Suisse
Conseil national

Taupe chez Fedpol: des tentatives d'infiltration fréquentes

Une taupe aurait été été identifiée dans les services de Fedpol.
La Commission de sécurité du Conseil national a été informée de tentative d'infiltrations par le crime organisé.Image: montage watson

Pourquoi trouver un agent corrompu chez Fedpol n’est pas une surprise

Un agent de Fedpol est soupçonné d’avoir vendu des informations à une organisation criminelle, mais la présidente de la Commission sécurité du Conseil national n’est pas surprise.
30.04.2026, 07:2630.04.2026, 07:26

De mémoire d’homme, c’est sans doute la première fois qu’une taupe a infiltré l'Office fédéral de police (Fedpol). L’information a été révélée, mardi, par ce dernier et par le Ministère public de la Confédération (MPC): un employé du service sécurité de Fedpol aurait vendu des informations à une organisation criminelle active, notamment dans le trafic de stupéfiants.

Des perquisitions ont eu lieu à Bâle, mais aussi en France et en Allemagne. Six personnes au total ont été arrêtées et c’est dans l’urgence que les autorités ont communiqué.

«Le MPC reproche à cette personne d’avoir transmis, contre rémunération, des informations confidentielles à au moins une autre personne mise en cause dans la présente procédure.»
Le communiqué.

La police judiciaire fédérale a mené l’enquête conjointement avec les cantons de Bâle-ville, Bâle-Campagne et Argovie.

L’affaire est extrêmement grave, puisqu’elle montre à quel point les mafias mettent le système judiciaire et démocratique en péril. Il y a trois ans, les Pays-Bas, qualifiés de narco-Etats par certains experts, avertissaient la Suisse du danger qui la guette: la croissance des organisations criminelles met en danger le fonctionnement de l’Etat tout entier.

«Des avertissements réguliers»

Jacqueline de Quattro (PLR/VD) est présidente de la commission de la politique de sécurité du Conseil national (CPS). Elle est donc régulièrement informée de la progression des organisations criminelles en Suisse et du danger qu’elles représentent. Pour elle, cette affaire n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel bleu.

«Cela me frappe que nous soyons, aujourd’hui, face à un cas concret, mais je ne suis pas étonnée parce que nous avons eu des avertissements réguliers de la part des services compétents ces deux dernières années. Ils nous ont dit, à plusieurs reprises, qu’il y avait fréquemment des tentatives d’infiltration par des organisations criminelles, que ce soit au sein de Fedpol ou dans d’autres institutions. Ces tentatives étaient prises très au sérieux»
Jacqueline de Quattro, présidente de la commission de politique de sécurité du Conseil national

Il peut s’agir d’obtenir un travail dans une institution, y compris celui de concierge, ou d’essayer de corrompre un employé.

La commission de sécurité est évidemment un groupe qui possède des informations confidentielles et stratégiques et qui risque d’être approché par des organisations criminelles. «Le niveau de sécurité informatique a dernièrement aussi beaucoup augmenté et à plusieurs reprises, on m’a dit que j’avais bien fait de faire contrôler mon matériel informatique», poursuit Jacqueline de Quattro. L’avertissement des services portait sur des organisations criminelles et ne ciblait aucun groupe précis.

Le situation est grave

Avec quelle organisation criminelle cet agent fédéral a-t-il collaboré? Et pour transmettre quel genre d’informations? L’enquête étant en cours, ces informations ne filtrent pas pour l’instant. Mais la gravité de la situation transpire à travers la prise de parole rapide de la directrice de Fedpol, mardi soir, en vidéo et dans les trois langues.

La patronne de Fedpol, en français 👇

Vidéo: extern / rest

Ce procédé est aussi exceptionnel qu’une taupe à la police fédérale. «Cela montre que le risque lié à la criminalité organisée, contre lequel nous mettons en garde depuis longtemps, est bien réel», déclare ainsi Eva Wildi-Cortés.

«Malgré toutes les mesures prises, les organisations criminelles parviennent à infiltrer les institutions publiques, y compris la police»
Eva Wildi-Cortés, directrice de Fedpol

Ni Jacqueline de Quattro, ni le MPC, ni Fedpol n’ont de visibilité sur les cas de corruption au sein des polices cantonales. Mais elles existent. A Genève, en 2024, l’IGS annonçait une forte progression des cas, dont neuf concernaient des gardiens de prison. Un aurait eu lieu au sein de la police cantonale, laquelle est chaque année émaillée par des soupçons de corruption, notamment liés aux milieux de la prostitution.

L’immense majorité des procédures pénales se soldent par un classement ou une non-entrée en matière.

Un long processus de corruption, exemple en Valais

Quoiqu'il en soit, la corruption semble être un processus au long cours. En Valais, un groupe d’hommes originaires du Kosovo et d’Albanie alimentait les rumeurs depuis des années. Il était question de trafic de stups, de grosses voitures et de parties fines avec des personnalités importantes du canton.

Or, ce groupe était réellement parvenu à corrompre un policier addict au jeu. Le premier contact entre le gendarme et l’un des criminels avait eu lieu, en 2007, au cours d’un interrogatoire tendu. Le chef du gendarme lui avait ordonné de s’excuser, ce qu’il était allé faire directement à la carrosserie de l’intéressé.

En 2016, les deux hommes se rencontrent par hasard dans une boulangerie. Le trafiquant lui demande de se renseigner pour une affaire qui touche l’un de ses amis. Le policier refuse. Quelques jours plus tard, alors qu’il boit un café en face du poste, les trafiquants l’abordent à nouveau. Il s’en va.

En raison d’une grosse dette de jeu, il finit par craquer au printemps 2016 et reprend contact pour tenter de monnayer ses informations. Les Kosovars le menacent. Il aurait fini par donner des informations sur les enquêtes en cours, permettant notamment aux trafiquants de changer de téléphone au moment opportun.

Le gendarme aurait aussi participé au moins une fois à une des soirées libertines organisées régulièrement par les Kosovars, entre 2016 et 2019, dans un chalet de luxe à Crans-Montana. Il a été condamné à quinze mois de prison avec sursis. Quant à l’un des trafiquants, il sera bientôt jugé en deuxième instance, notamment pour corruption active.

A l’image du cas valaisan, où la corruption s’est développée progressivement, ces mécanismes peuvent rester longtemps invisibles. Pour Fedpol, l’enquête devra déterminer depuis quand la taupe était active.

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source: suisse tourisme
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