Les Suisses ont un nouveau cauchemar
La peur a-t-elle changé de camp? L'UDC vient d'encaisser une deuxième défaite symbolique en 2026. Après avoir vu son initiative «200 francs ça suffit» balayée à 62% en début d'année, le parti a vécu un nouveau revers ce dimanche. Les Suisses ont refusé le texte «Pas de Suisse à 10 millions» à près de 53%.
Au moment d'analyser ce résultat pour la RTS, le Genevois Roger Golay, membre du groupe UDC à Berne, tançait les vainqueurs du jour:
Des propos rapidement appuyés par le conseiller national UDC fribourgeois, Nicolas Kolly, qui a porté l'initiative tout au long de la campagne: «On nous a souvent reproché d'alimenter les peurs. Cette fois-ci, on a tenté d'être constructifs, mais face à nous, on a eu une alliance de circonstance qui a joué sur les peurs.»
De quoi faire sourire (jaune) ceux qui connaissent la stratégie du parti depuis bientôt 20 ans. Rappelons que l'UDC a tout même réussi à faire en sorte qu'une majorité de Suisses redoutent de voir apparaître des minarets à tous les coins de rue en 2008. Les années suivantes, le parti a triomphé à plusieurs reprises, notamment avec son initiative «Contre l'immigration de masse» en 2014. A chaque fois en jouant avec les craintes des citoyens.
Mais cette fois-ci, les Suisses ne se sont pas fait piéger par la technique de la peur. Alors que de nombreux pays occidentaux semblent se refermer sur eux-mêmes, que Trump transforme les Etats-Unis en idiocratie, que l'AFD fait trembler l'Allemagne, que Meloni dirige l'Italie et que le RN n'a jamais été aussi proche du pouvoir en France, la Suisse, elle, se montre raisonnable.
Ce scrutin prouve que l'avis du peuple ne se résume pas aux voix qui font le plus de bruit. L'UDC a volontairement mené une campagne tapageuse, provocante, cherchant à prendre le plus de place possible sur les réseaux afin de faire croire que tout le monde soutenait son initiative. La stratégie a échoué.
Car la Suisse n'est pas un pays comme les autres. Notre système politique permet de donner le dernier mot au peuple et surtout de répartir le pouvoir entre les partis. L'UDC est au Conseil fédéral. Si la crise du logement s'aggrave, si les bouchons s'accumulent, si les infrastructures souffrent, c'est aussi de sa responsabilité.
Et puis il y a l'économie. Elle est trop puissante, trop prospère pour laisser une initiative, même de droite, la saboter. Prévenue par les surprises du passé, elle a dégainé les millions qu'il fallait pour ne pas perdre la campagne de la peur.
Une autre crainte
Peut-on dire que les Suisses n'ont pas eu peur au moment de voter ce dimanche? Pas tout à fait. Car le second objet du jour, celui sur le service civil, trahit sans doute une autre crainte, née depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022. Ce ne sont plus les hordes d'étrangers qui peuplent nos cauchemars, mais les soldats de Poutine.
Peuvent-ils vraiment traverser la moitié de l'Europe pour venir menacer nos frontières alors qu'ils sont embourbés depuis quatre ans en Ukraine? C'est une autre question. Mais si cela devait arriver, nous aurons quelques milliers de soldats peu motivés et mal équipés supplémentaires pour nous défendre.
