Cet outil prouve que la Suisse peut fonctionner sans pétrole
Se défaire du pétrole d'ici 2050, tel est l'objectif. Et le temps presse. Pour atteindre le zéro, il faut désormais accélérer. Speed2Zero, c'est justement le nom d'une initiative portée par les principales universités et instituts suisses, sous la direction de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), destinée à contribuer à ce but. Reto Knutti, climatologue à l'EPFZ, explique:
Il s'agirait de traduire les connaissances scientifiques acquises en possibilités d'action concrètes et de fournir des outils opérationnels. La Suisse serait l'un des pays les plus innovants et les plus riches, avec une main-d'œuvre excellemment formée. Pourtant, le pays n'avancerait pas assez vite, faute de mutualisation des connaissances et de mise en œuvre.
Les premiers résultats de Speed2Zero montrent le potentiel de nouvelles technologies, comme le stockage du CO₂ dans le sol ou les matériaux isolants d'origine végétale. Des modèles ont par ailleurs calculé simultanément le réseau électrique européen et le climat, et montrent que le système énergétique du futur doit être protégé contre les événements météorologiques extrêmes.
Un outil pour identifier des sites propices
L'outil interactif Swiss-Solar-Wind-Explorer de l'EPFZ est accessible à tous. Le chercheur Marc Preusser indique:
L'outil tient compte des exigences légales, des contraintes techniques ainsi que d'aspects tels que la biodiversité et le paysage. Marc Preusser précise:
Dans le domaine de l'énergie, il est question, par exemple, du rendement éolien ou solaire et des prérequis techniques, comme des pentes trop abruptes ou un sous-sol inadapté. En matière de biodiversité, les zones protégées et les surfaces à haute valeur écologique sont intégrées comme critères. Dans le domaine du paysage, l'image paysagère et les espaces sensibles jouent notamment un rôle. L'Explorer se prête avant tout à une première évaluation stratégique.
Point important: l'Explorer montre avant tout qu'il existe un potentiel suffisamment élevé en énergies renouvelables, et que l'on n'a pas besoin pour cela de recourir ni aux zones protégées ni à d'autres zones particulièrement précieuses pour la biodiversité. Florian Altermatt, chercheur à l'Eawag, explique:
«Une autre conclusion de Speed2Zero est que l'acceptation d'une combinaison de photovoltaïque et d'agriculture est plus grande que celle du photovoltaïque en montagne», renchérit Reto Knutti. Il apparaît en outre que plus de 50% des énergies renouvelables nécessaires peuvent être produites sur des infrastructures existantes: par exemple, du photovoltaïque sur les toits et au-dessus des parkings.
Cela ne suffira toutefois pas entièrement; il faudra également construire dans les zones agricoles et dans les Alpes pour pouvoir se passer des carburants fossiles.
Dans le cadre de Speed2Zero, les modèles sont conçus pour ne pas se limiter à la situation actuelle. Ils montrent, en croisant les scénarios climatiques, énergétiques et de protection des espèces, où les meilleures zones protégées devront être créées à l'avenir.
Des mesures pour l'heure insuffisantes
Un modèle a également été développé, montrant la présence actuelle et future de 7500 espèces animales et végétales: où elles disparaîtront ou se répandront, et quelles surfaces sont importantes pour prévenir leur disparition. Altermatt précise:
Le projet Speed2Zero ne sera pas directement poursuivi en raison des mesures d'économies de la Confédération. «Mais beaucoup d'idées continuent de vivre dans d'autres projets», dit Knutti. Les thématiques de l'énergie, de la biodiversité et du climat devraient être traitées conjointement et traduites dans la pratique. «Même si la conjoncture thématique est actuellement dominée par la géopolitique, la sécurité ou l'IA», selon Knutti.
A long terme, il serait moins coûteux d'être indépendant du pétrole et du gaz, car cela bénéficierait à l'environnement et permettrait l'innovation et la création de valeur dans le pays. Cependant, Reto Knutti prévient:
Par ailleurs, la Suisse voudrait compenser une part substantielle de ses émissions à l'étranger, alors qu'il est évident que la plupart de ces projets ne tiennent pas ce qu'ils promettent. Ou auraient été réalisés sans l'argent suisse de toute façon, d'après Reto Knutti.
Si nous voulons toutefois disposer d'un approvisionnement énergétique sûr en Suisse, il faut aussi accepter les infrastructures nécessaires à cet effet, comme les installations solaires et éoliennes.
