Trump a piégé JD Vance avec l'Iran
J.D. Vance n'avait encore jamais exprimé aussi clairement ses réserves concernant la guerre contre l'Iran. «Je reconnais que les jeunes électeurs n'apprécient pas notre politique au Proche-Orient», a déclaré le vice-président américain cette semaine. Et d'ajouter:
Vance a tenu ces propos lors d’un événement organisé par l’organisation Turning Point USA à Athens (Géorgie). Ce groupe, fondé par Charlie Kirk, assassiné en septembre 2025, suit en effet scrupuleusement la ligne politique de Donald Trump. Cet événement a attiré peu de monde, mais le vice-président américain a été confronté à de nombreuses critiques.
Un intervenant l'a même accusé, républicain, de soutenir un génocide au Proche-Orient et de violer ainsi l'un des fondements du christianisme. Vance a réfuté la plupart de ces accusations, tout en reconnaissant que la guerre déclenchée par Trump était particulièrement impopulaire auprès des jeunes conservateurs.
Cet épisode illustre l'impasse politique dans laquelle se trouve Vance. En tant que vice-président, il doit – par la force des choses – défendre la ligne de Trump. Bien que tout Washington soit au courant de son scepticisme, voire de son opposition à la guerre contre l'Iran, il n'a pas d'autre choix que de justifier l'intervention américaine lors de ses apparitions publiques.
Le parfait bouc émissaire
Comme si cela ne suffisait, Vance s'est également rendu au Pakistan la semaine dernière sur ordre de Trump, afin de négocier un éventuel accord de paix. Il pourrait bientôt devoir effectuer un nouveau voyage éprouvant dans la capitale pakistanaise si un deuxième cycle de négociations devait effectivement avoir lieu.
Trump semble s’amuser du fait que ce soit précisément Vance qui doive désormais chercher une solution à un conflit auquel il est opposé. La semaine dernière, le président a plaisanté à la Maison Blanche en disant qu’il rejetterait la faute sur son jeune adjoint si la guerre contre l’Iran devait se prolonger.
Vance est sans doute capable d’encaisser ces piques, car il sait que le président le considère toujours comme son dauphin, le seul capable de lui succéder après l’élection présidentielle de 2028. Mais là aussi, le vice-président risque gros. Trump semble en effet manifester depuis peu une préférence pour Marco Rubio, son ministre des Affaires étrangères et conseiller à la sécurité, âgé de 54 ans. Alors que Vance tentait, le week-end dernier à Islamabad, de mettre fin à la guerre avec l’Iran lors d'interminables réunions, le président et son chef de la diplomatie assistaient à un combat de MMA à Miami. Et semblaient s'amuser comme des fous.
L’ancienne star de la télé-réalité Donald Trump adore ce genre de combats-spectacles, qui se résument en fin de compte à déterminer quel prétendant au poste de successeur saura le mieux s’attirer ses faveurs. «Je pense que Marco restera dans l’histoire comme le meilleur ministre des Affaires étrangères», a-t-il récemment déclaré à propos de Rubio. Quant à Vance, Trump l'a qualifié de «brillant», même s’il peut parfois paraître un peu bourru en public. Il a également félicité son vice-président d’avoir perdu de nombreux kilos depuis son entrée en fonction.
Trump en perte de vitesse
Dans le débat sur la guerre en Iran, Vance et Rubio incarnent les deux pôles opposés de leur parti. Rubio est, et ce depuis longtemps, un faucon. Il est favorable aux interventions militaires américaines à l'étranger et soutient l'alliance entre les Etats-Unis et Israël. Vance, en revanche, se pose en porte-voix des républicains lassés des interventions à l’étranger et désireux de recentrer les priorités sur la politique intérieure, comme Trump l’avait promis avec son slogan «America First»
Les sondages actuels montrent que le camp de Vance gagne en popularité. Selon un sondage Ipsos, seuls 55% des républicains estiment que la guerre en Iran a été bénéfique pour les Etats-Unis. 20% ont répondu «non» à la question du rapport coût-bénéfice et 24% ont déclaré ne pas savoir. D'autres sondages montrent que ce sont surtout les jeunes conservateurs qui s'opposent à la guerre.
Ce sont de bonnes nouvelles pour le vice-président. Mais JD Vance ne peut se satisfaire du net recul du soutien dont bénéficie Donald Trump dans l’opinion. Car la prochaine élection présidentielle sera aussi un jugement sur le mandat de Donald Trump.
Et c'est précisément le gros problème auquel JD Vance est désormais confronté. Il doit s'assurer qu'une guerre qu'il n'a jamais voulue se termine de telle sorte que le président puisse présenter la paix comme un succès. Sans quoi, ce serai la fin d'une une carrière politique fulgurante. (trad.: mrs)
