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Ukraine: Pourquoi Swiss Krono maintient ses activités en Russie

Comme si de rien n'était, ces 4 sociétés suisses continuent d'oeuvrer en Russie

Le transformateur de bois lucernois emploie toujours environ 1100 personnes dans son usine en Russie. Soit un cinquième de son effectif total. L'entreprise ne prévoit pas de s'en aller, elle estime plutôt ne pas avoir le choix de rester.
25.11.2022, 17:0326.11.2022, 00:12
Gregory Remez / ch media
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Neuf mois se sont écoulés depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Durant cette période, plus de 1000 entreprises du monde entier ont quitté le pays de l'agresseur. Mais beaucoup d'entre elles continuent à faire des affaires en Russie. L'université américaine de Yale scrute cet exode. Selon sa liste, il y a actuellement encore 230 firmes qui poursuivent leurs activités en Russie, invoquant le «Business as usual». Yale leur attribue la note «F».

Le site de production de Swiss Krono à Menznau.
Le site de production de Swiss Krono à Menznau en septembre 2019. Image: Pius Amrein

Quatre entreprises suisses figurent sur cette liste noire: EMS-Chemie, Liebherr, Zepter et Swiss Krono. Début novembre, on y trouvait également le groupe genevois de contrôle des marchandises SGS. Entre-temps, ce dernier, avec sept autres entreprises suisses, est remonté dans le classement. Il obtient désormais la note D – acceptable, comme indiqué dans le tableau ci-dessous.

Les entreprises suisses qui maintiennent leurs affaires en Russie (selon l'Université de Yale):
Avec la note de «F», les entreprises qui fonctionnent selon la devise «business as usual»: Ems-Chemie, Liebherr, Swiss Krono, Zepter.

Avec la note de «D», les entreprises aux investissements suspendus, mais poursuivant «une partie substantielle de leurs activités en Russie»: Alcon, Barry Callebaut, Glencore, Hipp, Nestlé, Novartis, Roche, SGS.

Selon l'université de Yale, cette catégorie regroupe toutes les entreprises qui, bien qu'elles n'investissent provisoirement plus en Russie, «continuent d'y mener des parties substantielles de leurs activités». Selon une porte-parole de SGS, le groupe s'était «adressé à plusieurs reprises à la Yale School of Management» afin de corriger ce F jugé peu glorieux.

Les quatre entreprises suisses restantes dans cette même catégorie n'y sont apparemment pas parvenues jusqu'à présent – bien qu'elles se sentent en partie injustement clouées au pilori. EMS-Chemie affirme ainsi avoir entre-temps réduit ses effectifs sur ses deux sites russes. Dès l'été, le groupe avait indiqué à l'Aargauer Zeitung que la production en Russie était devenue impossible en raison des sanctions – il souhaitait néanmoins maintenir son activité.

Auparavant, la directrice de EMS-Chemie, Magdalena Martullo-Blocher, avait critiqué les sanctions et interdit à son personnel d'utiliser le mot «guerre» dans la communication de l'entreprise.

Conséquences stratégiques

Le groupe Swiss Krono, lui, affirmait encore en mai qu'il exploitait son usine en Russie «en observant strictement la situation et dans le cadre des possibilités juridiques, politiques et économiques». Aux yeux de la direction, rien ne semble avoir changé fondamentalement depuis. Celle-ci continue de surveiller les événements et n'a pas pris la décision de rester à la légère, explique un porte-parole du groupe interrogé à ce sujet.

Aujourd'hui, le site de la ville russe de Sharja, à environ 600 kilomètres au nord-est de Moscou, emploie toujours 1100 personnes. Cela correspond à un peu plus d'un cinquième de l'effectif total du transformateur de bois lucernois, qui produit au niveau international à dix endroits et fournit des clients dans plus de 120 pays. En Suisse centrale, où Swiss Krono exploite un grand site de production à Menznau, environ 500 collaborateurs sont actifs.

«En tant qu'entreprise familiale, nous nous engageons pour nos employés sur tous les sites et dans tous les pays», souligne le porte-parole.

«Quitter la Russie conduirait selon toute vraisemblance à une nationalisation de l'usine»

La guerre en Ukraine a eu des conséquences sur la stratégie de Swiss Krono. Ainsi, l'usine de Sharya produit exclusivement pour le marché russe et les pays de la Communauté des Etats indépendants, un regroupement d'anciennes républiques soviétiques.

En outre, toutes les exportations vers la Russie et la Biélorussie ont été stoppées, de même que tous les investissements en cours dans l'usine russe.

Active en Russie et en Ukraine

Au cours des 20 dernières années, l'entreprise de transformation du bois a consenti, selon ses propres dires, «des investissements considérables de plusieurs millions de francs» sur son site de production russe. En cas de retrait soudain, ceux-ci seraient probablement menacés. C'est ce qui est arrivé par exemple à Renault et McDonald's, qui ont dû procéder à des amortissements de plusieurs milliards de francs après leur retrait de Russie.

«Quitter la Russie conduirait selon toute vraisemblance à une nationalisation de l'usine»
Le porte-parole de Swiss Krono

Cela affecterait fortement les possibilités financières du groupe, par exemple celle «d'investir dans nos usines ukrainiennes une fois la guerre terminée».

En Ukraine, le groupe exploite par ailleurs trois succursales pour un effectif de 730 personnes. Après l'arrêt complet de la production au début du conflit, l'activité a repris dans les deux usines de l'ouest du pays: à Brochniv depuis fin avril, à Kamianka depuis début mai.

«Comme nous employons beaucoup de personnes en Ukraine, nous sommes naturellement impactés par le conflit et la souffrance quotidienne des Ukrainiens», poursuit le porte-parole. L'accent est donc mis sur le soutien aux collaborateurs et à leur famille. Jusqu'à présent, plus de 100 Ukrainiens ont été accueillis par des collègues de Swiss Krono en Pologne, en Hongrie et en Allemagne. En outre, l'entreprise envoie des biens de première nécessité dans la région de Kharkiv notamment. Elle met gratuitement à disposition du matériel pour les organisations d'aide chargées de la construction d'infrastructures.

Traduit de l'allemand par Valentine Zenker

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