La Poste est en train de disparaître
Lorsque l’on parle de La Poste, il est surtout question de deux choses: des prix plus élevés et des prestations réduites. Les tarifs d’envoi des lettres et des colis augmentent, le nombre d’offices de poste diminue et le facteur passe toujours plus tard. A l’avenir, même la boîte aux lettres à domicile pourrait disparaître dans certains quartiers.
Quiconque ose protester est catalogué comme un éternel passéiste. Les lettres? «Plus personne n’en écrit». Les boîtes aux lettres? «Obsolètes». Les guichets postaux? «Désertés».
Ceci car nous écrivons des e-mails plutôt que des lettres, nous envoyons des photos de vacances par Whatsapp plutôt qu’une carte postale, nous nous informons sur notre téléphone plutôt que sur papier et nous réglons nos factures non plus au guichet postal, mais à l’aide d’un QR-Code.
L'avenir n'est pas encore le présent
La réalité est plus complexe. Le volume du courrier a certes chuté de 40% au cours des quinze dernières années, mais près de 1,5 milliard de lettres ont encore été expédiées en 2025, soit environ 5 millions par jour ouvrable. C’est nettement moins qu’autrefois, mais cela représente toujours une quantité considérable.
La situation est similaire pour les journaux: le nombre d’abonnements aux éditions imprimées diminue certes continuellement depuis des années.
Pourtant, selon la toute dernière étude de l'institut Recherches et études des médias publicitaires (Remp), plus d'un million de personnes de l'autre côté de la Sarine lisent en moyenne chaque semaine la Schweiz am Wochenende, par exemple, sur papier. Là encore, c’est beaucoup.
Conclure que la presse écrite est condamnée, c’est confondre une tendance à long terme avec la réalité actuelle. C’est précisément l’erreur que risque de commettre La Poste.
Les hausses de prix, comme celles qui viennent d’être annoncées pour les courriers A et B, peuvent se justifier. Les recettes du courrier postal s’effondrent, mais les coûts ne diminuent pas dans les mêmes proportions. Les facteurs doivent en effet continuer à desservir tous les ménages, alors qu’ils déposent deux ou trois plis dans chaque boîte aux lettres.
La réduction des prestations, le vrai problème
Le véritable problème se situe ailleurs: dans la réduction continue des prestations. Car en proposant moins de services, en se retirant davantage et en abaissant ses exigences de fiabilité, on finit, avec le temps, par devenir superflu.
Avec sa révision de la loi sur la Poste, le ministre Albert Rösti trace la voie d’un démantèlement ordonné, tout en en rejetant la responsabilité sur la clientèle. Ce serait à elle de dire de combien de services postaux elle a encore besoin: moins elle réclame de prestations, moins La Poste est tenue d’en proposer.
Le Conseil fédéral a ainsi défini des «seuils» pour les différents services postaux, à partir desquels une nouvelle étape de réduction est autorisée. La Poste devient ainsi, en définitive, une entreprise qui administre son propre retrait.
La «lettre numérique» tant vantée par La Poste n’y changera rien. Premièrement, la plupart des gens possèdent déjà plusieurs comptes de messagerie électronique. Deuxièmement, après la débâcle du dossier électronique du patient, la confiance dans les compétences numériques de La Poste n'est pas particulièrement grande.
Ne rien faire n'est pas une option
Bien entendu, ne rien faire n’est pas une option. La Poste va devenir plus petite. Le volume des lettres continuera à diminuer, des guichets disparaîtront et certaines prestations ne pourront plus être maintenues partout dans les mêmes proportions qu’auparavant. Mais il y a une différence entre décliner et se dégrader.
Si La Poste veut éviter qu’un démantèlement ordonné ne se transforme en une lente agonie, elle doit commencer par chercher des économies en interne, au siège du groupe.
Elle doit aussi redevenir plus proche de sa clientèle et trouver de nouvelles idées créatives, comme à l’époque où elle avait transféré, malgré les résistances initiales, le guichet postal dans les épiceries de village. Aujourd’hui, ce modèle est extrêmement populaire, non pas parce qu’il est particulièrement moderne, mais parce qu’il apporte une réponse pratique à un problème réel.
La Poste gagnerait à regarder ce qui se passe dans d’autres secteurs, par exemple dans la restauration. Une célèbre chaîne de restaurants vient justement de décider de modifier à nouveau la présentation de ses menus, en abandonnant le QR-Code pour revenir au papier. Pas par nostalgie, mais parce que les clients préfèrent cette solution.
Car ce n’est pas parce qu’il est possible de proposer un menu numérique qu’il faut nécessairement le faire. Et ce n’est pas parce qu’une activité décline qu’il faut l’asphyxier sous les économies. (trad. btr)
