Scandale F-35: «Il faut mettre de l’ordre dans cette maison de fou»
Un observateur avisé des questions militaires suisses l’affirme sous couvert d’anonymat: «Il faut mettre de l’ordre dans cette maison de fou.» Il vise là le Département de la défense (DDPS) et armasuisse, dont l’image sort abîmée du rapport de la commission de gestion du Conseil national relatif au «prix fixe» du F-35, qui s’est révélé trompeur.
Les Verts fulminent. Ils n’oublient pas que la gauche dont ils font partie avait retiré l’initiative «Stop F-35» en septembre 2022, après que le DDPS leur avait brûlé la politesse en signant le contrat d’acquisition de trente-six de ces appareils américains pour un coût de six milliards de francs – le dépassement de la facture pourrait atteindre 1,3 milliard de francs. Le conseiller aux Etats écologiste neuchâtelois Fabien Fivaz en garde un souvenir amer:
Les Vert.e.s demandent une commission d'enquête parlementaire. Fabien Fivaz:
Les Verts sont pour l’instant les seuls à exiger une commission d’enquête parlementaire. Les autres partis semblent vouloir s’accorder le temps de la réflexion avant de décider d’éventuelles actions à mener. Comme on attend de voir de quel côté tombera la pièce. Dans l'immédiat, les socialistes crient au scandale et n’excluent pas d’emprunter la voie juridique. Son co-président Cédric Wermuth l’affirme dans un communiqué du parti:
«Je suis perplexe»
Les partis bourgeois, qui ont soutenu l’acquisition du F-35, ne ménagent pas les potentiels responsables de ce qui apparaît comme un fiasco, au mieux comme un énorme couac.
Le conseiller national genevois du Centre Vincent Maitre se dit «perplexe».
Viola Amherd: «Responsable mais pas coupable»
L’élu centriste épargne à peine l’ex-cheffe du DDPS en charge du dossier F-35, Viola Amherd, du Centre comme lui: «Son rôle n’était pas de mener les tractations avec le constructeur américain Lockheed Martin. Sa responsabilité est politique. Selon la formule consacrée, je dirais, à son propos, responsable mais pas coupable.»
Membre de la commission de gestion du National à l’origine du rapport accablant le DDPS et armasuisse, la vert’libérale vaudoise Céline Weber précise: que
Pour Céline Weber, «il est choquant qu’une expertise sur le prétendu prix fixe ait été confiée par deux fois à la même étude d’avocats (réd: Homburger), que des pièces du contrat manquent à l’archivage, que l’externalisation des tâches contractuelles n’ait pas été contrôlée par le service juridique d’armasuisse, ou encore que le Parlement ait été informé tardivement.»
Membre également de la commission de gestion du National, le PLR Laurent Wehrli ne voit pas la nécessité d’une commission d’enquête parlementaire.
«Contre qui et pourquoi?»
Des suites juridiques? «Vu les commentaires d’experts du droit, se posent les questions "contre qui et pourquoi?"», indique Laurent Wehrli. Le Vaudois tient à remettre le choses dans leur contexte: «Le peuple suisse a voté en 2020 une enveloppe de six milliards de francs pour l’acquisition d’un nouvel avion de combat. A partir de là, un choix d’appareil a été fait et un contrat d’achat a été négocié. Que des erreurs aient été commises côté suisse, c’est indéniable, et l’on n’a pour l’heure pas de réponse au fait que le Parlement ait été informé en juillet 2025 seulement qu’il n’y aurait pas de prix fixe, alors que Mme Amherd le savait semble-t-il en 2024 déjà.»
Laurent Wehrli d’ajouter:
«Responsabilité collective»
L’observateur des questions militaires cité plus haut sous couvert d’anonymat pointe une «responsabilité collective» dans le scandale du «prix fixe» qui n’en était pas un.
«Le choix du F-35 n’est pas le problème»
Pour notre interlocuteur, «le choix du F-35 n’est pas le problème, c’est clairement le meilleur avion, même si l’on pouvait penser que la Suisse choisirait le Rafale pour des raisons politiques». «Le problème, c’est la manière dont l’après a été géré.»
Et de ponctuer ses remarques par un rappel se voulant ironique:
