Suisse
Climat

Voici les conséquences de la canicule sur les forêts suisses

On voit sur ces feuilles de chêne les dégâts causés par la chaleur et la sécheresse.
On voit sur ces feuilles de chêne les dégâts causés par la chaleur et la sécheresse.Image: Yann Vitasse / WSL

Les arbres ont commencé à changer de couleur en Suisse

La canicule provoque déjà des dégâts visibles dans les forêts suisses. Les spécialistes du WSL alertent sur un phénomène appelé à devenir plus fréquent.
08.07.2026, 11:5408.07.2026, 13:35
Bruno Knellwolf

L'automne est encore loin. Pourtant, les premières feuilles des arbres commencent déjà à se colorer. La chaleur en est la cause. Yann Vitasse, de l'Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL), explique:

«Les dommages foliaires dus à la chaleur et à la sécheresse devraient, avec le réchauffement climatique, devenir de plus en plus fréquents. Les vagues de chaleur et la sécheresse forment une combinaison explosive pour les forêts.»

Les arbres à feuilles caduques se colorent de plus en plus souvent trop tôt. Le WSL l'a par exemple documenté en 2018: dans la région de Schaffhouse, des hêtres présentaient déjà des couronnes brunes à la mi-août.

Les conséquences de la canicule sur les forêts

Ce phénomène peut avoir deux causes: soit il s'agit d'une sorte d'automne anticipé, l'arbre dégradant et laissant tomber ses feuilles de manière contrôlée. Dans ce cas, les arbres «sauvent» les nutriments contenus dans leurs feuilles en les mobilisant et en les faisant refluer vers leurs tissus, exactement comme ils le font chaque automne.

Soit la coloration prématurée est due à un dommage causé par la chaleur, qui détruit la feuille. Dans ce cas, la cause principale de la coloration est un mélange entre l'effet de la chaleur et un apport en eau insuffisant aux feuilles, dû à une perturbation du système de transport de l'eau. Arthur Gessler, du WSL, indique:

«Un retrait actif des nutriments n'a alors quasiment pas lieu»

Lorsque la réaction normale ne se produit plus, les arbres sont endommagés. Si cela se répète, les arbres se remettent moins bien des événements météorologiques extrêmes. La forêt ainsi affaiblie pousse plus lentement et fixe moins de dioxyde de carbone.

Des feuilles déjà brunes sur les arbres fruitiers

Ce phénomène concerne tous les arbres à feuilles caduques. On observe désormais aussi des feuilles brunes sur les arbres fruitiers. Les dommages foliaires dus à la chaleur et à la sécheresse deviennent-ils également plus fréquents chez ceux-ci? En principe, oui. Mais, précise Charlotte Grossiord, professeure au WSL et à l'EPFL de Lausanne:

«L'intensité de la réaction d'un arbre dépend de l'espèce, de la variété, du porte-greffe, de l'âge de l'arbre, du sol et de l'approvisionnement en eau.»

Les arbres fruitiers pourraient être particulièrement mis à l'épreuve dans les jardins, par exemple à proximité de murs, de terrasses ou de surfaces imperméabilisées, où la chaleur est particulièrement intense. Arthur Gessler souligne:

«Chez les pommiers, par exemple, nous constatons souvent, à cause de la chaleur, un arrêt du développement des fruits, suivi d'une chute des fruits.»

Il est difficile de dire combien de temps doit durer une période de chaleur pour provoquer des brûlures foliaires. Charlotte Grossiord indique:

«En cas de températures très élevées, d'air sec et de manque d'eau dans le sol, des dommages peuvent apparaître en quelques jours seulement. Si le sol est encore humide, les arbres peuvent généralement supporter la chaleur plus longtemps.»

Les jeunes arbres, les arbres poussant sur des sols peu profonds ou compactés, ainsi que les arbres à l'espace racinaire restreint, sont particulièrement exposés.

Que faire dans son propre jardin?

Dans son propre jardin, l'arrosage permet de lutter contre la coloration prématurée. «Lorsque les plantes disposent d'assez d'eau, elles peuvent en évaporer par les stomates (réd: les pores permettant les échanges gazeux) des feuilles et ainsi rafraîchir celles-ci», explique Arthur Gessler. Le plus important est de réduire le stress hydrique, ajoute Charlotte Grossiord:

«Mieux vaut arroser moins souvent, mais en profondeur, plutôt que fréquemment et en surface seulement. Une couche de paillage autour de l'arbre aide à maintenir le sol plus frais et plus humide. A long terme, il est utile de choisir des variétés robustes et des porte-greffes adaptés.»

Pour les arbres en forêt, aucune aide n'est possible à court terme. Au long cours, il faut favoriser ou planter des essences résistantes à la sécheresse et à la chaleur. Charlotte Grossiord poursuit:

«Cela passe par des forêts mixtes comportant plusieurs essences, une plus grande diversité génétique et des arbres moins densément plantés, afin que chaque arbre soit moins fortement en concurrence pour l'eau.»

Il est d'ores et déjà important de distinguer si les forêts perdent leur vert à cause de la coloration automnale ou à cause de feuilles brûlées, écrivent les chercheurs du WSL dans une publication parue dans la revue scientifique Nature. Les spécialistes forestiers doivent pouvoir estimer comment les forêts fixeront le carbone à l'avenir et comment elles réguleront leur bilan hydrique. A cette fin, les chercheurs recourent de plus en plus à la télédétection, notamment à l'aide de données satellites.

Or, les données satellites ne permettent pas, pour l'instant, de faire la distinction entre automne précoce et dommages dus aux grandes chaleurs. Cela peut conduire les modèles à surestimer la résistance des forêts face aux situations climatiques extrêmes.

Pour éviter ce type d'erreurs d'appréciation, les auteurs de l'étude proposent de mener des essais et des expériences afin de correctement interpréter les évolutions observées par satellite, et non d'agir directement contre les dommages constatés.

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