Des Suisses ont-ils tiré sur des gens en Bosnie? Il tente de le savoir
Voici qui rend l'un des chapitres les plus sombres de la guerre de Bosnie encore plus terrible: durant le siège de Sarajevo (1992-1996), des étrangers fortunés auraient payé pour tirer sur des êtres humains. L'auteur et journaliste milanais Ezio Gavazzeni a consacré plusieurs années à enquêter sur ces atrocités présumées. Beaucoup de choses restent vagues. Mais le frisson persiste.
Le livre de Gavazzeni, intitulé «Cecchini del Weekend» («Les tireurs d'élite du week-end» en français), vient de paraître en Italie, aux éditions PaperFirst, la maison d'édition du quotidien Il Fatto Quotidiano. Gavazzeni y donne la parole à plusieurs protagonistes qui auraient été directement ou indirectement impliqués dans ces actes. Parmi eux, un homme désigné uniquement sous le nom de «Français». Il aurait encadré et accompagné des groupes de tels «chasseurs».
Interrogé sur le profil des participants, le Français explique:
Des Autrichiens auraient également participé, mais eux voulaient «surtout tirer sur des Serbes». Le livre ne fournit pas d'autres éléments attestant d'une participation de Suisses.
Des premiers suspects convoqués
Les rumeurs et récits sur ces «chasseurs», qui se rendaient spécialement en Bosnie pour tirer sur des êtres humains par pur plaisir avec un fusil de sniper, circulent depuis longtemps. Dès la fin des années 1990, les premiers articles de presse avaient fait état de ces faits, et un documentaire sur le sujet est sorti en 2022.
Des Suisses ont-ils réellement participé à ce système meurtrier? L'Office fédéral de la justice et le Ministère public de la Confédération n'ont connaissance d'aucune enquête visant des personnes provenant de Suisse. Aucune demande d'entraide judiciaire en la matière n'a non plus été reçue, selon les réponses que l'on nous a faites.
Un fait est cependant établi: la justice italienne a ouvert des enquêtes récemment. Ce printemps, un premier suspect a été entendu. Selon les informations parues dans les médias, il s'agit d'un passionné d'armes du nord de l'Italie, aujourd'hui âgé de 80 ans. Il aurait rejeté toutes les accusations portées contre lui et affirmé son innocence.
Un livre dans l'espoir de faire éclater la vérité
Dans le livre d'Ezio Gavazzeni, le meurtre est présenté comme un divertissement réservé à une élite. Lassés du quotidien à la tête de leurs entreprises, ces hommes se rendaient en zone de guerre le week-end. Départ en avion le vendredi, escorte jusqu'à la ville assiégée, beaucoup d'alcool, puis retour en famille le dimanche.
Les tireurs auraient payé un tarif variable selon la victime. Les prix étaient échelonnés selon l'âge: tuer un enfant aurait coûté plus du double du prix d'une personne adulte. Des témoins cités dans le livre décrivent également les tactiques employées pour attirer les gens hors de leurs cachettes.
L'auteur reconnaît lui-même qu'il n'a pas pu vérifier tout ce que ses interlocuteurs lui ont raconté. Gavazzeni espère que son livre fera l'effet d'un électrochoc et réveillera peut-être la mauvaise conscience de l'un ou l'autre des coupables. Il admet au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung:
Durant le siège de Sarajevo, plus de 10 000 personnes ont été tuées et plus de 50 000 blessées. Parmi les victimes se trouvaient également de nombreux enfants. (chm)
