«Les élections de mi-mandat ont des effets sur la Suisse»
Mercredi, le président américain Donald Trump recevra un bulletin de mi-parcours: le 3 novembre, les citoyens des Etats-Unis décideront des rapports de majorité au sein de la Chambre des représentants et du Sénat. Dans les deux chambres du Congrès, les républicains sont actuellement majoritaires, ce qui laisse à Trump une grande marge de manœuvre.
Les démocrates américains espèrent désormais un renversement, y compris ceux qui vivent en Suisse: «Nous sommes confiants», affirme Elizabeth Voss, membre du comité des démocrates américains en Suisse. Elle poursuit:
Ces dernières semaines, ils ont aussi mené en Suisse une campagne de mobilisation assez large, «notamment de la publicité payante dans les transports publics à Bâle et à Genève, ainsi que des affiches et des panneaux publicitaires à Zurich, complétés par des actions par SMS et par téléphone ainsi que des cartes postales aux électeurs», explique Elizabeth Voss. Cela se reflète dans les chiffres d'inscription des électeurs.
Mais comment les représentants de l’économie et de la politique suisses évaluent-ils les conséquences des élections de mi-mandat pour le pays?
Rahul Sahgal, PDG de la Chambre de commerce suisse-américaine
«Les élections de mi-mandat ont des effets sur la Suisse. Les majorités influencent la politique fiscale, budgétaire et réglementaire, et donc les conditions-cadres des entreprises suisses actives aux Etats-Unis. Si, contre toute attente, les républicains défendent les deux chambres, le président Trump se sentira conforté pour faire avancer son agenda économique.
Il est plus probable que les démocrates décrochent la majorité à la Chambre des représentants. Avec un Congrès divisé, la législation devient plus difficile et il faut s’attendre à davantage de blocages politiques, voire à un shutdown (réd: paralysie budgétaire de l’administration fédérale), avec des contacts compliqués avec les autorités américaines. Si les démocrates gagnent les deux chambres, il faut s’attendre à un contrôle politique fort et à des enquêtes.
Plus les conflits politiques et l’instabilité sont importants, plus le risque est grand d’une fuite vers le franc, au détriment de l’économie d’exportation suisse. En matière de droits de douane, le gouvernement conserverait de toute façon, dans un premier temps, sa capacité d’action.»
Thomas Borer, ancien diplomate
«Je m’attends à un blocage: les républicains devraient perdre la Chambre des représentants, mais conserver la majorité au Sénat. Par le passé, les bourses ont réagi positivement à ce scénario, car aucun camp ne peut mettre en œuvre rapidement des mesures. Pour le président, cela signifie qu’il cherchera à se profiler encore davantage en matière de politique de sécurité et de politique étrangère.
C’était déjà le cas avec Clinton ou Obama. Que Donald Trump revienne soudain à une politique de libre-échange est certainement une illusion: même les démocrates de gauche ont pris goût à ses droits de douane. Lorsque le fils de Trump était à Zurich, j’en ai aussi discuté avec lui: mon impression s’en est trouvée renforcée.»
Franz Grüter, conseiller national UDC
«J’étais encore récemment aux Etats-Unis et j’y ai nettement senti que le Parti républicain a fortement perdu en soutien. J’en déduis que les républicains perdront leur majorité aussi bien au Sénat qu’à la Chambre des représentants après les élections de mi-mandat. Gouverner deviendra ainsi plus difficile pour le président Trump, et certains projets devraient s’enliser au Congrès.
Mais l’orientation fondamentale de la politique américaine ne devrait guère changer. Des tendances protectionnistes existent dans les deux partis, et la politique commerciale est largement entre les mains du président. Pour la Suisse et l’économie suisse, je n’attends donc pas des changements fondamentaux. Les Etats-Unis restent l’un de nos principaux partenaires commerciaux et le site le plus important pour les investissements directs suisses. Il est décisif que la Suisse continue de défendre ses intérêts à Washington avec assurance, pragmatisme et de manière directe.»
Greta Gysin, présidente du groupe des Verts
«J’espère un renforcement des démocrates et donc un contrepoids à la politique de Donald Trump. Car l’enjeu dépasse de loin la politique intérieure américaine: Trump remet en question les institutions démocratiques, affaiblit la coopération internationale et torpille la protection mondiale du climat.
Pour un petit pays tourné vers l’exportation comme la Suisse, un ordre international fondé sur des règles est central. Nous dépendons de partenariats fiables, d’institutions internationales et d’un multilatéralisme qui fonctionne, et non d’un monde où règne la loi du plus fort et où les relations commerciales deviennent un moyen de pression politique.
Une victoire électorale des démocrates ne changerait pas directement le cap de Trump, mais pourrait lui fixer des limites. Indépendamment de l’issue du scrutin, la Suisse doit s’engager de manière conséquente pour la démocratie, la protection du climat et le multilatéralisme.»
Monika Rühl, directrice d’Economiesuisse
«Nous ne nous attendons pas à ce que le scrutin américain ait une influence notable sur l’économie suisse, donc à ce que des changements notables en résultent. La politique étrangère et la politique économique extérieure sont entre les mains du président Donald Trump. Le défi central pour les entreprises suisses reste l’incertitude dans le commerce international et la politique douanière.
Les entreprises suisses ont besoin de conditions-cadres aussi fiables que possible sur l’important marché américain. La déclaration d’intention commune des Etats-Unis et de la Suisse de novembre 2025 constitue à cet égard toujours une bonne base.» (trad. ysc)
