Le travail d'équipe est essentiel, la preuve en 9 moments d'histoire
Parfois, les humains se font concurrence. Mais parfois aussi, ils coopèrent. Le travail d’équipe a permis d’accomplir de grandes choses, et ces neuf exemples à travers les âges le prouvent.
Le plan Wahlen
L’approvisionnement du pays comme projet collectif
Exploiter chaque parcelle disponible pour que la Suisse subvienne elle-même à ses besoins en temps de guerre. C'était la vocation du plan Wahlen. Son slogan, «Du pain suisse contre la misère», parvint à éveiller la volonté de résistance de la population. Le plan avait été conçu par Friedrich Traugott Wahlen, professeur d’agriculture à l’EPFZ et futur conseiller fédéral.
A partir de 1940, on transforme des terrains de football, des parcs, des jardins et des friches en terres cultivables, avec l’aide d’un demi-million de personnes. Propriétaires, jardiniers municipaux, personnel des chemins de fer, associations sportives et féminines, élèves et ménagères, ouvriers, chômeurs et réfugiés: le Conseil fédéral en appelle à la volonté de toutes et tous.
Certains furent mobilisés, d’autres s’engagèrent volontairement. Les paysans et les ouvriers agricoles restaient toutefois au cœur de la production et devaient respecter des quotas fixés par la loi. L'objectif: s’éloigner de l’élevage et de la production laitière fondés sur l’herbe pour privilégier les cultures dans l'idée de produire des calories directement consommables.
Grâce à cet effort collectif, les pommes de terre, légumes et fruits échappèrent en grande partie au rationnement durant la guerre. En revanche, viande, lait, œufs, beurre, pain, farine, sucre, huile, chocolat et café restèrent soumis aux tickets alimentaires. Le calcul officiel prévoyait 2160 calories par jour et par personne, mais, dans les faits, beaucoup durent vivre longtemps avec bien moins.
Grâce à l’augmentation de la production, cela contribua à faire passer le taux d’auto-approvisionnement de 52% avant-guerre à 59%. Les importations se poursuivirent néanmoins, notamment depuis les territoires alliés d’outre-mer.
Le plan Wahlen fut donc avant tout un succès en termes de propagande. Mais cet objectif commun renforça le sentiment d’appartenance nationale et unit une population inquiète pour l’avenir dans une lutte patriotique contre la faim.
L’éradication de la variole
Experts et profanes unis contre la maladie
Le dernier patient probablement infecté par la variole endémique vivait en Somalie. Ali Maow Maalim contracta le virus en 1977 et survécut. Dans les années 1960, la variole, maladie très contagieuse provoquant des symptômes grippaux et de graves éruptions cutanées, faisait encore deux millions de morts par an dans le monde et causait un tiers des cas de cécité.
Elle est officiellement éradiquée depuis le 8 mai 1980, et seuls quelques laboratoires conservent encore le virus à des fins scientifiques. La vaccination a depuis cessé, la maladie ayant été vaincue.
Ce succès s'explique par un vaste programme de vaccination décidé en 1967 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Si le vaccin existait déjà depuis la fin du 18ᵉ siècle, la mise au point de vaccins lyophilisés, résistants à la chaleur tropicale, permit enfin une campagne mondiale contre le virus. La vaccination devint alors obligatoire.
Sous la direction du médecin américain, Donald A. Henderson, la stratégie dite de la «vaccination en anneau» fut appliquée avec succès. Un réseau d’agents de santé formés et d’experts internationaux surveillait de près des lieux clés (marchés, aires de repos) afin de détecter rapidement les foyers. En cas d’apparition, le premier cas était isolé et toutes les personnes contacts vaccinées. Cette méthode permit d’atteindre un taux de couverture supérieur à 95% et de rompre efficacement les chaînes de transmission.
Wikipédia
Un collectif décentralisé pour rassembler le savoir
Le 15 janvier 2001 marque la naissance de Wikipédia: la version anglaise de l’encyclopédie en ligne est mise en ligne ce jour-là. Ce projet amateur d’une petite communauté devient une organisation à croissance exponentielle – la version française compte à elle seule plus de 2,7 millions d’articles à la mi-avril 2026. Le projet de l’entrepreneur Jimmy Wales et du philosophe Larry Sanger: créer une encyclopédie gratuite accessible à tous. Leur idée triomphe.
Un facteur clé de ce succès réside dans l’organisation décentralisée du projet: des milliers de personnes aux compétences diverses collaborent via internet, améliorent les contenus et corrigent les erreurs en continu. Chacun peut compléter et modifier non seulement ses propres articles, mais aussi ceux des autres, le tout dans le respect de règles précises. Le résultat collectif dépasse alors ce qu’une seule personne pourrait accomplir.
Cette croissance rapide a toutefois eu ses revers: perturbateurs et propagandistes ont tenté d’influencer l’encyclopédie. Si Wales et Sanger ont initialement posé les bases, c’est aujourd’hui la communauté des auteurs qui décide. Un débat permanent sur les règles du projet se déroule via des forums, des listes de diffusion et lors de rencontres.
La Croix-Rouge
Une aide humanitaire coordonnée
En 1860, le Genevois Henri Dunant publie Un souvenir de Solférino, dans lequel il décrit les horreurs de la guerre. Il y plaide pour une meilleure prise en charge des blessés et leur protection neutre. Trois ans plus tard, il présente ses idées à la Société genevoise d’utilité publique, ce qui mène à la création du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), première organisation humanitaire mondiale.
