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Taxer les «ultras-riches»: c'est la panique en Suisse

Thomas Bruchez (médaillon), de la Jeunesse socialiste Suisse.
Thomas Bruchez (médaillon), de la Jeunesse socialiste Suisse.

Les jeunes socialistes assurent ne pas vouloir «enfermer» les riches

L'initiative de la Jeunesse socialiste pour imposer les grosses fortunes au motif du changement climatique, sème la panique chez les concernés. Et si tout cela n'était qu'un vaste bluff?
18.07.2024, 18:5419.07.2024, 08:20
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Avait-on assisté à une telle levée de boucliers depuis 1989 et l’initiative pour une Suisse sans armée? Le texte de la Jeunesse socialiste (JS), demandant une imposition de 50% des successions et des donations de plus de 50 millions de francs pour financer la «protection climatique», fiche une peur bleue aux milieux économiques.

Si, il y a 35 ans, personne ne doutait du rejet de l’initiative pacifiste, seul le nombre de «oui» formant un enjeu patriotique pour les opposants, il en va différemment du brûlot fiscal de la JS Suisse, 110 000 signatures valables déposées en février à la Chancellerie fédérale. En effet, depuis que le peuple a approuvé la 13ᵉ rente AVS, les Suisses semblent capables de tout. D’autant qu’il s’agirait de taxer les «ultra-riches», une catégorie dont la sagesse populaire se dit qu’elle a bien assez d’argent pour passer à la caisse.

Juillet venait de commencer, lorsque les «grands patrons» ont sorti l’artillerie lourde. L’ancien conseiller national UDC Peter Sphuler a tiré le premier. Interrogé par la presse alémanique, le dirigeant de l’entreprise ferroviaire Stadler Rail, fortune estimée autour de quatre milliards de francs, a dit craindre que ses enfants soient obligés de vendre, en partie du moins, l’entreprise pour s’acquitter des droits des succession exigés par l’initiative de la JS.

La patronne d'EMS-Chemie, Magdalena Martullo-Blocher, la fille du tribun UDC Christoph Blocher, a dépeint des conséquences drastiques pour sa famille.

«Mes enfants devraient payer d'un coup 2,5 milliards de francs»

Artillerie lourde? Victimisation, plutôt. Des milliardaires qui veulent se faire plaindre... Sauf que, derrière l’argument des enfants obligés de vendre les bijoux de famille, c’est celui des capitaux à disposition de l’économie suisse qui se profile. Et c'est très sérieux.

L’«effet Laffer», vous connaissez?

La question du «trop d’impôt tue l’impôt» a été posée à la gauche en France durant la brève campagne des législatives. A cette occasion, on a appris une expression: l’«effet Laffer». Une «loi économique», assez convaincante sur le papier, qui veut que «plumer» les milliardaires, ça rapporte une fois, deux fois, mais pas trois fois. Soit qu’ils mettent leur argent ailleurs, soit que, ayant moins à gagner, ils décident de se rouler les pouces, ce qui réduit la recette fiscale.

Résultat: si moins d’impôts rentrent dans les caisses fédérales et cantonales – «on estime que plus de 44 % des recettes générées par l’impôt sur la fortune proviennent du 1 % des personnes les plus fortunées», rappelle le Conseil fédéral – ce sera aux classes moyennes, déjà ric-rac, de boucher les trous.

«Chantage!»

Les partisans de l’initiative hurlent au «chantage», comme Thomas Bruchez, membre de la JS Suisse, ainsi que du Groupe pour une Suisse sans armée, à l’origine de l’initiative de 1989, une «bombe» à l’époque.

«Oui, c’est du chantage. Et ce chantage vise à détourner l'attention de la population du véritable enjeu de cette initiative, soit la mise en place d'une politique climatique socialement juste. L’impôt que nous proposons pour financer cette politique toucherait une infime partie des Suisses, environ 2000 ultra-riches, gros consommateurs et gros agents du réchauffement climatique, pour une recette annuelle estimée à 6 milliards de francs.»
Thomas Bruchez

La «fuite des capitaux» a-t-elle commencé?

