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«Pendant le confinement, je voyais plus souvent mon dealer que ma famille»

Image: Shutterstock
Hausse des prix, difficultés de ravitaillement, baisse de la qualité: le confinement du printemps 2020 a boosté la consommation de cannabis, mais a mis à rude épreuve les consommateurs réguliers. Alors que l’ONU vient de dévoiler un rapport sur le marché de la drogue durant la pandémie, un fumeur se confie à watson.
27.06.2021, 18:5628.06.2021, 09:35
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«Ma consommation a augmenté lors du premier confinement. Pendant cette période, j'ai passé des journées et des nuits entières à fumer.» Marc*, la vingtaine, est un étudiant universitaire. Il est aussi un gros consommateur de cannabis. Et la pandémie a totalement bousculé ses habitudes.

Il n'est pas le seul. Un rapport de l'ONU, publié jeudi 24 juin, dévoile comment le trafic de stupéfiants a été bouleversé par la crise sanitaire, ce qui a provoqué, entre autres dommages, une forte augmentation de la consommation de cannabis. Mais comment les fumeurs réguliers ont-ils vécu ça? Plutôt mal, à en croire Marc. Il a accepté de témoigner pour watson.

Retour au printemps 2020. Comme une bonne partie de la population, l’étudiant s’est retrouvé isolé chez lui. «En étant confiné, j'avais soudain plus d'occasions pour consommer», se souvient-il.

«Pendant les cours à distance, souvent, je n'allumais pas l’écran parce que j'étais en train de fumer. Ce que je n'aurais pas pu faire dans la vraie vie évidemment»

Avant la crise sanitaire, Marc avait déjà pour habitude de fumer seul. «A ce niveau-là, la pandémie n'a pas énormément changé mes habitudes», reconnait-il. Ce qui a changé, c'est son rapport à la fumette, car il s’est très vite senti affecté par l'incertitude de la situation. «Je souffrais d'insomnie, j'étais inquiet, la crise m'avait également privé d'une partie de mes revenus. Du coup, je fumais pour atténuer les angoisses».

Problème: «En fumant davantage, je devenais aussi plus parano. Quand je consomme beaucoup, à un moment c’est trop et l'effet est désagréable». En repensant à cette période, Marc se souvient d’une situation suffocante, d’un état de malaise constant.

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«Herbe moisie»

La pandémie n'a pas seulement modifié son rapport au cannabis. Elle a également bouleversé ses habitudes en termes de ravitaillement. «En vue de l'isolement, j'avais beaucoup acheté, pour me préparer au pire», se rappelle-t-il. «J'ai plein d'amis qui ont fait pareil. Pendant cette phase, en raison de la forte demande, les dealers ont augmenté les prix. De dix francs le gramme, on est passé à 12».

Ses réserves ont fini par s'épuiser. Pire. Celles de ses fournisseurs aussi. Le début d’une période difficile. «Oui, ça a été dur, surtout mentalement. J'étais plus nerveux, plus stressé. Pour pallier le manque, je me suis tourné vers la CBD».

Et le produit a fini par revenir sur le marché et les prix ont à nouveau baissé. Pas forcément une bonne nouvelle si l’on en croit l’expérience de Marc: «On a commencé à ne trouver que de l'herbe de très mauvaise qualité, à six ou huit francs le gramme», détaille l’étudiant. Parfois des mélanges avec de la CBD, mais aussi de l'herbe moisie, avec peu de THC, que les dealers sortaient de leurs réserves. Marc l’a fait aussi. Chez lui. Quand la CBD ne suffisait pas à combler les moments de creux, il fumait ce qu’il trouvait.

«Quand je cherchais à me défoncer, je prenais la poudre de weed que je trouvais dans le fond de la boîte vide, où il y avait plein de poils, de poussière, de moisissure...»

A la longue, cette frénésie a provoqué une saturation, un rejet. «J'avais tellement fumé que j'avais envie de faire une pause», se souvient-il.

Marc n’a pas abandonné le cannabis pour autant. Quand la distribution s’est normalisée, à l'été, il a repris ses bonnes vieilles habitudes, tout en limitant les doses. Le contexte a aussi joué un rôle. «On était plus libres et, en travaillant pendant la journée, j'avais aussi moins de temps à disposition pour fumer».

Un seul dealer

Autre changement provoqué par la crise: la manière d’approcher les fournisseurs. «Pour éviter les contrôles de police, je limitais ma présence dans la rue et j'ai commencé à ne m’adresser qu’à un seul dealer. Au fil du temps, j'ai développé un rapport très étroit avec lui. Pendant un moment, je le voyais même plus souvent que ma propre famille. Et cette relation dure encore aujourd'hui.»

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Si Marc garde un mauvais souvenir de cette période, la pandémie, la hausse des prix ou la qualité médiocre du produit n’auront pas poussé le jeune homme à arrêter de fumer pour autant. «Avec cette pandémie j'ai touché le fond, mais cela m'a appris à mieux gérer ma consommation. J'ai découvert que je suis capable de m'organiser. Pour l'instant, ça me va très bien».

*Marc est un prénom d'emprunt

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