui me donne donc une bonne idée de parti, le PBC, dont voici en exclusivité l'affiche de campagne:

<b>Votez pour moi. Et le respect du terroir.</b>
Votez pour moi. Et le respect du terroir.Image: watson

Ah et évidemment, il me reste à vous rappeler que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé.
Et peut-être pour la démocratie: à trop boire, nos élus pourraient oublier leurs promesses politiques.

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