La montée au front des grandes fortunes semble être motivée par de premiers mouvements de «fuites de capitaux» vers l’étranger face à la crainte d’être tondu comme des moutons, si d’aventure l’initiative passait la rampe du peuple dans deux ou trois ans. Une disposition du texte de la JS, que ses opposants jugeront certainement «castriste», dans tous les sens du terme, prévoit que les réfractaires qui décideraient de placer leur argent à l'étranger, voire y déménageraient avec leur entreprise, verraient une partie de leur fortune confisquée. C’est l’Allemagne de l’Est!, entend-on déjà.

Thomas Bruchez se veut rassurant:

«Personne ne serait retenu enfermé en Suisse. Le cas échéant, ce sera au Parlement de déterminer comment s'assurer que l'initiative, et donc la volonté populaire, ne soit pas contournée. Il pourrait par exemple prévoir une exit tax, ce qui signifie que ceux qui voudraient réellement quitter le pays pour échapper à ce nouvel impôt devraient payer un montant à la sortie.»
Thomas Brucher

Les socialistes – les grands, les seniors – sont divisés sur l’initiative de la JS. «Je ne veux pas que nos entreprises tombent dans les mains de multinationales ou soient vendues à l’étranger», déclare la conseillère nationale argovienne Gabriela Suter, citée par la RTS.

«Je propose que les partis se mettent ensemble pour élaborer un contre-projet plus modéré»
Gabriela Suter

Ouille! Le contre-projet, ce piège que la droite veut éviter. Un autre chantage, en somme, mais venant de la gauche, cette fois: comme d’habitude, la JS y va d’une initiative «boumbadaboum», qui a ses chances dans l’atmosphère populiste du moment, le PS jouant ensuite les pacificateurs en appelant le Conseil fédéral à élaborer un contre-projet limitant la casse.

Sauf que ni la droite ni le gouvernement ne semblent disposés à mordre à l'hameçon. On en aura le cœur net dans les prochains mois. «Le Conseil fédéral publiera son message relatif à l’initiative de la Jeunesse socialiste fin 2024 ou début 2025», renseigne Adrian Grob, chargé de communication à l’Administration fédérale des contributions.

Le conseiller national socialiste genevois Christian Dandres soutient, lui, le texte de la JS.

«Cette initiative offre des marges de manœuvre budgétaires bienvenues. Il s’agit de financer la transition climatique, on aura besoin de ressources supplémentaires pour ce faire. Pensons aux soins qu’il faudra apporter aux aînés en raison du réchauffement climatique, aux coûts astronomiques provoqués par les catastrophes environnementales. La solidarité doit jouer. Les plus riches doivent contribuer à ces nouveaux défis. On n’a pas conscience des fortunes considérables accumulées par quelques-uns ces dernières années. On n'a jamais vu ça en Suisse auparavant. Il est normal d’organiser plus justement la redistribution des richesses.»
Christian Dandres

«Je ne crois pas aux scénarios catastrophes»

Quid des héritiers de patrons d’entreprise qui seraient obligés de vendre ou démanteler l’outil de travail, faute de pouvoir payer tout l’argent de leur poche?

«Je ne crois pas aux scénarios catastrophes d’entreprises liquidées pour payer l’impôt. C’est toujours le même discours dès qu’il s’agit de trouver une imposition plus sociale. La plupart des entreprises ne valent pas plus de 50 millions. Et pour celles qui les vaudraient, ce sont des personnes morales. Or, l’impôt concerne les héritiers, pas la société.»
Christian Dandres

Pour sûr, la Suisse changerait de visage politique si l'initiative de la JS Suisse était acceptée.

Ces fois où l'hymne national américain a été massacré
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