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Environnement

Bonne nouvelle pour les amoureux des papillons en Suisse

L'Azuré bleu céleste ou Bel-Argus est très présent dans les montagnes suisses.
L’azuré bleu céleste est très répandu depuis les 40 dernières années, principalement en altitude.Image: WSL

Bonne nouvelle pour les amoureux des papillons en Suisse

Une étude de la station de recherche Agroscope donne des nouvelles encourageantes pour le petit peuple des insectes, notamment les papillons et coléoptères. La biodiversité s'est en effet rétablie dans certaines régions de la Suisse.
07.06.2026, 15:5107.06.2026, 15:51
Bruno Knellwolf

Il y a encore de bonnes nouvelles, et en l'occurrence pour les papillons et les coléoptères. Au milieu du 20ᵉ siècle, ces deux familles d'insectes ont connu un déclin important. L'effondrement des populations d'insectes a été principalement observé dans les zones agricoles et les forêts. Mais une nouvelle étude révèle que la biodiversité s'est rétablie dans certaines régions de Suisse, même si l'on est encore loin de la situation initiale.

Pour la première fois, des chercheurs suisses ont suivi l'évolution de la diversité des papillons diurnes et des coléoptères du bois mort en Suisse sur une très longue période de 90 ans. Les résultats de cette étude menée par l'institut de recherche Agroscope viennent d'être publiés dans la revue spécialisée Nature Ecology and Evolution.

Le prix de l'évolution des méthodes agricoles

Comme l'explique Felix Neff, premier auteur de l'étude, cette longue analyse rétrospective a été rendue possible grâce à la fascination que suscitent depuis toujours les papillons, mais aussi les coléoptères. L'étude s'est donc appuyée sur des collections historiques, ainsi que sur les archives du centre national de données «info Fauna» et sur des applications d'observation modernes.

Ce sont les papillons de jour qui ont enregistré les plus forts reculs entre 1950 et 1980, c'est-à-dire durant la phase de mécanisation et d'intensification de l'agriculture. Le paysage a perdu de sa diversité, s’est uniformisé sur le plan structurel, et l’on a commencé à utiliser des engrais et des pesticides. Felix Neff précise:

«Cette mécanisation est synonyme de divers changements dans les pratiques agricoles»

Des machines plus performantes, comme les faucheuses modernes, ont transformé le travail agricole. Dans le même temps, les haies ont été arrachées, les champs ont gagné en superficie et l'utilisation d'engrais et de pesticides a fortement augmenté. Felix Neff précise que la combinaison de ces facteurs a dégradé, voire détruit, les habitats de diverses espèces de papillons diurnes.

Selon la Liste rouge des papillons diurnes et zygènes, trois espèces de papillons de jour ont disparu en Suisse: la zygène des épines (Aglaope infausta), le mercure (Arethusana arethusa) et l'hespérie de la ballote (Carcharodus baeticus). Dix autres espèces sont classées comme menacées d'extinction.

Aujourd'hui, les papillons diurnes ne sont pas encore tout à fait sortis d'affaire, et on compte désormais 12% d'espèces en moins qu'en 1930 dans toute la Suisse. La situation est encore plus grave sur le Plateau, où l'on observe une diminution de 29% des espèces, et dans les Préalpes septentrionales, où la baisse atteint 13%. Ces régions sont précisément celles où l'exploitation agricole et l'urbanisation sont les plus intensives.

Une embellie pour les papillons

Malgré tout, on observe une tendance à la hausse chez les papillons ces dernières années. Felix Neff se réjouit:

«Nous constatons une stabilisation et, par endroits, une augmentation de la population de papillons de jour. Nous attribuons cette évolution positive aux nombreuses mesures prises en faveur d’une gestion plus respectueuse de la biodiversité, notamment dans le secteur agricole.»

Malheureusement, les augmentations sont nettement moins importantes chez les espèces de papillons qui dépendent de plantes spécifiques. Et ce sont précisément ces espèces qui ont connu un déclin particulièrement marqué au cours du siècle dernier. Le chercheur d'Agroscope ajoute:

«En revanche, l'augmentation est particulièrement marquée chez les espèces thermophiles, ce qui met en évidence l'influence d'un autre facteur: celui du réchauffement climatique.»

Le bois mort profite à ses habitants

Entre 1960 et 2000, les populations de coléoptères du bois mort présents dans les forêts ont diminué, avant de se stabiliser. Leur nombre augmente depuis les années 2000 et a même rejoint le niveau de 1930. Ce déclin s'expliquait alors par la volonté de l'industrie forestière d'augmenter les rendements en bois par la mécanisation. Les forêts ont été nettoyées et le bois mort éliminé, ce qui a privé de nombreuses espèces de coléoptères de leur habitat.

Aujourd’hui, le changement climatique profite aux coléoptères du bois mort. La hausse des températures favorise de nombreuses espèces thermophiles, comme le lucane cerf-volant. Les violentes tempêtes, comme Vivian en 1990 et Lothar en 1999, ont laissé derrière elles de grandes quantités de bois mort, dont ont bénéficié ces espèces particulières. «Sans compter de nombreux coléoptères du bois mort qui profitent du bois sec et exposé au soleil grâce l'éclaircissement des forêts», ajoute Felix Neff.

Au-delà des tempêtes, l'intervention humaine a également aidé ces insectes. Le renversement de tendance observé chez de nombreuses espèces est également lié aux mesures environnementales mises en place dans les années 1990. La gestion des forêts est désormais plus favorable à la biodiversité, avec la création d’îlots de bois mort et de vieux bois, ainsi que la mise en place de divers programmes agro-écologiques et de surfaces de promotion de la biodiversité (SPB). Kurt Bollmann, de l'Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL), explique:

«La reconstitution partielle des populations d'espèces montre que les mesures de protection de la nature portent leurs fruits, surtout en forêt, et que le changement climatique favorise certaines espèces.»

Pour de nombreuses espèces spécialisées, comme beaucoup d’espèces de papillons de jour, il faudra redoubler d’efforts. En effet, les insectes, dont beaucoup ne faisaient pas partie de cette étude, jouent un rôle décisif dans les écosystèmes, notamment en tant que pollinisateurs et source de nourriture pour d’autres animaux.

Felix Neff explique que les papillons de jour ont besoin d’habitats adaptés offrant suffisamment de ressources alimentaires. Les surfaces de promotion de la biodiversité de haute qualité dans les zones agricoles s'avèrent efficaces. «Dans ce cas, des habitats peu perturbés et exploités de manière extensive sur le plan mécanique sont importants, en particulier pour les stades vulnérables comme celui des larves», précise Felix Neff.

Par exemple, lorsque l’herbe morte est laissée au sol pendant l’hiver. La mise en réseau d’habitats adaptés est également très importante pour les insectes, notamment lorsque d’anciens habitats doivent être renaturés et recolonisés.

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