Ils veulent protéger les montres 100% suisses
Des spécialistes du monde horloger en appellent à la création d'un label 100% «Swiss made», allant bien au-delà des 60% de valeur ajoutée suisse prévus par le cadre législatif actuel. Ils estiment que cela permettrait d'éviter une concurrence déloyale entre les marques fabriquant entièrement leurs montres en Suisse et celles qui externalisent la fabrication en Asie.
Le «Swiss made» actuel «est un label administratif, mais aussi un fétiche puisque la réputation d'une marque est bien plus importante», allègue le journaliste spécialiste du monde horloger Grégory Pons. Il prône la création d'un nouveau label, qui mettrait en valeur les garde-temps entièrement produits sur sol helvétique, comme un label «100% local» permettant selon lui de rassurer le client sur la provenance géographique du produit.
«Le Swiss made ne permet clairement pas de protéger l'industrie. Les horlogers qui produisent tout en Suisse sont en concurrence déloyale avec ceux qui produisent le minimum ici, c'est un gros problème», s'indigne un ancien horloger qui souhaite rester anonyme. Il est lui aussi d'avis qu'un nouveau label, qui distinguerait les modèles de montres ayant été développés et fabriqués dans leur entier sur sol helvétique, est nécessaire.
Ce dernier affirme en outre que certaines marques, dont les modèles sont fabriqués à 95% en Suisse, refusent d'apposer le label «Swiss made» sur leurs produits «parce qu'elles ne veulent pas être au même niveau que celles qui fabriquent en Chine et qu'elles n'ont rien à prouver».
«Une immense bataille politique»
Un sous-traitant dit de son côté que «cela serait intéressant pour les affaires: les marques qui misent sur la qualité, l'éthique et leur image doivent se défendre. Il faut souligner qu'elles font travailler beaucoup de monde en Suisse, à l'intérieur et à l'extérieur de leur entreprise».
«Le fait est que ces 60% de valeur ajoutée suisse ne concernent pas uniquement le secteur de l'horlogerie, qui aurait souhaité un 80%, mais les produits industriels en général. Cela a été une immense bataille politique pour mettre tout le monde d'accord sur les 60% au parlement et un consensus a été trouvé», explique l'ex-horloger.
«Ces 60% reflètent un compromis au sein de la branche qui nous permet vraiment de rassurer les consommateurs et d'avoir une plus-value suisse», confirme de son côté la Fédération de l'industrie horlogère suisse par la voix de son président Yves Bugmann, qui met en doute la faisabilité d'un label valorisant une conception et fabrication 100% suisse. (jzs/ats)
