Chauffage en Suisse: «La situation pourrait devenir plus explosive»
La guerre contre l’Iran ne semble pas devoir prendre fin aussi rapidement que l’avait promis le président américain Donald Trump. Ses conséquences se ressentent de plus en plus pour les Suisses, au point d'entrer dans leurs logements. L’essence et le diesel constituent une première porte d’entrée, alors que le mazout en est une autre.
Remplir sa citerne coûtera, en effet, cher cette année. Oliver Klapschus, directeur du comparateur Heizöl24, affirme:
Des prix comparables à 2022
Pendant la crise énergétique de 2022, le président russe Vladimir Poutine voulait briser le soutien européen à l’Ukraine. Il avait coupé l’approvisionnement en gaz russe, provoqué une flambée des prix de l’énergie et s’était moqué, dans des vidéos, des Européens censés grelotter.
Le prix du mazout avait lui aussi connu des variations extrêmes. Les prix avaient atteint un record de plus de 180 francs pour 100 litres au début de l’année 2022, avant de rester supérieurs à 160 francs pendant plusieurs mois. Un fournisseur s'était alors plaint auprès de Blick:
En septembre 2026, les prix ont augmenté de près de 80% par rapport au début de l’année. Selon les chiffres de Heizöl24, ils dépassent actuellement 160 francs, un niveau comparable à celui enregistré à la même période durant l’année de crise énergétique 2022.
Selon Oliver Klapschus, la situation actuelle est surtout préoccupante parce que le prix du diesel – et, dans son sillage, celui du mazout – réagit très fortement aux perturbations des flux commerciaux mondiaux. Tout est donc possible: des variations encore plus importantes, mais aussi une baisse rapide des prix. Les risques sont considérables.
Un pari perdant en juin
Un malheur n’arrive jamais seul, septembre est déjà la période durant laquelle de nombreux ménages commandent leur mazout. Cette année, une importante demande de rattrapage vient s’ajouter à la hausse saisonnière. Oliver Klapschus prévient:
La demande de mazout n’a auparavant atteint qu’environ la moitié de son niveau habituel, explique Oliver Klapschus. L’été a été chaud, éloignant le remplissage des citernes des préoccupations de la population. De nombreux ménages n’ont pas profité de la baisse des prix en juin, pariant sur une poursuite de la tendance. La guerre contre l’Iran pouvait à ce moment-là prendre fin d’un jour à l’autre, notamment suite au sommet du Bürgenstock.
L'Arabie saoudite avait trouvé une solution
Or, la guerre au Moyen-Orient n'a toujours pas pris fin. Les Etats-Unis ont pourtant réussi un coup en faisant passer davantage de pétroliers au-delà des contrôles iraniens et à travers le détroit d’Ormuz. L’opération a probablement apporté un soulagement important au marché, tout en affaiblissant l’emprise de l’Iran sur le système pétrolier mondial.
L’Iran a riposté en attaquant l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, qui avait délaissé le détroit d’Ormuz au profit de la mer Rouge pour une partie de ses exportations. Cette solution a longtemps fonctionné. L’Arabie saoudite faisait fonctionner à plein régime l’oléoduc qui transporte le pétrole par voie terrestre jusqu’au port de Yanbu, sur la mer Rouge. Le pétrole y était chargé sur des navires avant de rejoindre le marché mondial par le détroit de Bab el-Mandeb.
Cette voie de secours par la mer Rouge est désormais en grande partie bloquée. L’Iran a fait attaquer l'oléoduc. Les réparations prendront plusieurs semaines. Les rebelles houthis, alliés de l’Iran, se sont ensuite emparés du détroit de Bab el-Mandeb. L’Arabie saoudite est désormais confrontée à un sérieux problème et, avec elle, le système énergétique mondial.
Un système fragile
Autrefois, les Etats-Unis auraient, eux aussi, été confrontés à un problème. Selon certains experts, ils seraient entrés en guerre pour protéger l’Arabie saoudite et, avec elle, leurs intérêts dans le système pétrolier mondial. Donald Trump a toutefois rejeté la demande d’aide du dirigeant saoudien Mohammed ben Salmane. Du moins pour l’instant.
La pression exercée sur le système énergétique mondial augmente ou diminue légèrement en fonction du camp qui a frappé le dernier. Le baril de pétrole brut coûte actuellement à nouveau plus de 100 dollars. Le pétrole est ainsi redevenu aussi cher qu’au printemps, mais le système pétrolier est aujourd’hui plus fragile qu’à l’époque. Un analyste a récemment déclaré au Financial Times:
Pour les ménages suisses, ces turbulences mondiales sont avant tout synonymes d’incertitude, souligne Oliver Klapschus:
Une solution toute trouvée
Que faire, alors? Oliver Klapschus conseille d’aborder la saison hivernale avec une citerne à moitié pleine. Si nécessaire, il recommande de n'acheter que l’équivalent d’une demi-année de consommation afin de conserver une certaine flexibilité.
Il existe en effet des raisons d’espérer une amélioration de la situation. Le vent politique pourrait tourner aux Etats-Unis après les élections de mi-mandat et modifier le cours de la guerre. Les prix pourraient également repartir à la baisse une fois les mois de novembre et décembre passés, lorsque la demande de mazout diminuera. Ils devraient être encore plus bas en janvier ou en février, traditionnel creux saisonnier de la demande. Oliver Klapschus indique:
Il ne faut toutefois pas s’entêter dans la recherche du prix le plus bas. Une livraison express coûte elle-aussi plus chère, rendant parfois l'attente du meilleur prix plus coûteuse qu'un plein normal à un prix plus élevé. Oliver Klapschus prévient:
Il y a néanmoins une bonne nouvelle: le mazout est certes cher, mais contrairement à la situation qui prévalait pendant la crise énergétique de 2022, les ménages ne doivent pas s’inquiéter de sa disponibilité. Oliver Klapschus résume:
(Traduit et adapté de l'allemand par Bastien Trottet)
