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L'UDC fait déchirer la constitution suisse à Ursula von der Leyen

«L'UDC devrait s'excuser et supprimer cette vidéo»

L’UDC zougoise fait campagne contre les accords bilatéraux dans une vidéo en partie générée par IA et diffusée sur Instagram. Décryptage avec un spécialiste des médias, que la situation inquiète.
15.09.2026, 16:5715.09.2026, 19:20
Nathalie Reichlin / ch media

Baignée dans une lumière dorée, Irène Meier, candidate UDC au Grand Conseil zougois, lance un appel à la population sur Instagram:

«C'est maintenant que tout se joue!»

Un décor de carte postale cède ensuite sa place à Ursula von der Leyen, le regard sombre, déchirant la Constitution suisse. Cette représentation de la présidente de la Commission européenne a manifestement été générée par l’intelligence artificielle.

La vidéo en question:

Vidéo: instagram

Pour Reto Vogt, ce clip va au-delà d’un message de campagne volontairement provocateur. Journaliste spécialisé dans les technologies, il est également membre de la direction du MAZ, le principal institut suisse de journalisme et de communication en Suisse alémanique. Il nous explique pourquoi ce cas pose problème à ses yeux et l'impact de telles séquences sur le débat démocratique. Il clarifie aussi la différence entre l’IA utile et désinformation.

Comment jugez-vous la vidéo de l’UDC zougoise?
Reto Vogt:
Cette vidéo est très problématique. L’UDC zougoise instrumentalise une personnalité politique de premier plan, Ursula von der Leyen, pour sa campagne électorale. Ce n’est pas acceptable et cela présente des caractéristiques de manipulation et de désinformation délibérées.

Reto Vogt est journaliste indépendant et expert en IA, médias et technologies.
Reto Vogt est journaliste indépendant et expert en IA, médias et technologies.dr/Manuela Matt

Qu’est-ce qui rend ce cas si problématique à vos yeux?
La vidéo porte atteinte au droit de la personnalité d’Ursula von der Leyen. Il s’agit de ce que l’on appelle un deepfake, c’est-à-dire d’une falsification de son visage générée par l’IA.

«Représenter une personne sans son consentement ou publier une telle représentation sans son accord est punissable»

Ursula von der Leyen pourrait engager une action en justice. Je recommanderais au parti de présenter ses excuses et de supprimer la vidéo.

L’utilisation de l’intelligence artificielle en campagne électorale dérange-t-elle toujours forcément?
Non, elle peut tout à fait être un outil pratique dans une campagne, par exemple pour améliorer une photo prise de travers ou pour obtenir de l’aide dans la création de slogans. En revanche, créer des deepfakes à l’insu des personnes concernées est absolument à proscrire. Dans ce cas précis, l’UDC zougoise a clairement franchi une limite.

Il y a quelques années, l'IA générait souvent des individus à six doigts, par exemple. Est-ce toujours le cas?
Non, cette époque est révolue. Il faut donc aujourd’hui impérativement tenir compte du contexte d’une vidéo.

«Si Ursula von der Leyen acceptait réellement de participer à une campagne de l’UDC, les médias de toute l’Europe en parleraient»

Ici, l’utilisation de l’IA saute aux yeux, car la mise en scène est outrancière et les mimiques comme les gestes ne correspondent manifestement pas à la dirigeante. Cela ne justifie toutefois pas l’utilisation de son visage.

Le fait qu’une vidéo soit authentique ou générée change-t-il son impact sur l’électorat?
D’un côté, le recours à l'IA peut évidemment nuire à la crédibilité d’un parti. De l’autre, l’IA permet de renforcer un message. On voit quelqu'un qui, dans la réalité, n’accepterait jamais d’apparaître dans ce clip. L’UDC zougoise cherche ainsi à susciter un sentiment hostile à l’Union européenne, ce qui fonctionne bien grâce aux algorithmes de plateformes comme TikTok ou Instagram.

Quelles conséquences cela a-t-il sur le débat démocratique?
Quand les partis communiquent au moyen de messages provocateurs et émotionnels, la polarisation s'accentue. Le risque de désinformation augmente en conséquence. Ce phénomène n’est pas nouveau, mais l’IA permet de produire ce type de contenu beaucoup plus rapidement et facilement.

Ces cas se multiplient-ils?
Je ne l’ai pas constaté. Mais des responsables politiques utilisent régulièrement l’IA pour créer des deepfakes et tester, voire franchir, certaines limites.

«Ils publient des images ou des vidéos, attendent qu’elles produisent leur effet, puis présentent leurs excuses. Mais le message a déjà atteint son objectif»

Un exemple, et probablement l’un des premiers deepfakes politiques en Suisse, est celui du conseiller national UDC, Andreas Glarner. En 2023, il avait publié une vidéo dans laquelle la conseillère nationale Verte, Sibel Arslan semblait faire de la publicité pour l’UDC.

Que faudrait-il pour éviter que ce genre de vidéos ne devienne la norme?
Dans l’idéal, tous les partis devraient respecter des principes communs, s’engager à ne pas produire de deepfakes et à ne pas franchir ce type de limites. Signaler les contenus générés par l’IA peut, par exemple, constituer un pas dans la bonne direction. Avec l’AI Act, l’Union européenne dispose déjà d’une réglementation en la matière.

«La Suisse doit elle aussi avancer sur le plan réglementaire et, par exemple, encadrer l’utilisation de l’IA dans la communication politique»

L’UDC zougoise ne souhaite pas commenter l’analyse de l’expert ni la vidéo concernée.

(Traduit et adapté par Valentine Zenker)

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Video: watson
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