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Mark Zuckerberg et ses junkies
Mark Zuckerberg et ses junkies
Image: DR
Interview

«Il faut casser le monopole de Facebook, on est des junkies»

La panne mondiale de Facebook, Instagram et WhatsApp a montré à quel point nous étions dépendants des outils de Mark Zuckerberg. De quoi relancer le débat sur la surpuissance du réseau social. Décryptage avec François Charlet, juriste spécialisé en droit des technologies.
05.10.2021, 16:5805.10.2021, 17:11
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Qu'est-ce que la panne géante de lundi dit de l'importance de Facebook et consorts dans notre quotidien?
Ce qui m'a frappé, c'est que sur Twitter, les mots-clés les plus populaires, c'était #facebookdown et #internetdown. Donc cela veut dire qu'il y a des gens pour qui Internet se résume aux applications de Facebook. Quand on voit ça, on peut «féliciter» Zuckerberg pour avoir rendu ses services complètement indispensables. Beaucoup de personnes utilisent les outils d'une seule et même société, donc:

«Un seul grain de sable dans la machine paralyse tout et nous, on est comme démunis»

Il y a un autre point auquel on n'a pas forcément pensé. On utilise de plus en plus Facebook comme clé pour se connecter à d'autres plateformes. Donc, quand ça plante, on ne peut plus accéder à rien. En réalité, nous sommes complètement dépendants de ces services, de vrais junkies.

En quoi ce quasi-monopole de Facebook pose problème à vos yeux?
Les GAFAM (réd: Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) en général et Facebook en particulier ont un comportement qui vise à exclure le plus d'acteurs possible de leur terrain de jeu, que ce soit en les achetant à prix d'or ou en les faisant mourir sous les menaces et procédures judiciaires. Cette attitude porte atteinte au principe de concurrence, très capitaliste mais, très important dans notre société.

Qu'est-ce qu'elle apporte, cette concurrence?
Sans cela, les consommateurs n'ont pas le choix des services qu'ils souhaitent utiliser. C'est exactement comme si Swisscom avait racheté Salt, Sunrise et les autres. Ils pourraient décider de tout sur le marché, les autorités, les entreprises et les particuliers n'auraient pas d'autres possibilités que de travailler avec eux.

«C'est une forme de dictature technologique. Un acteur décide de tout»

Est-ce qu'on aurait dû s'en inquiéter plus rapidement?
Oui, on aurait pu commencer à se poser des questions quand Facebook a racheté Instagram et WhatsApp. D'ailleurs, certains ont soulevé le problème. Mais on a attendu parce que c'est une entreprise qui génère des revenus incroyables et parce que ce sont des outils qui sont utiles à tout le monde, y compris à ceux qui sont censés les réguler. Les politiciens sont bien contents de se servir de ces réseaux à des fins électoralistes.

Différentes procédures sont actuellement en cours, notamment aux Etats-Unis. Concrètement, est-ce que vous pouvez nous expliquer ce qu'elles demandent?
Quand on parle de casser un monopole, on cherche un moyen de restaurer la concurrence dans un secteur. Les autorités peuvent décider de séparer une entité en plusieurs plus petites avec des dirigeants différents et, idéalement, des actionnaires différents. Les services continuent à exister, mais non plus en tant que partenaires, en tant que concurrents.

«Au niveau des utilisateurs, si on sépare Facebook d'Instagram et de WhatsApp, je pense que personne ne verra rien»

En revanche, restaurer la concurrence permettrait de faire baisser les prix pour les annonceurs. Cela aurait aussi un effet bénéfique en termes de protection des données et d'innovation.

Pensez-vous que ces procédures ont une chance d'aboutir?
Honnêtement, je ne peux pas vous dire. Ce sont des procédures extrêmement longues et complexes qui incluent également des considérations politiques, économiques et juridiques. Donc c'est hyper rare, mais c'est possible, c'est déjà arrivé. En 1911, Standard Oil, qui contrôlait la moitié de la distribution de pétrole mondiale, a été dissoute par le Congrès américain. Ils l'ont scindé en 34 sociétés distinctes.

Est-ce qu'on ne pourrait pas aussi se dire, bravo à Mark Zuckerberg d'avoir réussi à créer un tel empire et tant mieux pour lui?
D'un côté, franchement, j'ai envie de vous dire tant mieux pour lui. Il a vraiment réussi quelque chose d'incroyable. Mais Facebook n'est pas un chevalier blanc. Il y a eu de nombreuses révélations qui montrent qu'au niveau éthique, ce qu'ils font est extrêmement discutable.

«Avec leurs algorithmes, ils manipulent les esprits, les votes, les opinions. Quand est-ce que ça s'arrête?»

Personnellement, je ne peux pas cautionner ça. Il faut mettre la pression sur ces sociétés pour leur rappeler que les lois, ce sont les Etats qui les font, pas les GAFAM.

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