Trump a une nouvelle idée qui ferait mal au porte-monnaie des Suisses
La crise énergétique menace de s’aggraver et les prix de continuer à grimper. En Suisse aussi. Le mazout et le diesel, en particulier, pourraient encore se renchérir. Mais ce nouveau choc n’est qu’indirectement lié à la guerre en Iran, à la Russie ou aux problèmes techniques rencontrés par les principales raffineries de pétrole. La menace vient plutôt des Etats-Unis, qui envisagent d’interdire leurs exportations de diesel pendant 90 jours.
Le président Donald Trump est favorable à cette idée.
Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a ajouté que ses experts examinaient «si une interdiction totale ou partielle serait réalisable».
La raison de cette initiative? Les Etats-Unis sont en campagne électorale et les sondages prédisent une défaite pour les républicains au pouvoir, notamment parce que les électeurs sont mécontents du prix élevé des carburants et des denrées alimentaires. C’est donc l’heure de l’agitation politique et les alliés de Donald Trump rivalisent d’idées pour tenter d’apaiser les citoyens en colère d’ici au scrutin du 3 novembre.
Qu’une de ces propositions concerne le diesel n’a rien de surprenant. Dans un pays aussi vaste que les Etats-Unis, ce carburant fait tourner l’économie. Les routiers roulent au diesel, tout comme les tracteurs dans les exploitations agricoles, et les chantiers en sont également de grands consommateurs. Chaque hausse de prix est un poison pour de nombreux secteurs.
Le prix élevé du diesel ruine les agriculteurs
A la mi-septembre, le prix moyen du gallon de diesel a franchi pour la première fois la barre des six dollars, comme l’a relevé Patrick De Haan, analyste spécialisé dans les carburants, sur la plateforme GasBuddy. Depuis, il a encore augmenté d’au moins 50 cents. Sur la côte Ouest, le gallon (3,8 litres) coûte désormais plus de huit dollars dans certaines stations-service.
Le sénateur Chuck Grassley, figure historique de la politique étasunienne originaire de l’Etat rural de l’Iowa, a fini par perdre patience. Le 19 septembre, l’homme de 93 ans a écrit sur X:
Chuck Grassley a ensuite réclamé que Donald Trump impose immédiatement un embargo sur les exportations de ce carburant. Et peu importe les conséquences d'une telle mesure sur le marché mondial des carburants et les grandes compagnies pétrolières lui importe peu. Il a ajouté: «America First», l’Amérique d’abord, le slogan du président Trump.
L’Union européenne estime en revanche que c’est «une mauvaise idée». Selon un porte-parole de l’UE, Bruxelles est déjà intervenue auprès de Washington avec ce message:
L’Europe considère les projets étasuniens avec «inquiétude», a poursuivi le porte-parole. Et pour cause. En août, l’UE a importé environ la moitié de son diesel des Etats-Unis. Une interdiction d'exportation risquerait donc de réduire sensiblement l’offre de diesel dans l’UE, alors que son prix atteint déjà des niveaux records. Depuis le début de l’année, le diesel a augmenté de plus de 40% dans l’UE, dépassant ainsi le record atteint lors de la crise énergétique de 2022.
L'embargo de Trump sur les exportations aurait des conséquences mondiales, explique Alexander Koch, économiste chez Raiffeisen. Les Etats-Unis sont le premier producteur mondial d’énergie et sont devenus ces dernières années un exportateur de plus en plus important de gaz naturel liquéfié et de produits pétroliers raffinés comme le diesel. Ils ont ainsi contribué à atténuer la hausse des prix de l’énergie dans le monde. Un embargo mettrait fin à cet effet modérateur:
Il est difficile de chiffrer précisément l’ampleur de la hausse en Suisse, explique Oliver Klapschus, directeur du comparateur Heizöl24. Les marchés sont actuellement très nerveux et la menace d’un embargo a déjà été en partie intégrée dans les cours immédiatement après son annonce. «La seule certitude, c’est que les prix vont augmenter dans l’UE comme en Suisse. Aussi bien pour le diesel que pour le mazout.»
A la sortie des raffineries, le mazout et le diesel sont encore un seul et même produit: le gazole. Ce n’est qu’ensuite qu’il subit une dernière transformation dans des dépôts régionaux, avant d’être livré aux clients finaux sous forme de diesel ou de mazout.
L’énergie deviendrait donc encore plus chère en Suisse. Or l’essence et le diesel se sont déjà fortement renchéris dans le pays. Quant au mazout, les 100 litres coûtent désormais plus de 160 francs, soit déjà 70 francs de plus qu’au début de l’année.
Des perturbations comparables à celles du Covid
Donald Trump imposera-t-il réellement cet embargo? Sur le plan économique, le calcul ne serait pas avantageux, même pour les Etats-Unis. Les capacités américaines de raffinage du diesel sont concentrées dans le sud du pays, en particulier au Texas. Là-bas, un embargo sur les exportations ferait effectivement baisser les prix. Mais pas dans le reste du monde. Et le reste du monde comprend aussi, dans ce cas, les autres régions des Etats-Unis. L’économiste de Raiffeisen explique:
Selon une étude de l’agence de notation S&P, celles-ci pourraient prendre une ampleur considérable, comparable à celle observée pendant la pandémie de Covid.
De telles inquiétudes se font également entendre au sein des départements du Trésor et de l’Energie à Washington. Les représentants des grandes entreprises énergétiques auraient eux aussi déjà fait pression sur l’administration Trump pour qu’elle renonce à l’embargo. Mais le président pourrait décider d’ignorer ces avis d’experts: il veut à tout prix éviter que ses républicains subissent une lourde défaite dans un peu moins de cinq semaines. (trad. hun)
