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Environnement

La Suisse est trop laxiste dans sa lutte contre les PFAS

5,1 millions de Suisses concernés: Berne est jugé trop laxiste

Les Académies demandent des valeurs limites plus strictes pour les PFAS et s’opposent à la dilution des aliments contaminés. Des médecins réclament eux aussi davantage de protection.
22.09.2026, 12:0022.09.2026, 13:33
La Suisse est trop laxiste dans sa lutte contre les PFAS
Les PFAS désignent plusieurs milliers de composés chimiques synthétiques présents dans le Téflon des poêles les vestes imperméables ou encore les peintures et emballages alimentaires.Image: montage watson
Bruno Knellwolf

Les composés PFAS sont aujourd’hui présents pratiquement partout: dans les sols, les lacs, rivières et nappes phréatiques, mais aussi dans les aliments et l’eau potable. Le Conseil fédéral entend donc mieux encadrer cette contamination au moyen d’un train d’ordonnances sur le droit alimentaire. Il prévoit des valeurs maximales plus strictes pour l’eau potable ainsi que des dispositions transitoires concernant les aliments contaminés aux PFAS.

Deux questions cruciales se posent:

  • A quel niveau fixer les nouvelles valeurs maximales de PFAS dans l’eau potable?
  • Faut-il autoriser temporairement le mélange d’aliments trop fortement contaminés aux PFAS avec des produits moins contaminés, avant de les commercialiser?

Des valeurs limites de PFAS trop élevées pour l’eau potable

Les Académies suisses des sciences jugent trop élevée la nouvelle valeur maximale proposée pour quatre PFAS particulièrement préoccupants, fixée à 20 nanogrammes par litre. Car c’est l’exposition totale qui est déterminante. L’Autorité européenne de sécurité des aliments a fixé une dose hebdomadaire tolérable pour les quatre PFAS les plus préoccupants. Cette valeur tient compte de toutes les sources d’exposition – notamment le poisson, les œufs, la viande et d’autres aliments.

Avec une valeur maximale de 20 nanogrammes par litre pour l’eau potable, cette dose totale tolérable serait déjà presque atteinte, écrivent les Académies dans une prise de position. Elles proposent donc de fixer une valeur maximale nettement plus basse pour l’eau potable, à 4,4 nanogrammes par litre. La période transitoire prévue de trois ans devrait également être raccourcie.

Des aliments mélangés pourraient être vendus

La Confédération souhaite, par ailleurs, autoriser, pendant une période transitoire, le mélange d’aliments dont la teneur en PFAS dépasse les valeurs maximales en vigueur avec des aliments de même nature moins contaminés. Si le produit final respecte ainsi la teneur maximale prévue par la loi, il pourrait ensuite être commercialisé.

Les scientifiques s’y opposent. Le simple fait de mélanger les aliments n’élimine aucun PFAS. La quantité de polluants présente dans les produits contaminés reste identique: elle est simplement répartie dans une quantité plus importante d’aliments. Malgré les valeurs maximales, ces substances continueraient donc à entrer dans la chaîne alimentaire.

Cette situation est problématique, car les PFAS ne sont pas absorbés par l’intermédiaire d’un seul produit, mais à travers de nombreux aliments ainsi que l’eau potable. «Comme certaines de ces substances ne sont en outre éliminées que très lentement par le corps humain, l’exposition s’accumule sur une longue période», écrivent les Académies.

L'organe scientifique regrette que le Conseil fédéral et le Parlement ne veuillent pas financer l’étude suisse sur la santé qui était prévue. Celle-ci aurait notamment permis de mesurer à plusieurs reprises les PFAS présents dans l’organisme et ainsi de suivre l’évolution de la santé au sein de la population. Elle aurait également permis de déterminer si les mesures réglementaires et les valeurs limites réduisent effectivement l’exposition de la population aux PFAS.

Les Médecins en faveur de l’environnement (MfE) regrettent eux aussi l’abandon de cette étude sur la santé. Selon une extrapolation, plus de 625 000 adultes présenteraient une concentration de PFAS supérieure à 20 nanogrammes par millilitre. Ces personnes devraient faire l’objet d’un examen médical.

Toujours selon cette extrapolation, quelque 5,1 millions d’adultes supplémentaires présenteraient des concentrations de PFAS pour lesquelles les groupes à risque devraient au minimum bénéficier d’un suivi et de conseils médicaux. Ces «polluants éternels» augmenteraient en effet le risque de maladie, notamment de troubles immunitaires, du métabolisme des graisses, du foie et du système hormonal, ainsi que de certains cancers et maladies intestinales. Le problème de l’exposition de la population aux PFAS n’est pas traité avec le sérieux nécessaire en Suisse, estime le médecin Bernhard Aufdereggen, président des MfE.

Les personnes concernées devraient pouvoir faire mesurer leur exposition aux PFAS de manière simple, fiable et gratuite, tout en ayant accès à des conseils médicaux. Les Médecins en faveur de l’environnement demandent en outre l’interdiction de la production et de l’utilisation des PFAS.

Les Académies suisses des sciences reconnaissent que les exploitations agricoles touchées par une contamination aux PFAS peuvent se retrouver dans une situation difficile sans en être responsables. Elles recommandent toutefois de les soutenir au moyen de mesures transitoires et d’aides plutôt que de diluer les aliments contaminés. A long terme, il faudrait réduire à la source les rejets de PFAS dans les sols et les eaux, plutôt que de réglementer ces substances uniquement en bout de chaîne alimentaire. (trad. hun)

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