Suisse
Economie

Un escroc Suisse rattrapé par la justice américaine

Cet escroc suisse a commis une erreur fatale

L'ombre de Martin Schläpfer a plané pendant 25 ans sur des affaires de fraude en Suisse. Il risque une lourde peine de prison aux Etats-Unis.
23.03.2026, 05:3523.03.2026, 05:35
Numéro de la ressource : 2519008495

Les menottes reposent sur des piles de billets de cent dollars sur une table. Photo conceptuelle sur la fraude financière, les escroqueries et les crimes avec de l ...
La justice américaine ne plaisante pas avec les escroqueriesImage: Shutterstock/d_odin
Christian Mensch / ch media

Tout au long de sa carrière, Martin Schläpfer (67 ans) a été impliqué dans les affaires de nombreuses entreprises suisses. Toutes ont été été liquidées ou mises en faillite après que de l’argent a mystérieusement disparu de leurs caisses ou que plus personne n'était joignable. L’une d’entre elles était le groupe Malom, acronyme de «Make a lot of money» (littéralement, «Gagner gros»). C’est cette affaire qui l’a conduit en prison.

Depuis l'année dernière, Schläpfer est en détention préventive dans l'Etat américain du Nevada. Visé par un mandat d'arrêt international, il avait été arrêté en Italie en 2024 et extradé depuis ce pays. Schläpfer a plaidé coupable aux Etats-Unis afin d'obtenir la peine la plus légère possible. En effet, la peine maximale pour les délits financiers qui lui sont reprochés est de 20 ans d'emprisonnement.

Aux Etats-Unis, grâce à des intermédiaires locaux, le groupe Malom a attiré des particuliers fortunés tentés par des investissements risqués mais potentiellement très rentables. Les enquêteurs ont identifié une trentaine de personnes, qui ont versé ensemble onze millions de dollars. Ces virements étaient censés constituer un acompte pour une véritable bonne opération qui devait être réalisée en collaboration avec le groupe financier suisse Malom Invest, présenté comme solide et performant.

Des faux et du toc

Les justificatifs bancaires, qui faisaient état d’une fortune de plusieurs centaines de millions, étaient falsifiés et l’argent avancé a fini dans les poches des escrocs. L’opération (2009-2011) était frauduleuse de bout en bout, tout comme le projet suivant: la vente d’obligations d’Etat brésiliennes sans valeur (2011-2013). C’est alors que la justice américaine a mis fin à ces agissements.

Six personnes impliquées avaient déjà été inculpées avant Noël 2013. La première condamnation pour «association de malfaiteurs en vue de commettre une escroquerie» a été prononcée en 2015. Deux complices ont été condamnés un an plus tard, puis un autre en 2020. Schläpfer et un associé suisse ont échappé à la justice américaine.

Au moment de son inculpation, Schläpfer était en détention préventive à Zurich. En effet, depuis le milieu des années 1990, son parcours était jalonné d’affaires d’escroquerie.

Un faux prince et un escroc célèbre

Dans les années 1990, Schläpfer s'est associé à la société zurichoise Burns & Gimble pour monter un projet touristique en Turquie, dont les pertes ont été supportées par la Banque cantonale bâloise. Son associé de l'époque est devenu, par la suite, l'un des plus proches partenaires du fameux escroc Dieter Behring. L'équipe ne s'est pas arrêtée là: en 2004, Schläpfer s’est mis en scène avec un faux prince de la maison de Thurn und Taxis en affirmant vouloir racheter le système Behring avec la société Northamerican Sureties (NAS). Quelques jours plus tard, cette mascarade prenait fin et Schläpfer se lançait dans de nouvelles aventures fantaisistes.

Trois ans plus tard, le journal économique Cash et le Tages-Anzeiger ont rapporté, sans se concerter, des affaires d'escroquerie dans l'entourage de Schläpfer. Dans le premier cas, un petit investisseur se trouvait privé de 300 000 francs, car la NAS n’avait pas versé la garantie promise. Dans l’autre cas, dix millions de francs manquaient à l’appel dans le cadre de la construction d’un hôtel au Luxembourg. Ces deux affaires ont en commun le fait que les créanciers ont été tenus en haleine par des promesses sans cesse renouvelées.

Des aveux stratégiques

Schläpfer n'était pas non plus un inconnu aux Etats-Unis. En 2006, la filiale américaine de la NAS s'était vu infliger une amende de 100 000 dollars par l'autorité de surveillance des assurances pour avoir mené des activités non autorisées. Fin 2007, le directeur général américain de la NAS a été reconnu coupable de tentative de fraude pour un montant de 800 000 dollars.

Schläpfer était lui aussi poursuivi par la justice américaine. Il était alors joignable en Suisse et, interrogé sur cette affaire, avait déclaré que la procédure portait sur des paiements de commissions liés à une transaction avortée. La NAS serait, toutefois, totalement étrangère à cette affaire et son aveu de culpabilité aurait été «purement stratégique».

Alors que la NAS s'est faite plus discrète, sa société sœur, Malom Group, s'est montrée plus active. Après la mise en accusation aux Etats-Unis en 2013, rapportée notamment par la Handelszeitung, les sociétés suisses de Schläpfer ont été progressivement liquidées. Lui-même n'est plus apparu dans aucune fonction officielle.

Son séjour en Italie lui aura été fatal. Le bras long de la justice américaine l’a rattrapé. Schläpfer ne peut pas espérer bénéficier de la prescription. Le 10 mars, les autorités ont annoncé que Martin Schläpfer, en fuite depuis onze ans, avait plaidé coupable. Un juge fédéral prononcera la peine le 9 juin prochain. (trad.: mrs)

Dans les coulisses de l’annonce de la prog' du Paléo
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