Pourquoi le 11-Septembre reste gravé dans les mémoires
A contrario d'autres catastrophes passées, les attentats du 11 septembre 2001 ont marqué durablement les esprits en Suisse et dans le monde. Une réalité qui s'explique par la guerre du Golfe qui a suivi et les images emblématiques diffusées en boucle.
Comme sans doute la plupart des personnes qui avaient un certain âge à l'époque, il se souvient très bien des attentats-suicide d'Al-Qaïda du 11 septembre 2001, explique Daniel Künzler, sociologue et maître de conférences à l’université de Fribourg. Et ce, bien qu’à l’époque, les images vidéo aient encore été diffusées à la télévision et non sur les téléphones portables, explique-t-il à Keystone-ATS
Beaucoup de personnes ont regardé ces images en boucle, incapables de détourner le regard.
Pour autant, Künzler ne pense pas que le sentiment d’une menace directe ait été particulièrement présent en Suisse. «Ici dominait plutôt un vague sentiment que le monde ne serait plus le même qu’avant les attentats.» Ce sentiment s’est concrétisé avec la guerre du Golfe qui a suivi et qui a certainement contribué à graver les attentats dans les mémoires.
Les conséquences les plus lourdes, à savoir le développement massif aux Etats-Unis d'une industrie de sécurité privée, n’étaient pas perceptibles pour la plupart des Suisses, estime le sociologue.
Méfiance envers les musulmans
Dans notre pays, on a toutefois pu constater que les personnes de confession musulmane, ou perçues comme telles, ont fait l’objet d’une méfiance croissante. «Il n’y a pas seulement eu des reproches plus ou moins tacites, mais aussi une instrumentalisation politique ouverte, comme avec l’initiative sur les minarets», explique Daniel Künzler. Le 11 septembre n’a pas déclenché ces ressentiments antimusulmans, mais il les a certainement attisés.
L'attention soutenue portée pendant des années au 11 septembre devrait toutefois plutôt être une exception, selon le sociologue. «Combien de fois avez-vous pensé à la situation à Gaza ces dernières semaines?», interroge Künzler. Le fait que les crises semblent s’abattre sur nous à un rythme de plus en plus soutenu favorise plutôt le refoulement ou l’oubli.
Le souvenir de la récente fusillade à Aarau devrait lui aussi s’estomper avec le temps. Le 11 septembre est sans cesse rappelé par des images marquantes, ce qui entretient le souvenir. «Sans commémoration institutionnelle et médiatique, et en l’absence d’images emblématiques, on ne se souviendra pratiquement plus de l’attaque d’Aarau dans 25 ans – à moins qu’un article ne paraisse quelque part dans la presse.» (dal/ats)
