L'homme qui a attaqué une garderie suisse a trouvé ses victimes sur ChatGPT
Il était presque midi ce mardi d'octobre 2024 lorsque les enfants de l’école enfantine de Gubel prennent le chemin de l’accueil parascolaire, à Zurich Oerlikon. Au menu: des gnocchis gratinés à la courge. Mais les enfants et le personnel qui les accompagne n’arriveront jamais jusqu’à leur repas. Avant même que le groupe n’atteigne l’accueil parascolaire, un homme se jette sur eux et attaque les enfants au couteau.
Trois enfants sont grièvement blessés, mais survivent à l’attaque grâce aux soins médicaux. La responsable de l’accueil parascolaire permet également d’éviter un bilan plus lourd: avec l’aide d’un passant, elle maîtrise l’agresseur et le retient jusqu’à l’arrivée de la police. L’auteur, un étudiant chinois alors âgé de 23 ans, reconnaîtra ensuite les faits.
La terrible attaque du 1er octobre 2024 avait bouleversé la Suisse. La question du «pourquoi» continue probablement de hanter les enfants concernés et leurs familles.
Jeudi et vendredi, l’homme, aujourd’hui âgé de 25 ans, doit comparaître devant le Tribunal de district de Zurich pour plusieurs tentatives de meurtre. Le Ministère public requiert une peine privative de liberté de quinze ans, assortie d’un traitement ambulatoire, ainsi qu’une expulsion du territoire suisse pour une durée de quinze ans.
L’acte d’accusation du Ministère public fournit désormais, pour la première fois, des éléments permettant de comprendre comment cet acte a pu se produire. L’essentiel en quatre points.
L’arrivée de ce jeune Chinois en Suisse
En août 2023, celui qui avait alors 23 ans quitte la Chine pour la Suisse afin d’effectuer un master en linguistique informatique à l’Université de Zurich. Selon l’acte d’accusation, il ne se sent toutefois pas respecté en Suisse et devient de plus en plus malheureux.
Au début du mois d’août 2024, il aurait décidé de tuer des gens. Un changement d’état d’esprit semble également perceptible dans son activité sur les réseaux sociaux: alors qu’il partageait au départ des photos de Zurich et de ses vacances, ses publications deviennent de plus en plus confuses à l’approche de l’attaque.
Quelques jours avant les faits, il commente ainsi une invitation de l’Université de Zurich à une table ronde consacrée à l’indépendance de Taïwan:
Le jour de l’attaque, il publie également un message au contenu exalté et sexuel qui, selon l’acte d’accusation, s’adressait à une ancienne connaissance chinoise ou parlait d’elle.
La préparation de l'attaque sur ChatGPT
Selon l’acte d’accusation, le jeune homme a minutieusement préparé son attaque. Avec ChatGPT, il aurait d’abord discuté des conséquences juridiques de «différents scénarios consistant à tuer des victimes choisies au hasard en les poignardant». En prévision de son passage à l’acte, il commande à la mi-septembre des vêtements sur Internet ainsi qu’un assortiment de quatre couteaux universels ou de cuisine de différentes tailles.
Il utilise ensuite Google et ChatGPT pour rechercher où et quand il pourrait trouver des enfants dans la ville de Zurich. Vers la fin du mois de septembre, il recherche sur ces plateformes des représentations anatomiques de la tête, du cou et du torse humains ainsi que des vaisseaux sanguins. Le 30 septembre, il achète de la viande de bœuf crue afin de s’entraîner à donner des coups de couteau et à pratiquer des entailles.
Le prévenu fixe la date de son terrible passage à l’acte au 1er octobre 2024 – un choix qui n’est probablement pas dû au hasard, puisqu’il s’agit également de la fête nationale chinoise. Après avoir publié son dernier message sur les réseaux sociaux, il quitte son domicile situé non loin du lieu de l’attaque, armé de deux couteaux.
L'attaque
Peu après midi, l’homme tombe sur un groupe d’enfants de l’école enfantine qui s’apprête à traverser la Berninastrasse, à Oerlikon. Avec un couteau dont la lame mesure 8,5 centimètres, il se met soudainement à poignarder les enfants. La responsable de l’accueil parascolaire s’interpose et lui immobilise les bras. Lorsque l’agresseur comprend qu’il ne peut plus se défendre, il jette son couteau et se rend. Des passants accourent également et le maintiennent jusqu’à l’arrivée de la police municipale zurichoise.
Le Ministère public qualifie les faits de particulièrement dépourvus de scrupules, estimant que l’auteur avait délibérément choisi des enfants d’âge préscolaire, des victimes vulnérables et sans défense. Il aurait agi sans manifester la moindre émotion et avec un sang-froid exceptionnel:
Les conséquences
Les coups de couteau portés par le ressortissant chinois ont grièvement blessé trois enfants, alors âgés de 5 ans. Comme l’expose l’acte d’accusation, deux d’entre eux n’ont pu être sauvés que grâce à une intervention médicale rapide. Le troisième enfant a eu de la chance dans son malheur: ses blessures à l’arme blanche n’ont pas mis sa vie en danger. Néanmoins, l’acte d’accusation ne fait aucune mention des conséquences psychologiques.
L’étudiant chinois se trouve quant à lui en exécution anticipée de peine depuis fin avril 2025, à l’établissement pénitentiaire de Pöschwies. Sur son profil Linkedin, il indique avoir achevé son master à l’Université de Zurich en juin 2026. Selon Blick, sa défense ne souhaite pour l’heure pas s’exprimer davantage sur les faits. (trad. hun)
