Suisse
Genève

La Suisse lorgne la bande d'arrêt d'urgence de l'autoroute A1

Le Conseil fédéral a un plan décrié pour une autoroute romande

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L'autoroute A1, ici sur sa portion genevoise.Image: KEYSTONE
Après sa défaite subie en votation populaire, l'UDC et ministre des Transports Albert Rösti a dû suspendre plusieurs projets d’extension des autoroutes. Il semble désormais chercher une autre voie: celle de la réaffectation des bandes d’arrêt d’urgence.
20.06.2026, 06:1520.06.2026, 06:15
Linda Leuenberger

Il y a deux ans, le peuple suisse a rejeté l’extension des autoroutes. Le Conseil fédéral a donc dû abandonner six projets prévoyant l’ajout de nouvelles voies de circulation ou la construction de nouveaux tunnels. Cette semaine, les conseillères nationales écologistes Franziska Ryser et Christine Badertscher ont chacune déposé une interpellation afin d’obtenir des explications du Conseil fédéral.

L’objet de leurs questions est ce que l’administration appelle les PUN, pour «Pannenstreifenumnutzungen», soit la réaffectation des bandes d’arrêt d’urgence. Le Conseil fédéral évoque cette mesure dans son nouveau document stratégique Transports '45, qui expose sa vision du développement des infrastructures de transport jusqu’en 2045. Pour deux des six projets autoroutiers abandonnés après la votation, l’Office fédéral des routes (Ofrou) examine désormais si une réaffectation des bandes d’arrêt d’urgence permettrait de fluidifier le trafic aux heures de pointe.

Concrètement, il s’agit de l’A1 entre Schönbühl (BE) et Kilchberg (ZH), ainsi que du tronçon entre Le Vengeron (GE) et Nyon (VD). Sur ces deux sections, le Conseil fédéral souhaitait initialement élargir l’autoroute de quatre à six voies. Il étudie désormais la possibilité d’ouvrir les bandes d’arrêt d’urgence à la circulation durant les heures de pointe. Dans les faits, le résultat serait presque identique: la chaussée passerait alors temporairement de quatre à six voies. Selon la logique du Conseil fédéral, cette solution permettrait de fluidifier le trafic et de réduire les embouteillages.

Un projet d'extension autoroutière caché

Les conseillères nationales Franziska Ryser et Christine Badertscher jugent toutefois cette approche «difficile à comprendre» et «surprenante». Dans leurs interpellations, elles relèvent notamment que, selon l’Office fédéral des routes, les PUN ne sont explicitement pas destinées à augmenter la capacité des autoroutes. Or, dans ce cas précis, elles serviraient manifestement à cet objectif, alors même que le corps électoral a rejeté une telle augmentation de capacité il y a deux ans.

Raphael Wyss partage cette analyse. Il dirige l’association Spurwechsel, qui milite contre l’extension des autoroutes dans la région de Berne. «Le terme PUN est trompeur», affirme-t-il. En précisant:

«Il ne s’agit pas simplement d’ouvrir une bande d’arrêt d’urgence à la circulation, mais bien d’un projet d’extension à plusieurs millions.»

Selon Raphael Wyss, la plupart des bandes d’arrêt d’urgence ne sont pas suffisamment larges pour être utilisées comme voies de circulation. L’autoroute devrait donc être élargie. De plus, l’Office fédéral des routes devrait aménager au moins une aire d’arrêt d’urgence par kilomètre. Il faudrait également installer un nouveau système de signalisation indiquant si la bande d’arrêt d’urgence est ouverte ou non à la circulation.

Aucun projet concret à ce stade

Pour Raphael Wyss, l’élargissement des autoroutes ne soulage le trafic qu’à court terme. «L’expérience des dernières décennies montre que ce n’est pas une solution durable.» Selon lui, chaque augmentation de capacité a entraîné une hausse du trafic, laquelle a ensuite servi d’argument pour réclamer une nouvelle extension:

«C’est le modèle américain: toujours une voie de plus»

Il critique également le conseiller fédéral UDC. Après l’échec de la votation, le gouvernement tenterait désormais d’introduire une PUN «par la porte de derrière», grâce à une subtilité juridique: «Le Conseil fédéral peut en décider seul. Le projet n’a pas besoin d’être soumis au Parlement et un référendum n’est donc pas possible.»

Interrogé à ce sujet, l’Office fédéral des routes souligne qu’aucun projet concret n’existe encore pour les deux tronçons concernés. Si de tels projets devaient voir le jour, ils suivraient les procédures habituelles, y compris les possibilités d’opposition. L’office rappelle qu’il privilégie en principe l’élargissement classique des autoroutes, mais estime qu’une réaffectation des bandes d’arrêt d’urgence peut constituer une solution pertinente lorsqu’un tel élargissement n’est pas réalisable. (trad. hun)

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