Pourquoi la situation pénale des Moretti pourrait se compliquer
De nouveaux témoignages versés au dossier pénal de la tragédie de Crans-Montana, révélés par la RTS qui a eu accès à la procédure, apportent des éléments jugés par le média de service public «probablement centraux» pour la suite de l’enquête.
Selon la RTS, une dizaine de personnes ont été auditionnées entre le 1er et le 2 janvier. Il s’agit principalement de jeunes clients et clientes présents dans le bar au moment où l’incendie s’est déclaré, notamment au sous-sol, là où le drame s’est joué.
Ces témoignages convergent sur plusieurs points:
- Ce sont bien des bougies étincelantes qui auraient enflammé la mousse phonique du plafond.
- Aucun des témoins n’indique avoir fui par une sortie de secours au sous-sol. Tous disent avoir emprunté l’escalier principal menant au rez-de-chaussée.
Interrogés sur les mesures de sécurité présentes ce soir-là, plusieurs témoignages se rejoignent, cités par la RTS:
Certains indiquent que des membres du personnel, dont la gérante, auraient appelé les clients à quitter les lieux.
Les Moretti ne disent pas la même chose
La version des gérants diverge de ces récits, selon les documents consultés par la RTS. Lors de son audition, Jacques Moretti a indiqué que les sorties de secours étaient signalées par des pictogrammes verts. Ses avocats ont confirmé à la RTS l’existence d’une porte de secours au sous-sol, ouverte selon leur client en permanence, ainsi que la présence de quatre extincteurs, dont trois au sous-sol. Un chiffre que la cogérante du bar, Jessica Moretti, n’était pas en mesure de donner lors de son audition, selon les documents de nos confrères.
Pour finir, Jacques Moretti aurait reconnu, durant son audition, que ses employés n’étaient pas formés à la gestion d’événements tels qu’un incendie.
Les avocats du couple de gérants, sollicités par le média de service public, n’ont pas souhaité commenter ces éléments. Les Moretti restent présumés innocents.
Tout pourrait changer
Ces nouvelles révélations relancent la question d’une possible requalification des poursuites. Interrogé par la RTS, Alain Macaluso, directeur du Centre de droit pénal de l’Université de Lausanne, rappelle que les gérants sont poursuivis pour homicide et lésions corporelles par négligence.
Il évoque notamment les interrogations sur «la largeur de l’escalier», «la capacité de la salle», «les issues de secours» ou encore «le sens d’ouverture des portes». Et souligne qu’une vidéo de 2019, dans laquelle un barman met en garde contre la proximité des bougies avec le plafond.
Selon l’expert, ces éléments pourraient nourrir un débat sur un passage d’infractions par négligence à des infractions intentionnelles. Une requalification aux conséquences majeures pour les victimes: «Dire qu'un auteur est responsable de meurtre et que notre enfant n'est non pas décédé dans un accident, mais qu'il est mort parce qu'il a été tué dans une infraction, ça change tout», souligne Alain Macaluso. Les peines encourues et les délais de prescription seraient également revus à la hausse. (jah)
