Pourquoi les bistrots lausannois préfèrent un Mondial sans Fan Zone
Pas d’écran géant sur la place de la Navigation d'Ouchy cet été pour retransmettre les matchs de foot, mais des rencontres diffusées dans les bars, des terrasses pleines et des supporters dans les rues. A la demande de watson, GastroLausanne vient de tirer un bilan de cette Coupe du monde sans grande fan zone dans la capitale vaudoise.
L’association se montre très favorable à cette expérience et aimerait désormais voir ce modèle s’installer dans la durée. Cette situation n’avait pourtant pas été choisie. Le Mondial, organisé du 11 juin au 19 juillet, a coïncidé avec le G7 d’Evian, du 15 au 17 juin, qui a nécessité un important dispositif sécuritaire dans toute la région lémanique. Lausanne et Genève avaient ainsi dû renoncer à leurs grandes fan zones.
Sondage de GastroLausanne
Selon un sondage interne réalisé par GastroLausanne auprès de ses membres, 51,5% des établissements ayant répondu ont diffusé des matchs. Quant à l’absence de fan zone, 42,4% la jugent positive, 45,5% estiment qu’elle n’a eu aucun impact et 12,2% la considèrent comme négative.
Surtout, 72,7% des répondants disent vouloir privilégier à l’avenir les établissements publics plutôt qu’une grande fan zone et 66,6% pensent que l’absence de celle-ci a contribué à dynamiser les commerces lausannois.
Sur le plan économique, le résultat est toutefois beaucoup moins tranché. Pour le chiffre d’affaires, 36,3% annoncent une hausse, 36,4% une baisse et 24,2% une stabilité. Côté fréquentation, 36,4% constatent une hausse importante ou très importante, contre 33,3% qui évoquent une diminution. Cela n’empêche pas Alexandre Belet, président de GastroLausanne, de tirer une conclusion beaucoup plus affirmative:
Interrogé sur ces résultats contrastés, il rappelle que GastroLausanne représente des établissements très différents, du fast-food au restaurant gastronomique, dont beaucoup ne diffusent pas de football. Selon lui, les baisses constatées peuvent aussi dépendre de la météo, de la chaleur, de l’emplacement ou encore de l’absence de terrasse.
En revanche, assure-t-il, «le constat est beaucoup plus clair pour les établissements qui ont choisi de diffuser les rencontres. Ceux-ci ont constaté une augmentation nette de leur fréquentation». GastroLausanne n’a toutefois pas fourni dans son bilan initial les résultats chiffrés distinguant les établissements diffuseurs des autres.
Alexandre Belet estime également que le Mondial aurait permis de limiter le traditionnel exode estival de la clientèle du centre-ville vers le lac. Pour l’avenir, sa position est claire:
La Ville se montre plus prudente
Du côté de la Municipalité, le bilan lausannois est également positif, mais la conclusion est moins catégorique. La Ville dit avoir constaté une ambiance «globalement festive et positive», avec de fortes affluences dans le centre après certains matchs.
Les nuisances semblent par ailleurs être restées limitées. Moins d’une dizaine de plaintes liées au bruit des établissements diffusant les rencontres ont été enregistrées par le Service de l’économie. La Police municipale annonce, elle, en avoir reçu une quinzaine de son côté. Et sur une quinzaine de contrôles effectués par la Brigade de vie nocturne et de prévention du bruit, un seul a débouché sur un avertissement. Conseiller municipal chargé de la sécurité et de l’économie à Lausanne, Pierre-Antoine Hildbrand constate:
Mais contrairement à GastroLausanne, le responsable politique PLR ne condamne pas les futures fan zones. «Des discussions auront lieu avec les acteurs économiques s’agissant de la fan zone, sur la base de leurs retours.»
Davantage de nuisances sonores à Genève
A l'extrémité ouest du Léman, l’expérience donne un éclairage différent. La Police municipale genevoise a comparé les nuisances provenant des établissements publics durant le Mondial 2026, sans fan zone, avec celles de l’Euro 2024, lorsqu’une grande fan zone était installée.
Entre le 11 juin et le 19 juillet 2026, elle a enregistré 118 appels pour «bruit émanant des établissements publics» et 69 interventions sur place. Durant l’Euro 2024, du 14 juin au 14 juillet, les chiffres étaient respectivement de 56 appels et 41 interventions.
Les deux périodes n’ayant pas exactement la même durée, la comparaison brute doit être nuancée. Mais même rapportée au nombre de jours, l’augmentation demeure nette: environ 3 appels quotidiens en 2026 contre 1,8 en 2024.
Porte-parole de la Direction au Département de la sécurité et des sports de la Ville de Genève, Cédric Waelti résume pour watson:
Précision importante: les 118 appels genevois ne peuvent pas tous être automatiquement attribués aux retransmissions de football. Il s’agit de l’ensemble des cas classés par la police sous la rubrique du bruit provenant des établissements publics durant la période du Mondial. La comparaison avec 2024 reste néanmoins instructive, puisqu’elle repose sur la même catégorie policière.
Ce Mondial 2026 aura donc servi de laboratoire grandeur nature. A Lausanne, l’expérience décentralisée s’est déroulée avec peu de problèmes constatés et convainc déjà les cafetiers-restaurateurs. A Genève, les chiffres rappellent qu’éparpiller les supporters dans les établissements peut aussi disperser les nuisances dans les quartiers. Le débat sur le modèle à privilégier lors des prochaines grandes compétitions reste donc ouvert.
