Ce projet de Parmelin «aurait de graves conséquences» sur les vins
Le vin, c'est le métier de Corinne Fischer. Son entreprise, la société Bataillard, basée à Rothenburg (LU), compte parmi les plus grands importateurs de vin du pays. Elle est en outre vice-présidente de l'Association suisse du commerce du vin.
Des marchands de vin comme vous montent aux barricades à cause des projets du ministre de l'économie Guy Parmelin. Pourquoi?
Corinne Fischer: Pour favoriser la production viticole en Suisse, le Conseil fédéral veut restreindre les importations. Ce qu'il envisage aurait de graves conséquences pour le commerce, la branche de la restauration et les consommateurs, qui devraient payer davantage.
La modification envisagée fausserait énormément le marché et constituerait une atteinte massive à la liberté économique.
La proposition prévoit que seules les personnes achetant du raisin suisse tout en produisant du vin pourront importer du vin étranger. Qu'est-ce que cela signifierait pour des marchands comme vous?
Nous dépendrions désormais d'un petit nombre d'exploitations. Nous devrions leur racheter des contingents ou les obtenir en échange de vin suisse pour lequel il n'existe aujourd'hui aucune demande. Chaque producteur pourrait fixer ses prix lui-même.
La proposition est née d'une table ronde à laquelle Guy Parmelin avait invité la branche l'an dernier. Avez-vous mal défendu vos intérêts?
Non. Mais les producteurs et leurs associations étaient largement majoritaires lors de cet échange. C'est leur proposition que le conseiller fédéral Parmelin a reprise.
La Confédération entend ainsi soutenir les vignerons, qui sont sous pression, notamment en raison des vins d'importation bon marché.
Les vins étrangers bon marché ne sont pas responsables des problèmes auxquels le vin suisse est confronté. Les vins suisses ne peuvent pas couvrir tous les segments de prix et de goût. La part des vins suisses dans la consommation totale est stable, c'est l'ensemble de la branche qui traverse la crise. En Suisse, la surface viticole est restée la même qu'il y a 30 ans, alors même que l'on consomme aujourd'hui beaucoup moins de vin.
Quelle est, dans votre entreprise, la proportion entre vin suisse et vin étranger?
15% de nos vins viennent de Suisse. Et il y a une raison à cela: de nombreux producteurs vendent leur vin directement aux détaillants ou aux restaurants, et des intermédiaires comme nous rendraient le vin bien trop cher.
Quelle solution proposez-vous?
Nous estimons qu'il ne faut pas réguler le marché, mais promouvoir les produits. L'Association suisse du commerce du vin a donc lancé l'idée d'un fonds suisse pour le marché du vin. Il s'agirait de financer ensemble des campagnes d'image, des formations ou la promotion des exportations. Nous sommes en discussion à ce sujet avec les associations de producteurs et la Confédération.
Vous l'avez déjà évoqué: le véritable problème de la branche viticole, c'est que nous buvons toujours moins de vin.
Ce phénomène ne se limite pas à la Suisse. La consommation diminue à l'échelle mondiale depuis des décennies.
Les jeunes boivent moins, beaucoup ne consomment même plus du tout d'alcool. Il y a, en outre, moins de moments de consommation: autrefois, on sortait et on buvait ensemble. Aujourd'hui, beaucoup de choses se passent en ligne.
Qu'est-ce que cela signifie pour vous?
Nous sommes tout autant sous pression que les producteurs. Le chiffre d'affaires et les ventes en pâtissent. Nous devons réagir par l'innovation, suivre les tendances et adapter notre modèle d'affaires.
Cela signifie: davantage de vin sans alcool?
La demande dans ce domaine croît fortement, les vins effervescents se vendent particulièrement bien. La qualité des alternatives sans alcool s'est nettement améliorée ces dernières années. Mais même si ce segment progresse de 20 à 30% par an, le vin sans alcool ne représente encore que 2 à 3% du marché. La situation est comparable à celle de la bière sans alcool il y a quelques années. Nous n'en sommes qu'au début.
