«Les températures vont très vite monter dans les classes romandes»
La quatrième vague de chaleur submerge la Suisse, avec des pics qui pourraient atteindre 36 degrés vendredi 14 août dans la cité de Calvin. La Confédération a élevé le danger canicule au niveau 3 sur 5 notamment pour les régions de Genève, du lac de Neuchâtel et du canton de Vaud sur les bords du Léman.
La rentrée scolaire aura lieu dans la foulée de ces fortes chaleurs lundi 17 août pour les Vaudois, les Neuchâtelois, les Genevois et les Jurassiens. En juin déjà, les cortèges avaient été annulés à Genève et Lausanne, et le Département de l'instruction publique genevoise avait dispensé les tout-petits d'aller à l'école durant plusieurs jours. Les établissements scolaires sont-ils prêts au retour des élèves? David Rey, président du syndicat des enseignants romands (SER), répond.
Comment voyez-vous la rentrée scolaire?
David Rey: Heureusement, les corps et les esprits ont pu se reposer durant la période estivale.
Si tel est le cas, quelles mesures seront prises?
Cela dépend des cantons. Chacun organise sa scolarité à sa façon, il n'y a pas de consensus. De plus, des différences existent selon la géographie des lieux, raison pour laquelle il est difficile d'imposer les mêmes mesures partout. A Lausanne, par exemple, il fera plus chaud qu'au fin fond du Val d'Anniviers (VS).
Mais ces mesures restent ponctuelles, dépendent des établissements scolaires et peuvent être compliquées à mettre en place.
On parle beaucoup des élèves, mais qu'en est-il des professeurs?
La chaleur dans les salles de classe peut être gérable le matin. L'après-midi, en revanche, il devient compliqué de se concentrer. Les enseignants qui sont en charge d'enfants peuvent toutefois adapter leur horaire: proposer des activités chargées le matin et plus ludiques, tranquilles et créatrices l'après-midi. La marge de manœuvre est moins grande avec des élèves plus âgés, notamment durant les périodes d'évaluation au début de l'été. Il n'empêche:
Quel est le fond du problème en Suisse?
Le patrimoine scolaire immobilier date des années 1970-1980. Il est en bon état, certes, mais il ne répond plus à la réalité climatique d'aujourd'hui. Certains bâtiments n'ont pas de climatisation, ils sont orientés en plein soleil durant la journée, l'étanchéité des fenêtres laisse passer la chaleur et les cours sont bétonnées. Il faudrait des préaux végétalisés et des constructions climatisées. Ces revendications sont un vœu pieux.
Pourquoi?
Repenser les établissements scolaires nécessite des investissements massifs. Il n'est pas possible de tout rénover. De plus, cela prendrait du temps. En 2023 déjà, nous avions alerté les autorités politiques sur le besoin d'avoir une réflexion de fond au niveau romand.
Est-ce que vous pensez qu'un changement aura lieu ces prochaines années?
Après les canicules importantes de 2026, je pense que les autorités réagiront. Désormais, le phénomène est majeur et beaucoup plus dérangeant que par le passé. Il devient nécessaire de proposer quelque chose de plus réfléchi.
Par exemple?
Avoir un plan B pour les horaires scolaires. Il est désagréable pour un parent d'apprendre le dimanche soir que l'école n'aura lieu que de 08H à 13H30 le lendemain. Ce second planning serait alors institutionnalisé dans les établissements qui l'estiment nécessaire. L'élan doit cependant venir des autorités et non des écoles, afin d'éviter que cette décision ne leur retombe dessus.
A Genève et en Valais aussi, des documents regroupent les mesures à prendre lorsque les températures sont élevées: rafraîchir les locaux, baisser les stores s'il y a du soleil, s'hydrater régulièrement ou adapter les activités physiques. Les autorités genevoises précisent que «des travaux incluant l’amélioration de l’isolation sont réalisés dans une quinzaine de crèches».
Est-ce que vous vous inspirez de pays habitués à ces chaleurs, l'Espagne par exemple, pour imaginer des solutions?
Nous regardons ce qui se fait ailleurs. Mais contrairement à ces pays, la Suisse n'a pas de système scolaire centralisé. Les autorités cantonales s'organisent à l'interne. Le fédéralisme entrave la possibilité d'une solution commune. Mais les températures de cet été ne sont plus exceptionnelles et deviennent une question de santé publique, pas que dans les écoles.
