Suisse
Economie

Les économistes suisses prudents, le PLR monte au créneau

Après l'annonce d'une nouvelle taxe douanière faite vendredi par Donald Trump, les entreprises suisses ne savent pas sur quel pied danser.
Donald Trump met à mal l'économie suisse avec ses surtaxes douanières. Les partis politiques sont en colère. Keystone

Droits de douane: économistes prudents, partis politiques en colère

Les économistes suisses se montrent mesurés face aux nouveaux droits de douane américains annoncés dans la nuit de jeudi à vendredi, qui portent la surtaxe infligée à la Suisse de 10 à 12,5%.
24.07.2026, 11:4524.07.2026, 13:21

Pour Valérie Lemaigre, économiste à la BCGE, il s'agirait davantage d'une bataille juridique qu'économique. Ce qui la surprend surtout, c'est la justification par le travail forcé — un argument juridiquement plus difficile à contester que la disposition annulée par la Cour suprême américaine. Elle tempère par ailleurs les inquiétudes d'Economiesuisse: si l'Union européenne a négocié un plafond de 15%, elle se trouve dans le même paquet que la Suisse selon Washington, avec les mêmes justifications.

Elle relève:

«Les Européens ont simplement mieux négocié en amont»

Au final, la moyenne des droits d'importation pourrait passer de 7 à 8% environ.

Pour Arthur Jurus, d'Oddo BHF Suisse, il voit dans ces nouvelles taxes un changement de nature: les droits de douane ne seraient plus un instrument conjoncturel, mais un élément durable de la politique économique américaine. Il anticipe un impact inflationniste de l'ordre de 0,4 point supplémentaire sur l'ensemble de 2027, avec un pic proche de 0,5 point au deuxième trimestre, lorsque les entreprises répercuteront les nouveaux coûts sur leurs clients.

Selon Santosh Brivio, de la Banque Migros, le point sensible est l'écart de 2,5 points de pourcentage avec les concurrents européens. Dans le secteur des biens d'équipement, où les marges sont étroites, cet écart peut faire la différence entre remporter un contrat ou le perdre. Un constructeur de machines suisse devra soit absorber ce désavantage sur sa marge, soit le répercuter sur son client américain. Les secteurs pharmaceutique et chimique restent en revanche largement protégés.

Du côté de John Plassard, de Cité Gestion, souligne l'enjeu considérable pour l'économie helvétique, les Etats-Unis étant le premier marché d'exportation de la Suisse. Les secteurs les plus exposés sont les instruments de précision, les technologies médicales, les machines et, dans une moindre mesure, l'horlogerie. Mais le véritable risque, selon lui, ne réside pas tant dans le niveau du tarif que dans sa durée: contrairement à la Section 122, limitée à 150 jours, la Section 301 permet de maintenir ces droits pendant des années. Pour les entreprises suisses, ce surcoût pourrait dès lors ne plus être perçu comme temporaire, mais comme une nouvelle donnée structurelle du marché américain.

Jean-Philippe Bertschy, de Vontobel, pointe quant à lui une nouvelle couche d'incertitude dans un contexte géopolitique déjà tendu. Il rappelle que les chocs tarifaires passés ont suivi un schéma habituel: les valeurs liées à l'exportation et les valeurs cycliques ont été les premières à subir des ventes massives, tandis que les titres exposés au marché intérieur ont mieux résisté.

Le PLR en colère et les Vert'libéraux veulent négocier

Sur le plan politique, le PLR condamne «de la manière la plus ferme» ces nouvelles taxes, dénonçant une mauvaise nouvelle pour les PME et l'emploi. Le parti en profite pour réitérer son opposition à la hausse de 0,4% de la TVA soumise à votation en novembre, estimant que la Suisse n'a pas un problème de recettes mais de dépenses. Il appelle également à renforcer les relations commerciales et à lever le blocage sur l'accord de libre-échange avec le Mercosur, interpellant directement le PS, les Verts et une partie de l'UDC et du Centre. «Miser sur le protectionnisme est irresponsable», conclut-il.

Dans les rangs du PS, les droits de douane «démontrent une fois encore que les Etats-Unis de Trump ne sont pas un partenaire fiable», qualifiant sa politique d'«irrationnelle et aléatoire». Le parti tire un bilan sévère:

«La stratégie solitaire de complaisance de la Suisse n'a pas fonctionné»

Il demande au Conseil fédéral et à Guy Parmelin de cesser de proposer des concessions à Washington, et au conseiller national vaudois Samuel Bendahan d'appuyer, de revenir sur les assouplissements promis en matière d'homologation des voitures et des dispositifs médicaux. Le PS appelle enfin la Suisse à se rapprocher de l'UE «pour faire bloc et garantir un minimum de stabilité économique et de cohésion».

Même son de cloche pour les Vert'libéraux, qui dénoncent des droits de douane «arbitraires» et pointent l'imprévisibilité de la politique commerciale de Trump. Le parti juge incompréhensible que la Suisse soit moins bien traitée que l'UE et appelle la Confédération à poursuivre les négociations avec détermination. En réponse au protectionnisme américain, le PVL plaide pour une plus grande ouverture commerciale et souhaite faire avancer les accords bilatéraux avec l'UE.

Pour l'UDC, le parti conservateur ne comprend pas ces nouveaux droits de douane imposés par les Etats-Unis. Le parti estime:

«Afin d'éviter des dommages à notre économie et de préserver notre prospérité, il faut dès maintenant réduire les réglementations et conclure de nouveaux accords de libre-échange»

Celui-ci réitère son opposition farouche à un rapprochement avec l'Union européenne (UE): «En aucun cas la Suisse ne doit s'arrimer à une UE en crise, qui pratique le chantage et qui, par une réglementation excessive, étouffe son économie.» (sda/awp/ats/svp)

Il imite Trump à la perfection pendant son discours
Video: watson
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