La gauche va le payer cher
Tout le monde a l'air satisfait des résultats de ce dimanche, quant à l'initiative sur l'alimentation — mais pas pour les mêmes raisons.
Pour les socialistes et les Vert-e-s, qui n'ont pas officiellement soutenu le texte, ce non massif risque en réalité de peser lourd. Une agriculture plus durable, la promotion de la biodiversité, une eau potable propre: ce que réclamait l'initiative, en fait, la gauche le défend également.
Après ce dimanche, ces combats s'annoncent plus difficiles. Car le camp bourgeois tient désormais un argument de choix contre tout renforcement de la protection de l'environnement et du climat dans l'agriculture.
Il arrive que les perdants d'un scrutin aient raison, lorsqu'ils relativisent leur défaite en faisant valoir qu'ils ont au moins lancé un débat sur la place publique. Mais l'initiative sur l'alimentation n'a même pas ce mérite. Face à la supériorité de leurs adversaires, y compris sur le plan financier, les initiants n'avaient aucune chance. Les affiches du non étaient partout : elles agitaient la menace d'un «diktat végan», et annonçaient la prétendue disparition de notre traditionnel cervelas.
Mais les initiants ne sont pas seuls en cause. Le camp écologiste a fait le dos rond, en espérant que la campagne se termine au plus vite, et en rêvant secrètement que l'initiative n'ait jamais vu le jour en premier lieu.
Plutôt que de mener sa propre campagne contre le texte, le camp Vert s'est rallié, non sans un malaise perceptible, à l'opposition de l'Union suisse des paysans. Et ce, alors même que l'initiative suscitait une réelle sympathie au sein de la base électorale de gauche. Mais il ne fallait surtout pas attiser le débat.
Ce faisant, la gauche a laissé la droite donner le ton. Un ton qui n'a pas fini de résonner.