Aujourd’hui, le CICR, financé presque exclusivement par des contributions volontaires, compte près de 18 000 collaborateurs dans plus de 100 pays. L’organisation mise sur la coopération, des rôles clairs et des valeurs communes.
Sur les terrains de guerre ou de catastrophe, bénévoles et professionnels travaillent étroitement pour évacuer et secourir les victimes. Cette coordination entre volontaires, employés et partenaires locaux est indispensable pour intervenir efficacement dans des situations d’urgence complexes.
L’alunissage
Une coopération intense dans l’espace
Le 20 juillet 1969 marque un tournant de l’histoire de l'humanité: des hommes marchent sur la Lune pour la première fois. Neil Armstrong, puis Buzz Aldrin, foulent le sol lunaire après l’atterrissage du module Eagle dans la Mare Tranquillitatis. Armstrong prononce alors ces mots: «Un petit pas pour l'homme, mais un grand pas pour l’humanité». Les Etats-Unis remportent ainsi leur course vers la Lune face à l’URSS.
La course avait débuté en 1957, quand les Soviétiques lancent Spoutnik. L’URSS devance aussi les Etats-Unis avec le premier homme dans l’espace, Youri Gagarine, en avril 1961. En réaction, le président John F. Kennedy promet en 1962 d’envoyer un homme sur la Lune avant la fin de la décennie.
Cet exploit est le fruit d’un effort sans précédent de la NASA. La mission Apollo 11 illustre parfaitement le travail d’équipe: une collaboration étroite entre des astronautes, un centre de contrôle et des milliers d’ingénieurs. La mission faillit être interrompue à plusieurs reprises, notamment lorsque l’ordinateur de bord du module, saturé, déclencha une alarme.
Mais l’expert Steve Bales décida de persévérer. Grâce au programme conçu par Margaret Hamilton, l’ordinateur de bord hiérarchisait les tâches essentielles. Armstrong dut ensuite décider en quelques secondes de changer de site d’atterrissage. Il tint bon, avec la suite et la fin que l'on connaît.
Ford contre Ferrari
La force du collectif pour braver l'impossible
Au début des années 1960, Ford cherche à s’imposer en sport automobile. Henry Ford II tente alors de racheter Ferrari, mais les négociations échouent lorsque Enzo Ferrari exige de diriger la division course. Furieux, Ford décide de battre les Italiens au Mans, référence absolue de l’endurance automobile.
Ford investit alors massivement pour développer une voiture capable de rivaliser. Après un premier échec, la GT40 est lancée en 1964. Mais elle connaîtra un nouveau revers. Ford remplace alors John Wyer, expert du circuit français, par Carroll Shelby au sein de son équipe.
Shelby, ancien pilote devenu chef d’écurie, améliore la voiture avec son pilote d’essai Ken Miles. Ils optimisent les freins, la suspension, l'aérodynamique et le moteur, et s'attèlent surtout à corriger l’instabilité à haute vitesse du bolide. En 1966, Ford impose un rythme insoutenable à Ferrari: les voitures italiennes abandonnent les unes après les autres, et Ford signe un triplé historique.
Bletchley Park
Un vivier de talents
A la veille de la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques regroupent leurs spécialistes de lecture de codes à Bletchley Park, siège de la Government Code and Cipher School. On y trouve joueurs d’échecs, experts en bridge et mathématiciens de génie comme Alan Turing. Les hiérarchies militaires y sont atténuées pour favoriser la créativité.
Leur mission principale: décrypter la machine Enigma. S’appuyant sur les travaux des cryptologues polonais, ils parviennent, notamment grâce à l’ordinateur Colossus, à lire presque en continu les messages allemands. Cet avantage s’avère décisif pour les Alliés.
Alinghi
Le triomphe du multiculturalisme
En 2003, la Suisse, pays sans accès à la mer, remporte la Coupe America. Face au Team New Zealand, grand favori, Ernesto Bertarelli réunit une équipe internationale de haut vol, dans laquelle on retrouve Russell Coutts et Brad Butterworth.
L’anglais est la langue commune à bord, même si certains membres de l'équipe ne la maîtrisent pas très bien. Qu'importe, les échanges se concentrent sur l'objectif sportif. L’équipe fait la course en tête et bat Team New Zealand 5 à 0 en finale. Elle aura aussi profité de problèmes techniques chez son adversaire.
Miracle on Ice
Quand les outsiders battent les favoris
Durant quelques années, la Sbornaja, équipe soviétique de hockey sur glace, est considérée comme imbattable. Elle rassemblait des joueurs d’élite comme Boris Mikhaïlov, Valeri Kharlamov ou Vladislav Tretiak. Le 22 février 1980, elle affronte une équipe américaine d’étudiants dirigée par Herb Brooks.
Contre toute attente, les jeunes Américains remportent le match 4 à 3 en demi-finale olympique.
Les Soviétiques acceptent leur défaite avec fair-play. La rencontre s’était par ailleurs déroulée dans un état d'esprit respectueux, avec seulement deux pénalités de deux minutes de chaque côté. Rien n'allait pourtant de soi, car le match de Lake Placid s’inscrivait dans un contexte international tendu.
En effet, en décembre 1979, les troupes soviétiques avaient envahi l’Afghanistan, suscitant une vive indignation en Occident. Les Jeux olympiques d’été de 1980 à Moscou furent d’ailleurs boycottés par plusieurs pays occidentaux.
(Adaptation française: Valentine Zenker)
