Pourquoi les emballages de Capri-Sun font polémique
C'est l'un de ces produits dont l'emballage finit souvent par terre. Capri-Sun serait, d'après son fabricant, la boisson pour enfants la plus populaire au monde. Mais sa gestion en fin de vie fait régulièrement l'objet de critiques, y compris quand on la jette dans une poubelle.
La petite poche de Capri-Sun est en polypropylène. Contrairement aux canettes en aluminium ou aux bouteilles en PET, il n'existe pas sur la voie publique de points de collecte spécifiques pour ces gourdes souples. Donc on les élimine avec les déchets ménagers voués à l'incinération. Pourtant, certains emballages de Capri-Sun arborent une mention verte indiquant en lettres blanches: «Recyclable».
Dans un entretien accordé à Schweiz heute, le directeur général, Roland Weening a récemment tenté de se justifier. Il a critiqué les nombreuses réglementations environnementales de l'Union européenne, qui, selon lui, manquent souvent de cohérence. La directive sur les plastiques à usage unique s'intéresserait ainsi principalement aux déchets abandonnés dans la nature et aux ordures. «Mais la réglementation européenne sur les emballages est un sujet bien plus important. Elle exige qu'ils soient recyclables. Or, ces deux objectifs ne sont pas toujours compatibles».
L'entreprise critique notamment la paille en papier imposée par la loi, que les consommateurs doivent enfoncer dans la boisson.
Selon Roland Weening, cela n'a guère de sens. «On ne considère alors plus le sachet comme recyclable, parce qu'il est en quelque sorte contaminé par la paille en papier».
La mention en question ne figure donc que sur les gourdes équipées d'un bouchon et dépourvues de paille. Reste que celles-ci finissent aussi dans les déchets ménagers.
«On frôle le greenwashing»
Outre-Sarine, la Fondation pour la protection des consommateurs (SKS)* ne voit pas d'un bon œil ce type de promesse écologique. «L'affirmation "recyclable" nous dérange depuis longtemps», explique sa responsable juridique, Livia Kunz. «Elle laisse entendre que le sachet est effectivement recyclé»
En théorie, de nombreux matériaux sont recyclables. Dans la pratique, il faut toutefois nuancer cette affirmation, estime Livia Kunz. Les emballages ne sont pas nécessairement collectés, triés et recyclés. De plus, dans de nombreux cas, le matériau recyclé a une qualité inférieure à l'original.
La fondation indique examiner l'opportunité de prendre contact avec Capri-Sun à ce sujet.
D'autres démarches envisagées
La Fondation pour la protection des consommateurs pourrait également saisir la Commission suisse pour la loyauté afin qu'elle examine le dossier. Si ses décisions ne sont pas juridiquement contraignantes, elles sont prises en considération par les acteurs du secteur. Enfin, la loi fédérale contre la concurrence déloyale offre une base légale pour engager des actions concernant des allégations de greenwashing.
De son côté, Roland Weening ne semble voir aucun problème dans cette communication sur le recyclage. Interrogé par Schweiz heute sur le fait que, malgré la mention, les sachets finissent majoritairement dans les ordures ménagères, il a répondu: «J'ai visité de nombreux centres de recyclage en Europe et j'ai vu que les sachets y étaient triés grâce à des capteurs et à des appareils à infrarouge». Il n'a toutefois avancé aucun chiffre permettant d'étayer cette affirmation, notamment pour le marché suisse. Selon lui, les taux de recyclage varient d'un pays à l'autre.
(Traduit de l'allemand par Valentine Zenker)
