Crise à la Comédie de Genève: la justice passe à côté de l'essentiel
Diffamée dans la presse, qui reproduit un témoignage anonyme lui attribuant à tort la paternité de l’acronyme infamant «PPSDM» pour «petites productions suisses de merde», traînée dans la boue sur les réseaux sociaux suite à la diffusion de cette boule puante, Séverine Chavrier ne serait pas atteinte dans sa personnalité mais uniquement dans le «domaine des activités socio-professionnelles», considère la justice genevoise.
Dans un arrêt du 27 juillet, cette dernière rejette le recours de l'ex-directrice de la Comédie de Genève contre le classement, le 9 avril, par le ministère public, de sa plainte pénale contre X pour calomnie et diffamation déposée au début de l’année. Séverine Chavrier était alors encore en fonction.
Un argument trop restreint
Tant le ministère public que la chambre pénale de recours du canton de Genève, s’appuyant sur la jurisprudence fédérale, sont d’accord pour dire que l’«affaire Chavrier» n’excède pas la sphère «socio-professionnelle». Cette interprétation des choses échappe à la compréhension, tant beaucoup, ici, excède la sphère «socio-professionnelle».
En effet, chercher à nuire publiquement à un individu en l’attaquant sur sa réputation, celle-ci aurait-elle un lien avec sa profession, ce n’est pas l’attaquer en tant que professionnel, mais en tant que personne.
Le portrait d'une diablesse
En s’abstenant, manifestement, de juger des intentions d’anonymes qui, par la rumeur et des accusations dressant de Séverine Chavrier le portrait d’une diablesse, ont concouru à son licenciement, les juges genevois donnent l’impression de passer à côté de la véritable «affaire Chavrier». L’attaquer en tant que professionnelle, tout en dénigrant sa personne, était la manière la plus dans l'air du temps de lui porter préjudice.
On a du mal à suivre le raisonnement de la justice genevoise, pour qui «pourrir» quelqu’un dans le cadre de sa profession, au-delà de défauts dont il n'est peut-être pas exempt, ne serait pas le diffamer. Au demeurant, le métier d'un individu, en particulier dans le domaine artistique, c'est bien sûr son gagne-pain, mais c'est souvent tout son être, toute sa personnalité aussi. Non, vraiment, on ne comprend pas la décision rendue.
