L’Allemagne garde ses Patriot et place la Suisse dans une situation délicate
Ces derniers mois, les lignes téléphoniques ont chauffé entre la Suisse, l’Allemagne et les Etats-Unis. La question au cœur des discussions: Berlin cédera-t-il finalement à la Suisse les deux systèmes de défense antiaérienne Patriot qui lui étaient initialement destinés? Les Etats-Unis les avaient attribués à notre voisin du Nord parce que l’Allemagne avait cédé deux de ses propres systèmes à l’Ukraine.
Ces discussions ont été rendues possibles par le fait que les deux systèmes Patriot étaient aussi configurés pour les besoins de l'armée suisse, ce qui dérangeait les Allemands dans un premier temps. Le conseiller fédéral Martin Pfister et le chef de l’armement Urs Loher avaient confirmé, lors de la conférence de presse de fin juin, l’existence de ces discussions entre les trois pays.
Mais ces discussions n’ont pas abouti. Car l’Allemagne a finalement confirmé avoir bel et bien besoin des deux systèmes Patriot. «Les options avec l’Allemagne sont tombées à l’eau et ne peuvent donc pas être mises en œuvre», a confirmé Urs Loher, corroborant les recherches de la SRF.
Le chef d'Armasuisse ne reproche rien à l’Allemagne, souligne-t-il auprès de la SRF. Compte tenu de la situation en matière de menaces, lorsqu’il s’agit de se défendre contre des missiles, notamment de croisière, chacun pense d’abord à lui-même.
Un surcoût certain
La Suisse se retrouve ainsi dans une situation difficile. Les cinq systèmes Patriot qu’elle a commandés dès 2022 n’arriveront désormais pas avant 2032. Ils coûteront en outre nettement plus cher: auprès de la SRF, le chef de l’armement Loher évoque un surcoût de 1,7 à 4,3 milliards de francs par rapport aux 2,3 milliards prévus. Les coûts ont donc doublé, voire triplé.
A cela s’ajoute un autre problème: la pénurie de missiles guidés utilisés par le système s’est dramatiquement aggravée dans le monde, avec la guerre en Iran. Même les Etats-Unis ne disposent plus que d'un tiers de leur stock habituel, selon les informations du think tank américain Center for Strategic and International Studies (CSIS). Le stock américain serait passé d’environ 2 330 missiles à moins de 800 missiles guidés Patriot opérationnels.
Quatre systèmes
Un système de remplacement pour la défense aérienne à longue portée devient donc urgent. A la demande du ministre de la Défense Martin Pfister, le Conseil fédéral a fait évaluer plusieurs systèmes.
Selon nos informations, quatre systèmes provenant de trois pays sont actuellement en discussion:
- Le SAMP/T NG français,
- le L-SAM sud-coréen,
- le David’s Sling israélien,
- le Barak MX, lui aussi israélien.
Le système français SAMP/T, très convoité par les Etats européens, devrait être le choix prioritaire. Toutefois, au Département fédéral de la défense, le système sud-coréen L-SAM est lui aussi considéré comme prometteur.
Les options d'Armasuisse
«Nous avons examiné et évalué les réponses des fournisseurs. Il en ressort différentes options», nous déclare le chef de l’armement Urs Loher. Il veut soumettre ces options au Conseil fédéral aussi rapidement que possible.
Le dossier devrait parvenir au Conseil fédéral au plus tard le 18 septembre. «Les travaux avancent avec une priorité élevée», affirme Loher. «Afin qu’un contrat puisse être conclu vers la fin de l’année, le dossier doit encore franchir cette année à la fois le processus du Conseil fédéral et celui du Parlement.»
Mais jusqu’à aujourd’hui, le Conseil fédéral n’a donné aucun feu vert à l’acquisition d’un système de remplacement pour la défense aérienne à longue portée. Le principal point de désaccord semble être son financement. «Pour le financement d’un deuxième système, cinq milliards de francs sont prévus dans le cadre du financement supplémentaire de 24 milliards demandé par le Conseil fédéral pour l’armée», indique le chef de l’armement. Un milliard de francs supplémentaire doit couvrir les surcoûts de l’acquisition des Patriot. Mais cette somme ne devrait pas suffire.
Urs Loher part du principe que la question du financement est ainsi réglée. Mais l’Administration fédérale des finances semble voir les choses autrement. Selon la NZZ, elle a exigé, lors de la consultation des offices que le financement soit repensé. Même avec une hausse de la TVA, il n’existerait vraisemblablement «pas de marge de manœuvre suffisante» pour ces dépenses d’un montant de six milliards de francs.
