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Iran: comment la guerre fait aussi monter les prix du courant en Suisse

Comment la guerre de Trump fait monter les prix en Suisse via l’Italie.
La guerre de Trump qui se répercute jusque sur les prix en Suisse.Image: montage watson
Analyse

Comment Trump fait grimper les prix de l’électricité en Suisse

La crise autour du prix du gaz donne lieu à une concurrence entre l’Asie et l’Europe et la Suisse en ressent également les effets.
11.04.2026, 07:3711.04.2026, 07:37
Benjamin Rosch / ch media

L’Allemagne est prise à la gorge. Les prix de l’électricité y sont quatre fois plus élevés que chez son voisin, la France, titraient la semaine dernière plusieurs grands journaux. Indépendamment du fait que de telles comparaisons sont difficiles à faire, les paramètres changeant toutes les quinze minutes, les prix du marché de l’électricité ont aussi augmenté en Suisse. En cause, Donald Trump, l’Italie et les mécanismes complexes du commerce international de l’électricité.

Celui-ci repose sur ce que l’on appelle le merit order. Dans les pays européens, les différentes centrales sont mobilisées en fonction de leurs coûts variables. Les moins chères sont les énergies renouvelables, qui sont quasiment gratuites. Viennent ensuite l’hydraulique et le nucléaire, puis les centrales thermiques alimentées au charbon, au gaz et au pétrole. Le prix de l’électricité est fixé par la centrale qui doit être activée en dernier pour couvrir la demande.

On peut se représenter cela comme une boulangerie équipée de plusieurs fours. L’un d’eux est neuf, grand et très efficace et suffit pour une demande normale. Mais lorsque les clients sont nombreux, la boulangerie doit recourir à un four plus ancien. Et aux heures de pointe, même, à un petit four de secours. Le prix du croissant est alors déterminé par le four le plus coûteux encore nécessaire pour satisfaire la demande globale, et non par un prix moyen. En économie, on parle de coût marginal.

Des répercutions sur le marché mondial

Pour le commerce de l’électricité, cette boulangerie imaginaire se situerait actuellement en Italie. Notre voisin couvre, surtout en hiver, une grande partie de ses besoins énergétiques grâce à des centrales à gaz, avec nettement plus de 50% aux heures de pointe.

Une porte-parole de la Commission fédérale de l’électricité (ElCom) explique:

«En raison de la hausse du prix du gaz, ces centrales produisent actuellement leur électricité à un coût nettement plus élevé qu’il y a encore quelques mois»

Le Moyen-Orient est l’un des principaux fournisseurs de gaz naturel. Le Qatar, l’un des plus importants producteurs de gaz naturel liquéfié (GNL), a temporairement presque interrompu son activité. Des attaques contre des infrastructures énergétiques ont encore aggravé la situation. En temps normal, un cinquième du commerce mondial de gaz et de pétrole transite par le détroit d’Ormuz.

Le blocage de cette route commerciale entraîne une pénurie sur le marché international du gaz, ce qui fait grimper les prix. En Europe, le prix du gaz à court terme a parfois augmenté de 30 à 60%. Le continent dépend actuellement surtout des Etats-Unis, qui peuvent s’attendre à une concurrence entre l’Europe et l’Asie.

La situation pourrait surtout poser problème l’hiver prochain. La porte-parole de l'ElCom indique:

«Les niveaux de remplissage des stocks de gaz européens se situent actuellement environ 11 points de pourcentage en dessous de la moyenne de long terme.»

Mais les perturbations du marché se font déjà sentir, et pas seulement à la pompe. La Suisse ne dispose pas, pour l’instant, de centrales thermiques, mais de centrales de réserve, notamment à Birr (AG). Pourquoi alors les prix de l’électricité y augmentent-ils aussi?

Cela s’explique par l’interconnexion des marchés internationaux de l'énergie. La Suisse n’y joue aucun rôle pour fixer les tarifs. Outre les énergies renouvelables, ses «fours à croissants» sont les centrales nucléaires restantes et les lacs de retenue.

Tous deux présentent des coûts marginaux trop faibles pour influencer le prix de l’électricité. La porte-parole de l’ElCom explique:

«Comme la Suisse est étroitement connectée à l’étranger, ce sont généralement les marchés étrangers qui déterminent le prix de l’électricité en Suisse.»

En hiver, il s’agit le plus souvent de l’Italie, qui importe via la Suisse de l’électricité en provenance de la France. Celle-ci dispose généralement de suffisamment de courant, du moins lorsque ses centrales nucléaires fonctionnent. Les prix sont en outre tirés vers le bas par l’Espagne et le Portugal, qui fournissent d’importantes quantités d’énergie solaire et éolienne à bas coût.

Pour la Suisse, les tarif sont un risque et une opportunité

La Suisse profite également de la situation de ce marché, elle qui dépend elle aussi des importations hivernales. Lors de la dernière période de froid, celles-ci ont atteint un volume net d’environ 7 térawattheures en raison de l’arrêt de la centrale nucléaire de Gösgen. La baisse de la production nationale a réduit les exportations vers l’Italie.

Résultat, les capacités de transport entre la Suisse et son voisin du sud n’ont pas toujours été pleinement utilisées, ce qui a plus souvent aligné les prix suisses sur le niveau élevé italien. Une grande partie de l’électricité importée transite en effet directement vers l’Italie, encore peu connectée aux autres pays en dehors de la Suisse.

Les fluctuations actuelles des tarifs peuvent bel et bien représenter un risque pour la Suisse. En particulier pour les gros clients qui doivent s’approvisionner en énergie à court terme. Mais, à l’inverse, des opportunités commerciales vont se présentent. En tant que plaque tournante entre une France bon marché et une Italie chère, les fournisseurs d’énergie suisses pourront réaliser des bénéfices, surtout lorsque les prix de l’électricité augmentera en Suisse.

Pour les clients privés (en clair: les habitants) qui ne participent pas au marché libéralisé, ces fortes variations quotidiennes ne signifient donc pas nécessairement quelque chose de négatif, d’autant que les entreprises d’approvisionnement s’approvisionnent généralement à l’avance.

Il en va de même pour les fournisseurs de gaz suisses. Mais ici aussi, le risque dépend de la durée de la guerre au Moyen-Orient. Et donc surtout d’une seule personne: Donald Trump.

Traduit de l'allemand par Joel Espi

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